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Général Lewal. Tactique des renseignements

En effet, s'il est important d'avoir de bons espions, il Test encore plus d'empêcher les espions ennemis de s'approcher de nos troupes. Dans ce but, il faut avant tout exiger l'exécution la plus formelle de toutes les prescriptions du Service en campagne, pour empêcher qui que ce soit de se glisser à travers la ligne des avant-postes. Mais ce moyen ne suffit pas toujours, puisque nombre de personnes étrangères côtoient les troupes : des voituriers, des fournisseurs, des délégués de la société de la Croix-Rouge (1), etc., parmi lesquels un espion ennemi peut facilement se cacher.

1. L*abus et même Tusurpation du brassard de la Croix-Rouge (convention du 22/8 1864) ont été signalés en 1870.

ce Les troupes allemandes ont été accusées par la circulaire de M. de Chaudordy, du 25/1 1871, de s'être servies de la Croix-Rouge pour abriter des convois de munitions ; d'autre part, le comte de Bismarck (circulaire du 9/1 1871) avait déjà, de son côté, reproché à des francs-tireurs d'avoir indûment fait usage de ce même insigne. » (PiLLET. Le droit de la guerre. T. I, p. 157).

A Metz, on vit le brassard porté par des enfants de douze ans et le D' von C. {Die Genfer Convention im Kriege vom 1870-71, p. 21) rapporte qu'après la bataille de Wœrth, dans certains endroits, tous les habitants, et même les chevaux, étaient munis du signe de rinviolabilité.

Il y avait là ignorance des dispositions restrictives de la convention. Depuis lors, des progrès ont été réalisés dans l'instruction de la masse du peuple. En France, toutes les précautions sont prises pour exécuter loyalement la convention. Les brassards, portés sur le vêtement extérieur, sont numérotés et estampillés par le directeur du Service de santé de la région. Il est néanmoins regrettable que le Service en campagne, qui parle des parlementaires, déserteurs, etc., ne s'occupe pas de la Croix-Rouge.

La raison de l'abus ou de l'usurpation du brassard peut être (Pradier-Fodéré. Ouvrage cité. T. VII, p. 413) :

Pour les belligérants : d'espionner, de sortir d'une place assiégée, d y introduire des lettres, de faciliter les transports de l'armée.

Pour les non combattants : de prendre des renseigtiement$ sur \8\,

118 CHAP. III. — l'espionnagb au point de vue militaire

Il faut, en conséquence, se montrer très méfiant envers toute personne étrangère qui, sous un prétexte quelconque, s'introduit dans un bivouac ou un cantonnement. On voit très souvent des filles publiques faire de l'espionnage .

< L'habit du moine ou les haillons d'un mendiant ont souvent caché un scélérat qui s'est introduit dans un bivouac, dans le but de nuire à ceux-là mêmes qui l'avaient comblé de bienfaits. Les hommes de troupe et les officiers doivent, autant que possible, s'abstenir de toute dissertation sur les opérations militaires en présence des habitants et des gens n'appartenant pas à Tarmée; il faut, en particulier, éviter de parler de la situation du détachement » (1).

La troupe doit être initiée aux manœuvres des espions, et l'on s'efforcera de lui faire comprendre le danger qu'ils lui font courir.

conduite de la guerre (en dehors de Tintentiou de dévaliser les morts et les blessés).

Pour les neutres : de se transformer d'infirmiers en soldats.

En 1870, les 300 membres de l'ambulance irlandaise, débarqués au Havre comme infirmiers, se transformèrent pour la plupart en soldats, et contribuèrent à la défense de Chàteaudun.

Ce souvenir ne dut pas être étranger à l'interdiction faite par les Anglais aux ambulances étrangères de débarquer dans l'Afrique du Sud, lors de la guerre du Transvaal.

Les différents buts sus-mentionnés seront peut-être atteints, mais ce qui arrivera généralement, c'est que cet emploi abusif aura des conséquences funestes. Il est certain en effet que, lorsque dans une guerre lune des parties belligérantes s'apercevra, par exemple, que les ennemis abusent du brassard pour se livrer à Tespionnage, et qu'un nombre considérable de particuliers habitant le territoire ennemi portent abusivement cet insigne, elle sera peu disposée à accorder des immunités aux personnes qui en seront revêtues.

1 . Colonel Klembowsky. U espionnage militaire en temps de paix et en temps de guerre.

Pour éviter les conséquences fâcheuses de l'espionnage, on doit interdire aux soldats les rapports trop intimes avec les habitants, les mettre en garde contre les questions, leur prescrire surtout de ne jamais y répondre lorsqu'elles roulent sur les opérations militaires. On doit leur ordonner également d'arrêter les personnes qui les feraient boire et les interrogeraient ensuite (i).

