I II. — DES ESPIONS PROPREMENT DITS
foi aux indications de ces espions qui sont déjà éprouvés et connus de l'autorilé.
En second lieu, il y a des gens qui espionnent par patriotisme ou par haine de Tétranger. Leur entretien est relalivement bon marché, puisqu'ils n'en font pas métier ; leurs renseignements sont aussi le plus souvent exacts, car ils sont le résultat d'un service consciencieux et dévoué.
Parfois, on voit se livrer à l'espionnage des gens qui ont été Tobjet d'injustices ou qui sont animés par la haine, par la passion politique. II ne faut pas trop compter sur leur constance, mais on peut d'autant plus se fier à leurs indications que les motifs qui les ont poussés à l'espionnage sont plus faciles à excuser.
Enfin, les espions sont très souvent des gens sans moralité, couverts de dettes, l'écume de la société. Ils ne sont guidés que par le besoin d'argent et ils n'hésitent pas à se mettre du côté de celui qui les paiera le plus largement. Il faut accepter avec la plus grande prudence les nouvelles qu'ils apportent, et on ne pourra y ajouter foi que lorsqu'elles auront été confirmées par des renseignements venus d'autres sources.
B. Espions forcés. — Ce n'est pas ici le moment de parler de l'immoralité de l'acte qui consiste à placer un homme entre son devoir et son intérêt. La nécessité est la seule excuse qu'invoquent ceux qui ont employé ce procédé : Frédéric, Napoléon, et ce grand cœur qu'était Bugeaud.
« Lorsque, par aucun moyen, on ne peut avoir dans le pays de l'ennemi de ses nouvelles, il reste un expédient auquel on peut recourir, quoiqu'il soit dur et cruel :
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c'est de prendre un gros bourgeois qui a fennme, enfants et maison ; on lui donne un homme d'esprit que l'on déguise en valet (il faut qu'il sache la langue du pays). Le bourgeois est obligé de le prendre comme son cocher, et de se rendre au camp des ennemis, sous prétexte de se plaindre des violences que vous lui faites souflFrir. S'il ne ramène pas votre homme après avoir séjourné dans le camp ennemi, vous le menacez de faire égorger sa femme et ses enfants, et de faire brûler et piller sa maison. J'ai été obligé de me servir de ce moyen lorsque nous étions au camp de Ghiusitz et cela me réussit » (1).
« Saint-Cloud, 27 octobre 1808.
(( On n'a point de renseignements sur ce que fait l'ennemi. On dit toujours qu'on ne peut pas avoir de nouvelles, comme si cette position était extraordinaire dans une armée, comme si on trouvait ordinairement des espions. 11 faut, en Espagne comme ailleurs, envoyer des partis qui enlèvent, tantôt le curé et l'alcade, tantôt un chef de couvent ou le maître de poste... On les met aux arrèls jusqu'à ce qu'ils parlent, en les faisant interroger deux fois par jour ; on les garde en otage et on les charge d'envoyer des piétons et de donner des nouvelles... Les services que les habitants rendent à un général ennemi ne le sont jamais par affection ni pour avoir de l'argent ; les plus réels qu'on obtient, c'est pour avoir des sauvegardes et des protections ; c'est pour conserver ses biens, ses jours, sa ville, son monastère » (2).