‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 68 sur 108 · PiLLET. Les lois actiielles de la guerre · texte numérisé non relu

PiLLET. Les lois actiielles de la guerre

3. De Olivart. Le différend hispano-américain {Revue générale de droit international public^ 1902. Note de la page 193).

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De leur côté, les Américains, pour pouvoir appliquer le rigoureux châtiment réservé aux espions, leur assimilèrent des individus coupables d'actes qui n'étaient pas de l'espionnage. C'est ainsi que l'Espagnol Iglesias, trouvé à bord du monitor Puritan au moment où il tentait de le faire sauter, fut condamné à mort et exécuté à Fort Taylor (1).

C'était assurément un fait de guerre condamnable, parce qu'au lieu d'être accompli ouvertement il l'avait été au moyen de manœuvres destinées à rester cachées, et sous un déguisement, mais cela ne suffisait pas à justifier l'assimilation.

On ne saurait davantage assimiler à un espion, comme le firent aussi les Américains, l'Espagnol qui fut saisi au moment où il empoisonnait les réservoirs à eau de la garnison de Tampa (2).

Dans la guerre du Transvaal, les choses furent compliquées par la prétention que les Anglais émirent d'abord de considérer les Boërs, non pas comme des belligérants, mais comme des vassaux en lutte contre leur suzerain (3). Ils déclarèrent ultérieurement l'annexion des deux Républi(|ues. Bientôt après, une proclamation du 31 mai 1900 stipule, entre autres choses, que « tous les Burghers qui s'engageront par serment à s'abstenir de toute participation à la guerre recevront des passes les autorisant à retourner dans leurs domiciles, et ne seront pas faits prisonniers de guerre ».

C'était implicitement traiter toute la nation en prison-

i et 2. R. G. D. I. P. (1898), d'après le Temps des 13/5 et 4/5 1898.

3. Suzeraineté dérivant de la convention de Londres de 1881. L'Orange était indépendant.

nière, et considérer en quelque sorte comme prisonniers sur parole ceux qui prêteraient serment.

Naturellement, cette proclamation n'eut pas grand effet. Elle fut suivie d'une autre, en date du 14 août 1900, qui, se référant au serment ci-dessus exigé, portait :

€ 3® Toutes les personnes qui ont prêté le dit serment et qui l'ont violé en quelque façon seront punies de mort, d'emprisonnement ou d'amende.

« 4® Tous les Burghers des districts occupés par les forces de Sa Majesté, sauf ceux ayant déjà prêté le dit serment, seront regardés comme prisonniers de guerre et seront transportés ou traités autrement de la façon que je fixerai ».

L'arbitraire saute aux yeux. On ne parle ni de tribunal, ni de jugement, mais seulement du châtiment. On oblige les habitants à dénoncer aux autorités anglaises la présence des patrouilles boërs arrivant dans le voisinage (ce que tous les autres codes n'exigent que des nationaux à rencontre des ennemis), et cela sous peine d'être convaincus de trahison.

Bref, depuis que l'Angleterre avait prononcé l'annexion des deux Républiques, elle en traitait les habitants comme rebelles et non comme belligérants, comme traîtres et non comme espions.

Les Anglais jugèrent toujours les individus accusés du crime d'espionnage. L'exemple suivant mérite d'être cité en entier à cause de l'intérêt anecdotique de certains détails.

« Un fait que je tiens à vous signaler, écrivait le correspondant du Temps (13 février 1900), c'est l'exécution d'un garde-sémaphore anglais du port de Durban qui vient.

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après trois mois d'exercice, d'être conyaiDCO d'espionnage. L'autre jour, un navire chargé de troupes entrait au port. Il passait devant le haut promontoire où est perché le phare à plus de cent mètres, quand Tattention d'un officier fut attirée par de singuliers signaux de télégraphie optique qui étaient faits de l'autre côté du phare. Le gardien du sémaphore fut dénoncé. On exerça une surveillance. Elle révéla qu'à Taide du code ordinaire de télégraphie optique, le garde du sémaphore signalait chaque nouvelle arrivée de troupes, chaque mouvement du port, le nombre des hommes, des canons et des chevaux débarqués à ses complices postés sur une montagne à quelque distance ».

