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Général de Marbot, Mémoires. T. II, p

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cordé au messager, c'est géuéralement, noa pas à un sentiment d'humanité que 1 on cède, mais bien à l'intérêt ou à la crainte de représailles.

lia correspondance du maréchal Moncey (1) fournit un exemple de cette générosité intéressée.

Le général comte Gurial au maréchal Moncey.

28 mai 1823.

« ... L'homme sur qui a été prise la lettre adressée à Mina est entre nos mains et gardé avec soin. J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de me donner des ordres à son égard. Il me semble qu'il doit être considéré comme espion et traité comme tel... »

Le maréchal Moncey au général GuriaU 29 mai 1823.

« ... Quant à la lettre interceptée, c'est un trait de lumière sans doute; mais, en fusillant le porteur, n'est-ce pas consacrer le droit de fusiller ceux que nous employons tous les jours?... »

Le général Gurial au maréchal Moncey.

«... Si Votre Excellence ne veut pas que l'espion de Mina soit fusillé, il ne lésera pas, mais je ne pense pas que cet acte de clémence influe en bien sur la conduite barbare de Tennemi. i)

Aéronaotes

Le troisième paragraphe de l'article 20 de la convention de la Haye, continuant Ténumération de ceux

i« Duc DE CoNEGLiANO. .Correspondance du maréchal Moncey.

§ m. — l'espionnage et le droit contemporain 167

qui ne doivent pas être considérés comme espions, décide :

« Â cette catégorie appartiennent également les individus envoyés en ballon pour transmettre les dépèches et, en général, pour entretenir les communications entre les diverses parties d'une armée ou d'un territoire. »

Cette décision n'est que l'adoption du projet élaboré à Bruxelles en 1874, sur la proposition du délégué prussien :

« M. le général de Voigts-Rhetz demande qu'il soit noté au protocole que les individus montés en ballon pourront être sommés de descendre; que, s'ils refusent, on pourra tirer sur eux et que, lorsqu'ils seront capturés, ils seront prisonniers de guerre et ne pourront, en aucun cas, être traités comme espions » (1).

Ce langage était le blâme le plus sanglant que Ton pût infliger à la conduite tenue par la Prusse lors de la guerre de 1870-71 où, pour la première fois, il fut question du sort réservé aux aéronautes capturés. Loi du plus fort, la lettre du 19 novembre 1870 de Bismarck à M. Washburne, ministre des Etats-Unis en France, resté à Paris, portait que :

« Toutes les personnes qui prendront celte voie (celle des airs) pour franchir nos lignes sans autorisation, ou pour entretenir des correspondances au préjudice de nos troupes, s'exposeront, si elles tombent en notre pouvoir, au même traitement qui leur est tout aussi applicable qu'à ceux qui feraient des tentatives semblables par voie ordinaire. »

1. Actes de la Conférence de Bruxelles de 1874. Protocole III, p. 46.

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Or ces derniers étaient fusillés.

Des 68 ballons partis de Paris, 5 seulement tombèrent entre les mains des Allemands.

La Normandie, partie le 27 octobre 1870, vint tomber dans la ferme d'Hennemont, à 26 kilomètres de Verdun ; il ne restait alors à bord que M. Manceau, qui se brisa la jambe en tombant et faillit être assommé par des paysans. Sauvé par le curé du village, qui réussit, malgré la proximité de Tennemi, à prendre les dépêches et à les porter à destination, le malheureux Manceau, dénoncé par un traître, est saisi par les uhians, et, malgré sa blessure, emmené à coups de crosse jusqu'à Mayence, où il est jeté dans un cachot ; on Ty laisse pendant deux jours, sans nourriture, avant de le faire passer en conseil de guerre. Il eût été fusillé s'il n'avait pu prouver, par un contrat d'association qu'il portait sur lui, qu'il était un simple négociant. Il fut interné à Mayence jusqu'à la fin de la guerre » (1).

D'après le récit du Temps (27 février 1903), le Galilée, monté par MM. Husson et Etienne Antonin, tomba à six heures du soir, le 4 novembre 1870, entre les mains d'un parti de uhlans, à l'ouest de Chartres. M. Husson eut le temps de confier ses dépêches à un paysan qui se dissimula dans la foule et réussit à les porter à Tours, où il fut récompensé. « Les habitants, revenant en nombre, allaient donner Tassaut au Galilée, mais le commandant des uhlans força ses prisonniers, sous peine d'être immédiatement fusillés, à lui servir de parlementaires pour arrêter l'élan des Français. Les deux prisonniers furent dirigés vers l'Allemagne, mais ils parvinrent à s'échapper. »

i. Lecornv. La navigation aérienne.

