VOIX DE SIX CENTS LIVRES
Au moment d'une représentation de l'opéra Ariane clBacchus,
un acteur (oiiiba malade. On prit, pour le remplacer, un de ces chanteurs suballernes accoutumés à èiro silllés lorsqu'ils sortent de leur sphère.
Il avait à peine ouvert la bouche qu'il fut assailli de huccs. Biais, sans sourciller, il regarda fixement le parterre :
— Je ne vous conçois pas, dil-il. Devez vous penser que, pour six cents livres que je touche par an, j'irai \oiis donner une voix de mille écus?
— 3Iessieurs, dit un autre dans le même cas, je suis honnête homme, on me paye pour chanter, je chante et je chanterai.
VOL (un calembour au)
A Slrasbouri.', il y avait un régisseur nommé Lescaut qui avait beaucoup de présence d'esprit, et, en outre, une grande réputation en ville comme faiseur de calembours.
On l'aimait beaucoup. Toutes les fois qu'il faisait une annonce, le public établissait avec lui une vérilabie conversation, dont il se lirait toujours très-spirituellement, et (lu'i! terminait par un calembour qu'on lui réclamait.
Un soir, il avait à annoncer le remplacement de madame Valmont, la première chanteuse, indisposée suliilcmenl. Comme il avait la vue basse, il n'aperçoit pus la dermère marche du trône d'Isabelle dans Robert le Diable, il la heurte du pied, et tombe tout de son long sur le théâtre.
On rit et on l'applaudit, et, comme d'habitude, on lui cric :
— Lescaut! un calembour, un calembour!
Lui, s'api»i'oclia de la rampe et dit :
— Ah ! messieurs, vous avez vu quelque chose de bien extraordinaire, c'est la chute de Lcscaiil sur la scène.
Vous jugez du succès !