‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 52 sur 108 · Froment. L'espionnage militaire^ p · texte numérisé non relu

Froment. L'espionnage militaire^ p

3. « Lorsque vous aurez trouvé quelqu'un qui veuille vous servir à prix d'argent, vous ne vous en rapporterez à lui qu'après Tavoir

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elle détournerait de ce métier tout espion quelque peu convenable et consciencieux, ne laissant place qu'aux individus ayant perdu tout amour-propre, tout respect d'eux-mêmes, et retenus seulement par l'appât du gain. Pour peu que Tennemi leur donne davantage, ils se vendraient à lui, heureux de venger un affront que malgré leur infamie ils ont ressenti. Le chef des espions doit donc user de finesse avec eux, ne pas tout croire, mais éviter de le montrer; au contraire, paraître avoir une foi absolue dans leur franchise.

« Il importe, dit le général Lewal, de bien peser ses paroles, en manifestant beaucoup d'abandon. L'espion sincère a sa fierté, il ne veut pas qu'on le soupçonne. >

L'avantage de l'unité de direction, que nous avons signalé au point de vue de la surveillance des espions, apparaît ici également. Les espions s'habituent à leur chef, à sa manière de les traiter, ils le comprennent plus facilement, s'attachent même à lui et peuvent, par cela même, agir avec plus de zèle. Un espion consciencieux n'aime pas à changer de maître ; il désire que les services qu'il rend et la peine qu'il se donne soient appréciés par un connaisseur, que les fautes involontaires qu'il peut commettre soient jugées sans trop de sévérité : il préfère s'adresser directement à lui et non à un intermédiaire.

éprouvé, et même vous ne vous y fierez entièrement que si vous avez des garanties qui vous répondent de sa fidélité : par exemple, s'il laisse entre vos mains sa femme, ses enfants et une partie notable de son avoir )),dit Bugeaud.

Cette manifestation de méfiance s'explique ici, car il s'agit de diriger des espions recrutés en Algérie, traîtres pour la plupart à leurs correligionnaires ou du moins à leurs concitoyens, et chez qui tout sentiment d'honneur a disparu. L'argent seul les attire, la crainte les retiendra.

H2 CHAP. III. — l'espionnage au point de vue militaire

Cette ômnlation, que seule peut enlrolcuir la certitude d'être jugé par le même chef, sera également d'une grande utilité lorsque les espions finiront par se connaître entre eux, comme cela paraît fatalement devoir arriver au bout d'un temps plus ou moins long.

C'est alors qu'il faudra exciter leur amour-propre, et stimuler leur jalousie; la concurrence qu'ils se feront pour obtenir les éloges du chef, permettra à celui-ci de contrôler leurs rapports et parfois de découvrir un espion double.

Il est évident que lorsqu'un homme s'est fait espion en obéissante des sentiments élevés, c'est-à-dire par dévouement et amour de la patrie, par haine de l'étranger (1), ou enfin lorsque cet homme appartient à l'armée, tous ces artifices sont inutiles avec lui ; il n'y a qu'une chose à éviter, c'est de blesser son amour-propre.

D'un autre côté, on trouve souvent des gens qui servent par amour de l'argent, mais qui veulentque leur métier soit un secret pour tout le monde. Cela s'explique ou par la crainte qu'une indiscrétion ne les fasse plus tôt découvrir de l'ennemi, ou bien par un sentiment de honte et par la conscience qu'ils ont de la répugnance témoignée aux espions. 11 faut tenir compte de cet état d'esprit. Les espions de ce genre doivent être reçus sans témoins et leurs rapports seront toujours faits en tête-à-tête,

1. L'armée française étant assiégée dans Metz, en 1870, un marchand ambulant, Mâcherez, qui « avait été indigné de l'incendie du village de Jussy et avait juré de tirer vengeance de ces atrocités », s'offrit comme espion sans conditions, porta une dépêche à Verdun, rentra à Metz avec la réponse, reçut 1.000 francs et t se montra très reconnaissant, tout en déclarant qu'il ne demandait aucune rémunération, et qu'il considérait déjà comme une grande récompense d'avoir pu se rendre utile à son pays. » {Souvenirs du général Jarras, p. 148).

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d'autant que ce sout les meilleurs agents qui désirent ainsi garder Tincognito.

« Il n'y a rien de plus mauvais, dit le général Lewal, que notre manière de faire, qui consiste à traîner les espions, des sentinelles aux petits-postes, des petits-postes aux grand'gardes et, de là, aux États-majors pour les soumettre au même interrogatoire; on conduit lesespions à travers les bivouacs et les cantonnements sous escorte, comme des malfaiteurs. Les soldats accourent, les regardent, font leurs remarques, etc. Le nom de Tespion, le lieu de son origine, la nouvelle qu'il apporte sont bientôt le secret de Polichinelle et font le sujet de toutes les conversations. »

Paiement des espions

Pour ceux qui n'agissent que par intérêt, il n'y a que la générosité qui puisse les attirer et les garder. Il faut être large en promesses et les tenir si l'espion dit la vérité.