§ III. — l'bspionnage bt le droit contemporain 169

M. Nobécourt partit de Paris dans le ballon le Daguerre, le 3 novembre 1870, accompagné de MM. Gubert et Piron. Aperçu par les Prussiens, l'aérostat n'étant qu'à une faible altitude devint bientôt le point de mire d'une fusillade extrêmement vive, et, percé d'un grand nombre de balles, il ne tarda pas à descendre avec une rapidité vertigineuse. Après un traînage d'une vingtaine de kilomètres, les trois aéronautes arrivèrent à Joigny,oii un fermier consentit à les cacher. M. Nobécourt avait eu un genou luxé dans sa chute. Les Prussiens ayant menacé de brûler le village, les trois braves décidèrent de se rendre, et, malgré les souflFrances que M. Nobécourt ressentait de sa blessure, ils furent emmenés à pied et conduits à Versailles, où la cour martiale les condamna à subir la peine de mort. D'activés démarches firent que cette peine fut commuée, et les trois aéronautes furent internés à Glatz dans la Haute-Silésie » (1).

Le quatrième ballon capturé fut la Ville de Paris. Parti le 15 décembre à 4 h. 45 du matin sous la conduite de l'aéronaute Delamarne, il tomba à une heure à Sinn, près de Wetzlar (Nassau). Les passagers, MM. Morel et Lucien Billebault, faillirent être fusillés comme espions et subirent les traitements les plus odieux.

Enfin, le 20 décembre 1870, le Général Chanzy, parti à 2 h. 30 du matin sous la conduite de M. Verrecke, vint tomber à Rothenburg, en Bavière, et ses passagers, MM. de TEpinay, Julliac et Joufryon, furent internés en Allemagne (2).

On voit que, dans aucun cas, la menace de M. de Bismarck ne fut complètement mise à exécution et que, par

1. Pradibr-Fodéré. Ouvrage cité. T. VI, p. 983. * 2. Legornu. La navigation aérienne.

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suite de circonstances spéciales, tous les aéronautes pris eurent la vie sauve. Mais à cela se réduisit la générosité du vainqueur» et Ton ne peut rappeler la cruauté des traitements infligés aux captifs sans y opposer la manière toute différente dont fut traité Coutelle, l'un des premiers aérostiers militaires français.

C'était en 1795, pendant le siège de Mayence par Lefebvre : Goutelle commandait la compagnie d'aérostiers. Dans une de ses reconnaissances, le vent était si violent que, malgré une très grande force ascensionnelle, la bourrasque rabattit par trois fois le ballon jusqu'à terre et brisa en partie la nacelle.

« Le ballon s'élevait avec une telle vitesse, dit Goutelle, que 64 personnes, 32 à chaque corde, étaient entraînées à une grande distance... L'ennemi ne tira point. Cinq généraux sortirent de la place en élevant des mouchoirs blancs sur leurs chapeaux. Nos généraux, que j'en prévins, allèrent au-devant d'eux. Lorsqu'ils se furent rencontrés, le général qui commandait la place dit au général français : « M. le général, je vous demande en grâce de faire descendre ce brave officier; le vent va le faire périr : il ne faut pas qu'il soit victime d'un accident étranger à la guerre ; c'est moi qui ai fait tirer sur lui à Maubeuge. »

On est heureux de rencontrer chez un ennemi ces sentiments chevaleresques, provoqués par la bravoure et l'intrépidité. Ce n'est pas d'ailleurs la seule fois que Goutelle reçut ainsi l'hommage de l'admiration des officiers autrichiens. Un jour, il est envoyé dans leurs lignes comme parlementaire.

« Aussitôt que les officiers autrichiens eurent appris que je commandais Taéroslat, raconle-t-il, je fus acca-

s III. — L*B8PIONNAGB BT LB DROIT CONTBMPORAIN 171

blé de questions et de compliments. Un officier qui avait passé le fleuve avec moi observa que, si mes cordes cassaient, je pourrais être exposé en tombant dans le camp ennemi. — Monsieur l'ingénieur aérien^ répondit un officier supérieur, les Autrichiens savent honorer les talents et la bravoure ; vous seriez traité avec distinction. C'est moi qui vous ai aperçu et signalé le premier, pendant la bataille de Fleurus, au prince de Gobourg dont je suis Taide de camp. — Je lui observai qu'on ne devrait pas, suivant Tusage, m'interdire l'entrée de la place, puisque, en m'élevant sur l'autre rive, je plongeais dans la ville. — Le général qui commandait envoya le lendemain l'autorisation de me faire voir la place, si notre général consentait à m'y laisser entrer » (1).

Le fait est assez à Thonneur de Goutelle et de ses adversaires pour qu'il soit superflu de l'exagérer en le dénaturant (2).

Aujourd'hui, la question est tranchée : l'aéronaute est assimilé à un messager qui traverserait les lignes ennemies ostensiblement et sans déguisement.

Le fait de s'élever dans les airs la nuit, pour éviter d'être vu et de devenir la cible des canons ennemis, ne constitue pas plus la clandestinité que pour un corps de troupes le fait d'attaquer de nuit, ou pour un soldat la précaution de se cacher derrière une haie ou un repli de terrain.

1. Mémoires de Goutelle, cités par Lbgornu. La navigation aé" vienne.

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