SCENE V
Les moines Laura Cure parte un voile épais qui lui cache complètement le visaue.) LOUIS
Il me semble que je con. ils ete tournure là, moi; où estce que je l'ai bien vue”?
LAURA
Monsieur Paul, c'est moi, qui vous al suivi jusque dans cette prison afin de vous sauver et de vous prouver encore une fois
mon amour, (Elle eniève son voile.) LOUIS Ah! il me semblait que c'te creaturt lä ne m'était pas inconnue! Ben ce qu'elle en a du front, celle la!
PAUL
Vous ici?
pe LAURA
Pourquoi pas? Du moment que vous êtes dans le péril, n'estil pas tout naturel de me voir apparaître pour tenter de vous sauver? N'est-ce pas ce que doit faire une femme qui aime?
Après ce qui s’est passé en Angleterre, vous osez encore une fois veus présenter devant moi?
LAURA
Capitaine, ma démarche est celle d’une personne qui s’intéresse à vous. Dans un moment de folie, suscité par le désir de vengeance que votre froid mépris a fait naître en mon coeur, j'ai pu un instant vous vouloir du mal; j'ai pu vouloir comme vous remplir les devoirs que j'ai à remplir, moi aussi, à l'égard de ma patrie; mais mon coeur de femme a saigné bien amèrement en songeant aux dangers que vous avez courus.
LOUIS
CA part) Hypocrite, va; je gage qu’elle va encore une fois essayer de l’amadouer et de lui faire accroire qu'elle l'aime!
LAURA
est pourquoi vous sachant ici, je viens vous demander
PAUL Un coeur d'Allemand peut-il se repentir?
LAURA
La femme, de quelque nationalité qu’elle soit, sent son coeur battre à la même place; ce coeur est tendre, facile à émouvoir. Votre grandeur d'âme me touche, et l'admiration que j'éprouve pour vous suscite en moi un sentiment que je ne puis définir, sentiment d’une force tellement grande qu'il m'amène à ves pieds pour vous tirer, si vous le voulez, de cette infecte prison.
LOUIS
Si vous voulez me le permettre, mon capitaine, je vais la mettre hors de notre château, c'te badreuse là.
PAUL
Laisse-la faire, Louis; c'est une femme, et il faut être délicat avec les dames; fut-ce mème celles qui nous aiment le plus, comme dans le cas actuel.
Savez-vous, Laura, que j'aurais pu croire, autrefois, à votre sincérité, mais maintenant je n'ai plus pour vous que de la compassion et de la pitié.
LAURA
Chacune de vos paroles s'enfonce en mon coeur comme un dard meurtrier; mais la blessure que j'en ressens me cause un bonheur ineffafable; parce qu'elle me vient de vous, Paul. Vous êtes un brave, vous, un héros, oui, un héros.
PAUL Je suis Canadien, voilà tout!
LAURA
Je vous admire, capitaine, et malgré que j'aie perdu toute espérance de posséder votre amour, je veux faire quelque chose pour vous. Vous savez ce qui vous attend, depuis votre conversation avec le capitaine Buelew. Des tourments tellement effroyables vous seront infliges que mon coeur défaille seulement que d'y penser.
L'âme du soldat canadien est forte et peut envisager la mort en face.
LAURA
Cette bravoure chez vous est justement ce qui m'effraie. Mon Dieu, mon Dieu, ayez pitie de lui!
Au nom de l'attachement que je vous porte, écoutez-moi.
quittez cette prison à tout prix, SAuvez-Vous.
LOUIS (À part)
Oui, c'est bien facile avec des baionnettes tous les six pouces pour nous empêcher de passer.
PAUL
La Providence saura veiller sur nous.
LAURA
Parlez, répondez au capitaine Buelow; c'est peu de chose après tout ce qu'il vous demande. Vous aurez votre liberté; je vous conduirai jusqu'en dehors des lignes allemandes; mais parlez donc! Chaque minute de retard rapproche le moment où je vous verrai entre les mains du bourreau. Et, capitaine si vous craignez le retour au milieu des vôtres, restez auprès de moi. Les honneurs abonderont sur votre tête. Vous serez riche, aimé, adoré, heureux. Capitaine, je vous en supplie.
Bien, regardez moi la faire maintenant. Si on dirait pas de
Belzébuth en personne, c’te femme là.
PAUL
(A part.) Cette femme serait-elle réellement repentante? Son regard si attirant encore une fois jette en mon âme un étrange sentiment.
(A LAURA.) Mademoiselle, je vous sais gré de vos paroles: mais Louis et moi avons décidé que nous n'avions pas le droit de sauver notre tète en sacrifiant celle des autres, n'est-ce pas, Louis?
LOUIS
C'est décidé, décrété, arrèté, résolu. Quant à moi, ce ne sont pas les beaux yeux de Mam'’zelle qui me feront clianger d’idée quand la pensée de Julie elle-même n'a pas été assez forte pour le faire.
LAURA
Capitaine, je frémis pour vous. Au nom de ce que vous avez de plus cher au monde, au nom de votre inère, parlez.
PAUL
Misérable, vous osez blasphémer le nom de ma mère, cette femme si pure, si noble, si droite, qui aimerait mieux cent fois me voir mourir que de forfaire à l'honneur.
LAURA
Pitié pour votre fiancée si mon amour à moi ne vous touche pas. Pitié pour celle qui vous attend et dont le coeur se gonfle d'inquiétudes mortelles à chaque instant. Serez-vous assez barbare pour imposer à cette jeune femme l'attente éternelle d'un lendemain qui ne vient pas, le veuvage avant le mariage?
PAUL
Marcelle, Marcelle, mon amie, oh combien dure l'épreuve que je traverse en ce moment. Jamais tu ne sauras la profondeur de la blessure dont souffre actuellement mon coeur.
Mais, ma noble amie, je sais que tu es assez forte, assez vaillante, pour lui sacrifier, s’il le faut ton amour, comme je le fais moi-même.
LAURA
Mais c'est de la folie, c'est un suicide! Vous ne pouvez ainsi vous condamner à une mort certaine.
PAUL
Qui sait, le général Joffre a les bras longs. Les armées anglo-françaises pourraient bien donner leur compte à vos géneraux avant que je n’aie le mien.
LOUIS
Oui, ça c'est vrai! Si les Alliés se décident, vous allez voir quelque chose d’intéressant.
LAURA
L'Allemagne est invincible!
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PAUL
Le 75 français gronde toujours là-bas; et ce n'est pas pour rien que les usines de mor pays travaillent nuit et jour à la fafrication des obus. Je ne serais pas surpris de voir arriver, à la suite de ces derniers, de solides baionnettes canadiennes faisant leur trouée jusqu'ici.
LAURA C'est impossible! Allons cédez.
PAUL Jamais!
LOUIS
Mais vont-ils bien nous laisser tranquilles avec leurs tentations de grandeur et de richesse! Ils savent pourtant qu’ils n'ont pas affaire à des Canayens ordinaires.
(Laura va à la porte et fait un signe. Entrent le capitaine Buelow et deux soldats allemands. Ils se consultent un instant)