‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 48 sur 108 · II. — ORGANISATION DE l'eSPIONNAGE · texte numérisé non relu

II. — ORGANISATION DE l'eSPIONNAGE

Espions mobiles

En thèse générale, les diverses personnes mentionnées plus haut peuvent servir d'espions, mais beaucoup d'entre elles ne sont pas capables d'opérer sur le théâtre même des hostilités, comme, par exemple, les artistes, les banquiers, les prêtres, etc. On devra donc recourir à la seconde classe d'espions, qui répond à des exigences différentes.

Tout le monde n'est pas apte à faire un bon espion ; il faut, pour remplir ce rôle, des qualités physiques et morales particulières : en toutes circonstances et en tout temps, la conscience, la fidélité, Tesprit d'observation, la ruse et l'intelligence, Tart qui consiste, non seulement à savoir jouer un certain rôle (1), mais encore à ne jamais perdre la tête et à ne jamais désespérer (2) ; la connaissance de la langue, du caractère et des habitudes

1. La légende rapporte du célèbre espion Schulmeister des traits d'audace et de capacité à jouer un rôle, absolument stupéfiants.

Se donnant comme un principicule allemand, il passa un jour la revue d'un corps d'armée ennemi, et fournit, grâce à ce stratagème, des renseignements importants à Tétat-major français.

Une autre fois, travesti en intendant-général autrichien, il assista à un conseil de guerre présidé par François IL II avait donné un million à l'intendant dont il avait pris le nom et la place.

2. Schulmeister savait se tirer également des situations les plus dangereuses.

A la bataille de Wagram, il fut sur le point d'être capturé. Il se jeta dans une maison. Quand les soldats ennemis y entrèrent, ils virent un barbier, avec la savonnette classique et tout l'attirail du temps, descendre tranquillement Tescalier. C'était Schulmeister. — Où est l'espion? Il doit être caché ici. — Montez au premier ; vous le trouverez grièvement blessé sur un lit, et il s'éclipsa (Mûller, Uespionnafje militaire sous Napoléon 1^^, Charles Schulmeister ^ p. 48).

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du pays; enfui, le savoir taire, pour se servir toujours des gens à son profit.

En guerre, il faut avoir une volonté ferme, être courageux, hardi, capable de remplir un rôle de telle façon que Tespion le joue même lorsqu'il est seul avec lui-même ; celui qui ne satisfait pas à celte dernière condition et qui, par moments, quitte son masque, court le danger d'être reconnu à l'instant même où il s'y attend le moins.

En voici un exemple, tiré par le colonel Klembowsky des Souvenirs d'un espion de Varmèe russe pendant la campagne de iS77'78 :

« Après avoir traversé Telish, j'arrivai, au bout d'une heure de chemin, dans le bois deTusarnow. Je marchai quelque temps dans ce bois et je remarquai tout à coup que mon cheval avait peur de quelque chose ; je le battis avec la nagaika, mais je ne réussis qu'à l'amener à se cabrer et à faire un écart. Me demandant ce que cela pouvait vouloir dire, je mis pied à terre, j'attachai mon cheval à un arbre, et, quittant le chemin, je m'engageai dans un sentier étroit. Je fis quelques pas qui m'amenèrent à une clairière, et tout à coup je restai comme cloué sur place devant le tableau qui s'offrait à ma vue et qui avait causé la frayeur de mon cheval. A un petit poirier sauvage, étaient pendus deux bulgares : ils se balançaient encore et leurs jambes s'agitaient convulsivement; leurs visages grimaçaient atrocement. Mon premier mouvement fut de sauver ces malheureux en coupant la corde, mais la réflexion reprit le dessus. Dans la réalité, comme je jouais le rôle d'un Turc, je me trahissais infailliblement, et j'étais perdu si je sauvais ces chiens de chrétiens qu'on exécutait, car personne ne pouvait affirmer que les pendeurs n'étaient pas cachés

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dans les buissons et ne m'observaient pas soigneusement. Alors, prenant un air indifférent, je tirai ma blague à tabac pour rouler une cigarette ; puis, je m'en retournai vers mon cheval, après avoir jeté un dernier regard sur tes pendus. Aussitôt hors de portée, je m'éloignai au grand trot. »

Il est évident que trouver un homme capable de satisfaire à toutes les conditions énumérées n'est pas chose facile, quoique, à la vérité, on éprouve encore moins de difficultés que pour le recrutement des espions fixes, auxquels, vu leur situation, il est délicat d'ofTrir de faire ce métier, et qui, s'ils s'offrent, inspirent toujours un peu de méfiance, car ils pourraient jouer double jeu. Cette dernière difficulté subsiste encore ici, et ce serait une grosse faute que de prendre comme espion le premier venu qui s'offrirait librement à vous, ou de croire qu'on trouvera toujours des espions à condition de les payer cher et de leur donner de grosses gratifications ; les personnes ainsi recrutées sont généralement plus nuisibles qu'utiles.

Quand on fait choix d'un espion, il faut toujours connaître ses rapports domestiques, les personnes qu'il fréquente et, par elles, son degré de moralité. En guerre, il faut, en outre, savoir quelles sont les relations qu'il entretient avec l'ennemi.

« On choisit les espions le plus possible parmi ceux dont l'ennemi a le moins à se défier, particulièrement ceux que leur emploi met en relation avec tout le monde, tels que maîtres de poste, marchands, etc., etc., qui, dans le cas où ils seraient pris, ne pourraient être suspectés » (1).

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