ARISTOPHANE
Ciéon, fils de corroyeur et corroyeur lui-même, était d'une insolence extrême. Il imposait aux masses par sa voix de stentor, et avait réussi à gagner le peuple et à le mettre dans ses intérêts. Il était devenu le personnage le plus considérable de l'Étal. Aristophane ne craignit pas de s'attaquer à lui dans sa comédie des Chevaliers. Aucun acteur n'osant s'y hasarder, il fut obligé de jouer lui-même le rôle de Cléon. Il se barbouilla le visage de lie, faute de masque : il n'avait trouvé aucun ouvrier assez hardi pour reproduire les traits de Cléon.
Cléon, pour se venger des railleries d'Aristophane, l'accusa devant le peuple, et lui disputa son droit de citoyen de l'Attique. Aristophane se tira d'aiïaire par un mot qui réjouit ses juges, une citation fort heureuse de deux vers naïfs, qu'Homère a mis dans la bouche de Télémaque et qu'il s'appliqua fort plaisamment :
Je suis fils de Philippe, à ce que dit ma mère.
Pour moi, je n'en sais rien : qui soit quel est son père?
Aristophane, dans ses comédies, parodia beaucoup de poètes
tragiques, et principalement Euripide. Il louchait très-souvent juste : rien de plus amusant que le passage (pour n'en citer qu'un) où i! fait parler un député qui vient, on vrai narrateur de tragédie, se perdre, d'un air pressé, dans un récit interminable, puis ajoute brusquement :
— Faites-moi donc taire !