« Il parait que, de hauteurs en hauteurs, ces renseignements, transmis par des sigualeurs, atteignaient en deux ou trois jours le quartier-général boër sur la Tugela. Ceci durait depuis le commencement de la guerre. Comme il n'est pas un soldat anglais, pas un canon et pas un cheval dans toute l'armée de Buller qui n'ait passé par le port de Durban, les Boërs ont dû être assez exactement renseignés. Il n'est pas étonnant, par exemple, comme je vous le disais dans ma dernière lettre, que, deux jours après le débarquement mystérieux du général Warren, les Boërs aient demandé de ses nouvelles par héliographe aux Anglais de Colenso ».

« Le garde-sémaphore avoua que ses exercices de télégraphie optique duraient depuis le commencement de la guerre. Ils lui rapportaient 60 livres, soit 1.500 fr. par télégramme. Avant de commencer ses fonctions, il avait reçu 17.500 francs en espèces sonnantes. Sa culpabilité a été prouvée par l'examen de son compte à la Banque nationale du Transvaal, qui a une succursale

ici el qui lui réglait ses appointements. C'était un Anglais pur sang, d'une soixantaine d'années. II occupait la place depuis longtemps. Sa femme et ses cinq enfants ne voulant pas croire à sa culpabilité, une scène déchirante a eu lieu lors de son embarquement à bord du vaisseau de guerre où il a été fusillé, en rade. Il laisse à sa famille 125.000 à 150.000 francs gagnés pendant ses trois mois d'espionnage. Cela représente pas mal de télégrammes. »

Les Boërs s^emparèrent aussi de quelques espions. Le 9 août 1900, le lieutenant Cordua, de l'artillerie transvaalienne, accusé de connivence avec les Anglais, est arrêté, condamné à mort, et fusillé le 24 du même mois.

Kitchener avait organisé avec les Boërs traîtres à la cause nationale un comité, dit Comité de la paix des prisonniers boërs. Mais, en réalité, ses membres étaient chargés de missions moins humanitaires, ainsi qu'il ressort de cette dépêche du War Office (13 janvier 1901) : « Trois agents, délégués par le Comité de la paix des prisonniers boërs à Pretoria, ont été faits prisonniers dans le camp de de Wet, le 10 janvier. Un de ces émissaires, qui était sujet britannique, a été fusillé. Les deux autres ont été fouettés. >

Interviev^ré, à la Haye, sur ce fait, Kriiger répondit :

c Les émissaires de Kitchener avaient probableme-nt

reçu la mission d'inviter un ou plusieurs officiers à déserter la cause nationale. Le cas s'était déjà présenté une fois... Les envoyés actuels peuvent aussi bien avoir été des espions, et depuis longtemps on soupçonnait les

parlementaires anglais d'abuser de leur situation

... Ce châtiment (1) sera un avertissement pour les offi-

1. Cette exécution fut d'ailleurs démentie plus tard, et la mort de TÀDglais imputée à la maladie.

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ciers anglais qui voudraient agir en traîtres (1), et en même temps un avertissement aux Afrikanders qui voudraient déserter la cause nationale » (2).

Le baron Quinsberf, arrêté et trouvé porteur des plans des forts du Transvaai, fut condamné à la peine de mort et exécuté presque immédiatement à Pretoria (3).

Les Burghers respectèrent, même à l'égard des espions indigènes, la décision prise à la Haye de juger les espions. Au début de la guerre, ils avaient toléré sans défiance les allées et venues des noirs qui devaient, dans un intérêt commun, rester en dehors des hostilités. Lorsque, abusant de cette tolérance, les indigènes en profitèrent pour recueillir des informations et servir d'éclaireurs aux colonnes anglaises, à prix d'argent, les Boërs se considérèrent avec raison comme autorisés à les traiter en espions et à les fusiller quand ils les capturaient au service de leurs ennemis. Les Anglais menacèrent les Burghers d'user de représailles (4) ! Et ils tinrent parole.

Le chef de commando Scheepers, malade, fut capturé sur la dénonciation d'espions indigènes qui trahirent le secret de sa retraite. On l'accusa d'avoir fait fouetter un blanc qui fournissait des indications aux Anglais et d'avoir fait fusiller des indigènes convaincus d'espionnage. Bien qu'il fût prouvé que Scheepers n'avait fait exécuter ces derniers qu'après leur condamnation régulière par un conseil de guerre, il fut condamné à mort. On dut, vu son état de santé, le fusiller assis sur une chaise (21 janvier 1902) (5).

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