‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 99 sur 108 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

pour pouvoir leur infliger le dernier supplire,dans l'espoir de se préserver de leurs atteintes par Tintimidafion et la terreur, qu'on les déclare criminels. Il ne s'agit, à vrai dire, que d'une mesure de sûreté imposée par les circonstances. € C'est la nécessité de se garantir des dangers de l'espionnage qui force à se servir de la peine de mort comme moyen de répression > (1). L'imminence et la gravité du péril autorisent, seules, le recours à ces procédés extrêmes. On peut donc affirmer qu'ici « le droit de sévir a pour base, non le droit de punir du droit criminel, mais le droit de légitime défense > (2).

Encore, quand il s'agit de collectivités armées les unes contre les autres, ce droit de légitime défense ne prendil pas directement sa source dans un principe de droit naturel, l'inviolabilité de la personne humaine, qu'il serait en efifet par trop dérisoire d'invoquer dans l'état de guerre.

Ainsi, pas de crime à punir, pas de principe supérieur à sauvegarder, mais simplement usage d'un moyen empirique de préservation, qu'il suffit, dès lors, d'apprécier comme tel. On ne punit pas l'espion : on le frappe pour se défendre. Se défend-on efficacement ?

Le nombre et l'audace des espions sont là pour répondre, et le développement universel, pris de nos jours par les dififérents services d'espionnage, atteste suffisamment que la rigueur n'a pas produit ce résultat d'intimidation qu'on s'était flatté d'obtenir.

S'agit-il d'espions mercenaires, le chiô're des sommes allouées à la plupart d'entre eux, pour leurs missions les plus périlleuses, prouve assez que la crainte du dernier

i. Procès-verbal de la Conférence de Bruxelles ^ de 1874. 2. M. Renault^ à sod cours.

supplice ne les relient pas. Dira-t-on que la valeur de la prime correspond à la gravité du risque? Pour un Schulmeister, à qui la légende attribue 40.000 fr. de rente — et chacun conviendra qu'il les avait bien gagnés — combien d'espions obscurs ont montré comment on meurt pour 25 fr. Et les exemples précédemment cités établissent que le tarif de mort est descendu souvent plus bas.

H y a donc autre chose en jeu que Tappât du gain. Outre que, en temps de guerre, l'image de la mort, toujours présente sous toutes les formes et à tous les yeux, finit par inspirer moins d'horreur, il est des hommes aventureux, des caractères énergiques et bien trempés, pour lesquels, loin d'être un frein, le péril est un aiguillon. Ceux-là ne reculent pas devant la mort, et ce sont les meilleurs espions.

Sans doute, la menace du supplice peut arrêter les timides, les lâches, les natures molles et irrésolues. Mais le danger ainsi écarté semble minime. Ce sont pourtant leurs semblables surtout dont on verrait se multiplier le nombre, si la peine capitale venait à être abolie en matière d'espionnage.

Serait-ce donc un pur paradoxe d'avancer que la nation qui oserait prendre cette initiative, sans attendre les délais interminables d'une entente internationale encore improbable, n'en recueillerait guère que des avantages et porterait préjudice à l'ennemi? Elle attirerait à elle les espions dont la valeur spécifique est la plus haute, qui sont les plus intrépides et les plus prudents aussi, parce que la menace constante du péril les tient toujours en éveil. Aux ennemis, resterait la menue monnaie des mercenaires sans valeur, le troupeau d'espions, plus nombreux peut-être, mais plus mauvais. Or, toutes

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