De Brack. Avant-postes de cavalerie légère
108 CHAP. III. — l'espionnage au point de vue militaire
Le persoDnel hospitalier pourra donner de précieux renseignements, car les blessés et les malades parlent volontiers.
On peut aussi considérer comme particulièrement aptes au service des renseignements à l'armée les contrebandiers, les gardes forestiers, qui se distinguent généralement par leur habileté, leur astuce, leur connaissance du terrain, leur force de résistance et leur mépris du danger, c'est-à-dire par les qualités indispensables à Tespion qui pénètre dans les rangs ennemis (1).
Quant aux renseignements qu'ils fourniront, ils seront proportionnés à leurs capacités, souvent médiocres.
« Les gens ordinaires, comme les paysans, les bourgeois, les prêtres, etc., que Ton envoie dans le camp opposé, ne peuvent être employés que pour savoir d'eux où est l'ennemi (2). »
1. Cadet de Gassigourt dans son « Voyage en Autriche, en Moravie et en Bavière fait à la suite de V armée française pendant la campagne de 1809 » (Paris, 1818), rapporte le trait suivant de Schulnrieister :
« Il y a quatre ans, chargé de remettre une lettre de notre ministre à un personnage important de Tarmée autrichienne, il passa chez Tennemi comme bijoutier allemand, muni d'excellents passeports et portant avec lui une assez belle provision de diamants et de bijoux ; mais il fut vendu, signalé, arrêté et fouillé. Sa lettre était dans le double fond d'une boîte d'or. On la trouva et on eut la sottise de la lire tout haut devant lui. Jugé et condamné à mort, il fut livré aux soldats qui devaient Texécuter, mais il était nuit et on remit son supplice au lendemain matin. Il reconnaît parmi ceux qui le gardent un déserteur français, cause avec lui, le séduit par Tappât du gain, fait venir du vin, boit avec son escorte, glisse de Topium dans la boisson, enivre ses gardes, prend un de leurs habits, s'échappe avec le Français, et, avant de rentrer, trouve le moyen de prévenir celui pour qui était la lettre saisie, et de ce qu'elle contenait et de ce qui lui était arrivé. Ce trait a Tair d'un roman; il m'a été attesté par vingt officiers supérieurs. »