‹ L'esprit belgeChapitre 4 sur 17 · RÉMY DE GOURMONT · texte numérisé non relu

RÉMY DE GOURMONT

On lit dans la Revue Encyclopédique du 24 juillet 1897 :

a ... La Belgique, par son évolution à travers les âges, d'une logique et d'un entêtement historique auquel nul autre phénomène ethnique ne peut être comparé, s'affirme donc comme une nécessité mystérieuse que rien n'a pu détruire et qui, sans doute, malgré les pronostics sinistres, cent fois prononcés, invariablement déjoués, est douée d'une durée indestructible... C'est depuis deux mille années qu'en la longue file des ancêtres et des événements, nous allons ainsi, édifiant et corroborant peu à peu les caractères de notre nationalité, nous originalisant, entrant pli par pli en possession de nous-mêmes, formant, créant l'a Ame belge »... L'Ame belge est multiple en les facteurs qui l'ont engendrée et influencée, quoique assurément désormais unique en essence. Elle procède de l'âme germaine et de l'âme latine. . .

Les deux langues qui se partagent presque exactement la nation, le néerlandais et le français, se fractionnant en dialectes et en patois nombreux, sont une frappante expression de ce dualisme, mais un indice trompeur quand il s'agit de pénétrer dans l'intimité des caractères, des aspirations et des tendances. Alors que les deux idiomes se séparent nettement, les pensées, les instincts et les cœurs sont moins distincts et participent d'une communauté de nature qui forme le fond véritable et qui est le résidu précieux et immuable de la communauté bimillénaire dans la destinée historique. Seul, un esprit superficiel peut s'attacher à ce signe extérieur, trop aisément dégageable pour ne pas attirer et séduire les amateurs de distinctions faciles. La vérité est que l'amalgamation des psychologies est beaucoup plus avancée que la fusion des langues. La dualité de celles-ci, en ouvrant des issues et des portes d'arrivée, d'une part pour la civilisation française, d'autre part pour la civilisation allemande et leurs productions innombrables, doit même être considérée comme un inappréciable avantage et, d'après moi, comme le facteur le plus énergique dans la formation

et l'intensification du caractère national. . . L'erreur est grande de ceux qui, obstinément, ne veulent voir en notre nation qu'une panachure mal cousue du Flamand et du Wallon... Le résultat historique est meilleur, plus intense et plus grandiose. Une AME UNIQUE, une âme commune plane sur les deux groupes apparents, et les inspire.

» Edmond Picard. »

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