‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 66 sur 108 · Général de Marbot. Mémoires, Tome II, p · texte numérisé non relu

Général de Marbot. Mémoires, Tome II, p

i48 cHAP. IV. — l'espionnage dbVant le DllOlt

au moment où il était ainsi occupé, un sergent de chasseurs entre dans le bois pour s'y reposer quelques instants, et vient se coucher précisément au-dessous de Tarbre sur lequel se trouvait le juif, qu'il n'avait point aperçu. A celte vue, Tespion, absolument saisi, fit probablement quelque mouvement pour se cacher; le calepin lui échappa des mains et vint tomber à côté du sergent. Celui-ci lève la tête, et, voyant un homme au milieu des hautes brancheSi il le couche en joue, en lui ordonnant de descendre. Le malheureux juif, forcé d'obéir, est conduit devant un général autrichien qui, à la vue du calepin accusateur, fait tuer ce misérable à coups de baïonnette ».

Cependant, on rencontre quelques exemples de pitié.

En 1813, Dantzig était assiégé par le prince de Wurtemberg et une armée russe. La Prusse fit défection à la cause de Napoléon, ce Aussitôt, écrit Rapp qui défendait alors la place, les séductions recommencèrent. On croyait le moral de nos troupes ébranlé. La disproportion des moyens d'atlaque et de défense, l'argent, les promesses, tout était mis en œuvre pour les engager à la désertion. On oflFrail une prime à la honte : je pouvais bien eu proposer une à la fidélité. J'annonçai deux cents francs de gratification pour quiconque livrerait un homme convaincu d'embauchage. Cette mesure eut son effet. La plupart des émissaires que les assiégeants avaient dans la place me furent signalés. D'après nos lois, ils avaient encouru la peine mort, mais les hommes sont en général moins méchants que malheureux. Presque tous étaient des pèies de famille qui avaient cédé à la nécessité. Je les livrai à la risée de nos soldats, je leur fis raser la tète, et les renvoyai. Celte mesure les retint chez eux;

j'en fus délivré sans recourir aux exécutions » (1).

Pendant la guerre de 1870, de nombreux espions furent saisis par les armées françaises et allemandes.

Les Français, en général, jugèrent ces espions et les condamnèrent à mort. Nous avons signalé plus haut un cas où la sentence fut exécutée trop hâtivement (affaire Schulz, à Metz).

Citons encore une exécution sommaire qui donna lieu, trois ans plus tard, à un procès resté célèbre (2). Arbinet, épicier de Dijon et espion des Prussiens, fut amené à Beaune au général Cremer, auquel M. de Serres, délégué de Gambetta, télégraphia : « Hier au soir a été arrêté le sieur Arbinet, pourvoyeur et espion de Tennemi occupant Dijon. Assurez-vous bien avec l'autorité civile de l'identité et qualité du personnage et faites-le fusiller aujourd'hui ». On n'y manqua pas (27 décembre 1870).

MM. de Serres et Cremer furent traduits devant le conseil de guerre de Lyon comme auteur et complice d'homicide volontaire. La culpabilité d'Arbinet était certaine, mais on avait violé le code de justice militaire et même le décret du 2 octobre 1870 qui créait les cours martiales (3), et dont l'article 3 portait qu'en cas de condamnation la sentence serait exécutée le lendemain matin. Les accusés furent condamnés à un mois de prison pour homicide par imprudence t (15 juillet 1872).

Quant aux Allemands, ils jugèrent aussi les espions, mais d'après une règle toute spéciale. En effet, la Proclamation des 16 et 19 août des commandants d'armée

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