Tous les auteurs sont d'accord sur ce point. Parlant des espions, Maurice de Saxe déclare que « l'on ne saurait employer trop d'argent pour les avoir bons. »

Frédéric II, dans une Instruction à ses généraux, estime qu' i( un homme qui risque d'être pendu mérite une bonne récompense. »

Le prince de Ligne est du même avis : c Pour arrivera obtenir un renseignement essentiellement important, il est difficile de trouver des espions. On donnerait mille ducats pour une nouvelle, et on ne sait pas si l'ennemi n'en n'a pas donné deux mille pour en faire donner une fausse (1). »

i. « Ud espion du général Piccolomini, qui mandait au comte

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« J'enverrais bien des officiers en avant et des espions, écril en 1806 le général Belliard au major-général Berthier, mais ils savent mieux que personne quejen'ai pas d'argent à ma disposition, et c'est un mobile sans lequel on ne fait pas grand'chose, surtout pour Tespionnage >.

Bernadotte ayant envoyé une lettre analogue, le majorgénéral ordonna de remettre 10.000 francs à chacun des maréchaux pour dépenses secrètes.

La générosité de Napoléon envers les espions était telle que Schulmeister, en 1814, avait quarante mille livres de rente ; mais à Targent s'arrêta sa libéralité, si nous en croyons M. Mûller(l).

Ce qui est certain, c'est que Napoléon, qui le paya princièrement, ne le décora jamais; il repoussa même brutalement sa demande. L'Empereur, dans ses accès de bonne humeur, était très familier avec ses subordonnés et les tutoyait volontiers. — Charles, dit-il d'après la légende à Schulmeister, un jour qu'il le remerciait publiquement de ses services, tu vaux une armée. Que désires-tu ? Je n'ai rien à te refuser. — Sire, la croix d'honneur. — De l'argent, tant que tu voudras; la croix, jamais : je la réserve à mes braves.

Le colonel Klembowsky est d'avis qu'on ne doit pas

de Hanape, gouverneur de la ville, qu^il marchait à son secours, fut arrêté, et, pour une somme considérable qu*on lui promit, se chargea d'une autre lettre, dont l'écriture contrefaisait parfaitement celle de M. Piccolomini, par laquelle il mandait à ce gouverneur de se rendre, parce qu'il ne pouvait lui procurer aucun secours. Le comte de Hanape donna dans le piège et, voyant les brèches praticables et les assiégés disposés à donner Tassant, fit battre la chamade. > {Relation du siège de Hesdin en 1639, écrite par le chevalier de Ville.)

1. MûLLBR. L'espionnage militaire soiis Napoléon I^^, Charles Schulmeister , p. 22.

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allouer de traitement fixe à un espion, mais des primes dont la quotité dépendra de l'importance du renseignement reçu et de la grandeur du danger auquel Tespion aura été exposé. Même dans le cas où il saurait à quoi s'en tenir, quant à ses émoluments, il faut encore lui donner de temps en temps des gratifications pour maintenir éveillés son zèle et son activité.

Pendant la campagne de 1870-71, les autorités françaises, généreuses en promesses, se montraient avares quand il fallait payer le service rendu. Le montant des rétributions pour le transport des dépêches au travers des lignes ennemies varia entre 50 et 200 francs (1) ; parfois même, on ne paya pas plus de 5 à 20 francs.

Pour terminer, nous citerons cette phrase de Bugeaud : « Les espions, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, doivent être généreusement récompensés... Si ce sont des militaires, que les grades et les distinctions leur pleuvent, car un grand moyen de réussir à la guerre est dans la connaissance des secrets de l'ennemi, et, s'ils les ont découverts, ils ont rendu un immense service et montré un grand dévouement. »

Comme preuve à Tappui, Bugeaud ajoute qu'en 1812, à un certain moment de la campagne, un vide effrayant existait entre l'armée russe et l'armée française ; pas un

i. L'agent de police Flao fut envoyé, le 20 août, de Thion ville à Metz, avec deux dépêches importantes, adressées par Mac-Mahon à Bazaine. Il arriva à Metz sans eucombres, remit les dépêches, puis retourna le lendemain à Thionville avec cinq autres dépêches importantes ; une patrouille prussienne l'aperçut et le poursuivit pendant quatre kilomètres. Pour éviter d'être pris, Flao abandonna sa voiture et se précipita dans la Moselle ; après avoir nagé pendant quatre kilomètres, il regagna la rive et arriva enfin à Thionville. Pour Texécution de sa mission, Flao reçut 50 francs.

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elle humain iio pouvait être trouvé pour aller aux nouvelles. Le capitaine Lafontaine, qui devint général sous Louis-Philippe, né et élevé à Moscou, parlait parfaitement la langue moscovite; il se déguisa en officier russe, s'aventura fort loin avec une audace incroyable, se faisant fournir^ à tous les relais, des chevaux de poste au nom du czar. 11 tourna autour des colonnes ennemies, s'assura de leur force et de leur direction, puis revint heureusement, après plusieurs jours d'absence, avec un riche bagage de précieux renseignements (1).

Le contre-espionnage

« On ne saurait apporter trop de viligance et d'activité à pourchasser les espions adverses. Ce service de surveillance n'a pas été monté, jusqu'à présent, avec une énergie suffisante. Nous y apportons une certaine nonchalance dont l'ennemi profile. Nous nous laissons trop fréquenter, sans penser aux graves conséquences de cette indifférence. S'il est utile de connaître les desseins de l'adversaire, il est encore bien plus important de l'empêcher de savoir les nôtres > (2).

Ainsi donc, tandis que tout <r le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, à donner et à ne point recevoir », comme le dit à M.Jourdain son maître d*escrime, en matière de renseignements, c'est l'inverse : il faut recevoir et ne pas donner.

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