L'expérience montre que seules les mesures prohibitives auront quelque effet et qu'une fois parvenu au milieu des rangs ennemis l'espion aura d'autant moins de dangers à craindre que, par sa conduite, il s'efforce de gagner l'affection des troupiers. Il ne faudra donc pas trop compter sur ces derniers pour la découverte de l'espion; en revanche, celui-ci dévoilé, ils seront sans pitié et d'autant plus ardents à le châtier qu'ils auront été plus confiants. On aura souvent peine à l'arracher de leurs mains et à lui éviter une exécution sommaire.

S'agil-il d'une troupe bivouaquée ou campée, on pourra recourir au procédé à la fois simple et ingénieux que propose Végèce, dans ses Institutions militaires, pour reconnaître un espion et s'en saisir : c Si un espion rôde dans votre camp, faites rentrer pendant le jour tous vos soldats dans leurs tentes, et il est d'abord pris >.

On peut aussi combattre Tespionnage par l'espionnage, les espions par les espions.

Ainsi, on fait donner de faux renseignements à Tennemi par un espion que l'on envoie avec une mission écrite et qui se fait prendre, ou par un espion que l'on sait être double.

Dans le même ordre d'idées, quand on a capturé un

i. De Bhack. Avant'postes de cavalerie légère.

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espion ennemi, on peut quelquefois s'en servir pour donner de fausses nouvelles. Nous avons rapporté des exemples de celte manière de procéder en parlant des espions doubles et des espions forcés.

Le général Lewal (1) a résumé, dans un portrait pris sur le vif, les caractères auxquels on reconnaîtra l'espion ordinaire, celui qui cherche à se procurer des renseignements en parcourant les camps et les cantonnements de Tennemi. Il se distinguera notamment par « sa grande politesse, son observation stricte des ordres ou règlements de police, son effacement calculé, sa manière de regarder ou d'écouler sans en avoir l'air, sa mobilité d'allures, sa présence partout où il se produit quelque mouvement ou rassemblement, son apparence bête ou indiflérenle quand il questionne, son intelligence, sa souplesse, son ingéniosité à répondre à toutes les interrogations, ses papiers qui attestent toujours la sincérité de ses déclarations, son attitude énergique, son affectation de franchise, son désintéressement dans la vente, sa libéralité envers les soldats, aux cantines ou débits, etc. »

Dès qu'on a le moindre soupçon, il faut filer l'espion, l'arrêter, et le soumettre à des interrogatoires sévères, troublants, pour voir si, dans ses réponses, il n'y a pas à relever de contradictions. On rend compte du résultat de l'interrogatoire au chef du détachement.

En tous cas, et c'est là un avantage de l'obligation de juger les espions, il faut, avant de les fusiller, les interroger adroitement, et tâcher d'obtenir d'eux des rensei-

\ . Général Lewal. Eludes de guerre. Tactique des renseignements. Chapitre XX.

gnements sur Torganisation de Tespionnage chez l'ennemi. Sous ce rapport, les Français commirent une faute grave en faisant fusiller, en septembre 1870, Tespion allemand Schulz, bien que celui-ci eût donné des renseignements sur lorganisation de l'espionnage allemand, et se fût montré disposé, avant l'exécution, à désigner les camarades qui faisaient le même métier que lui.

La découverte des espions ennemis fait partie des devoirs de la gendarmerie aux armées ; certaines instructions spéciales lui sont données à cet effet :

€ La gendarmerie doit exercer, au point de vue de l'espionnage, une surveillance incessante dans l'intérieur et aux abords des camps et cantonnements.

f II faut se méfier de tout individu qui, n'appartenant pas à l'armée, s'y présente pour y exercer une industrie quelconque. Les curieux doivent être également écartés avec soin.

c< Dans les localités où l'on séjourne plusieurs jours, il est important de surveiller, dans le voisinage des bureaux de poste, les individus étrangers au pays qui viennent jeter des lettres dans la boîte ou en réclamer au bureau restant. Les espions peuvent, en efifet, correspondre entre eux par ce moyen.

€ Tout individu étranger à Tarmée et au pays occupé, qui est trouvé dans un camp ou aux abords d'un camp avec des allures suspectes, est arrêté et conduit, sans retard, devant le commandant de la gendarmerie; il est immédiatement interrogé pendant qu'il est encore sous le coup de l'émotion que lui a causée son arrestation ; il est ensuite fouillé minutieusement.

<( S'il existe des preuves contre lui, le commandant

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