‹ L'esprit belgeChapitre 7 sur 17 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Réalisme est le caractère le plus saillant de l'Esprit belge. L'observation n'a rien de neuf.

Mais comment se manifeste et se spécialise cette qualité, quels bons et quels mauvais effets elle produit, quel ton, d'abord — nous l'étudierons ensuite dans les grandes péripéties de la Mort et de l'Amour — elle donne au train-train de la vie quotidienne : voilà ce qu'il peut être intéressant de préciser.

Quatre particularités, entre autres, attirent et retiennent l'attention de l'étranger, surtout venu de l'ouest, à Bruxelles : les voitures à chiens, les lions de pierre ou de bronze, la vie dans les caves, les dorures des monuments. Ces quatre particularités réparties en deux groupes — les chiens et les caves,

les lions et les dorures — nuancent assez justement, si je ne me trompe, le réalisme utilitaire et pourtant somptueux, pratique et pourtant fier du tempérament flamingo-wallon.

Ailleurs les chiens sont des serviteurs et des amis, gardiens de nuit, camarades de chasse. Ils sont tout cela, ici, et en outre bêtes de trait et de somme. Et pourquoi pas? Pourquoi n'exigerait-on pas d'eux tout leur effort ? Moins coûteux et difficiles à nourrir, à loger que les chevaux, plus intelligents, plus dévoués, ils s'habituent aisément à traîner de petites charges dont ils se constituent les vigilants gardiens quand la laitière ou le marchand de sable sont occupés avec le client. Et voyez, ils aiment leur métier, ils vont d'eux-mêmes et gaîment se placer dans les brancards.

Seulement, on ne voit pas sans ennui se prélasser un et souvent plusieurs hommes dans la charette que traîne le toutou. On ne voit pas sans ennui, en hiver, ses pattes saigner sur la neige. On ne voit pas sans ennui, dans toutes les saisons, lorsqu'il est arrêté, les brancards lui peser sur le corps, s'il reste debout, sur le cou s'il s'allonge, et lui interdire tout repos,

Ailleurs (j'ai dit que je viens de l'ouest), les caves sont réservées aux choses ; les hommes n'y sauraient vivre et, plutôt que de respirer la lumière avare, l'air lourd des profondeurs, élèvent d'un étage leur maison. Ici, la vie se développe par en bas. Ce sont deux systèmes. Où l'un prendrait-il le droit de condamner l'autre ? Les énormes bâtisses françaises et américaines, à six et à trente-six étages, ne sont-elles pas moins rationnelles en somme, que les petites habitations belges? Ces caves, où il est interdit de coucher, qui sont réservées aux basses besognes, ont le grand avantage de laisser libre, dès le rezde-chaussée, la vie noble, la vie de famille. C'est la garantie, précieuse, d'une parfaite propreté physique et morale.

Seulement, les trois quarts de la journée de la population féminine, ménagère — dans la classe moyenne, bien entendu — se passent dans ces caves. On y cuisine, on y lave, on s'y asseoit pour causer. Aux heures des repas toute la famille s'y réunit. Car on n'y dort pas, mais on y mange. — Impossible de voir le ciel. La lumière, avant de descendre dans ce sous-sol par la fenêtre ouverte

au rez du trottoir, s'est brisée et comme salie au mur d'en face. Elle tombe avec la poussière de la chaussée. Accoudés devant cette fenêtre, les habitants de la cave regardent l'humanité de bas en haut (Bruxelloises, Bruxelloises, soignez bien vos dessous !) et voient la boue des chaussures avant la pensée des yeux. Je ne sais si cette attitude est très favorable à l'élévation de l'esprit, au progrès moral. Je crois fermement qu'il est esst:ntiel à l'homme de pouvoir à tout instant voir le ciel. Sans doute, le Bruxellois, dès les premiers pas qu'il fera dans la rue, n'aura pas de peine à le voir, ce beau ciel, le sien, au tons si fins, si riches, aux infinis changements. Mais je crains qu'il ait perdu l'habitude de le regarder. Il y a certainement à Bruxelles (ailleurs aussi) des gens pour qui le soleil ne s'est jamais levé (ni couché).

Il n'est pas probable qu'une cave soit un lieu de culture d'idéal et de rêve. Je pense qu'elle est plutôt conseilleuse et expressive d'une orientation fixe au pratique et à l'utile. L'humanité qui s'y résigne témoigne qu'aucun besoin de variété, qu'aucun souci d'au-delà ne le sollicite, que les jeux de son ombre sur un mur, toujours le même,

sur le mur du souterrain, suffisent aux appétits de son imagination. — Car il n'y a de variétés réelles, dans l'horizon humain, que celles des nuages, et l'emmuré des caves bruxelloises ne connaît guère les nuages que sous les espèces — fréquentes, par exemple ! et abondantes de la pluie.

Et en effet, telle est cette humanité. Ses préoccupations principales sont pratiques. L'Utilité est sa souveraine absolue. Il n'y a, là, ni à blâmer, ni à louer. Mes préférences personnelles sont hors de cause, je n'ai qu'à constater, et, ce que je constate, c'est que le génie de Vutilisation gouverne en toutes choses les humains que j'observe « Il ne faut rien jeter », c'est le premier précepte de morale que les mamans belges s'efforcent d'inculquer à leur marmots. Peut-être ont-elles raison. . .

Aux principes utilitaires on a, très sagement, qui en doute ? sacrifié des préjugés anciens, ailleurs florissants encore. La Belgique est un des pays où les duels sont le plus rares ; ils ont disparu même des mœurs de la presse. Ce serait parfaitement logique si les journalistes avaient renoncé à l'injure en même temps qu'à la réparation. — On peut aussi remarquer que les nobles, si, par

nécessité ou par choix, ils font du commerce, n'hésitent pas à mettre leur particule sur leur porte, les enseignes bruxelloises sont abondamment soulignées de « van » et de « de ». Je veux être de l'avis de ces enseignes ; soit, le commerce n'a rien de déshonorant. Mais, cette sympathie pour les choses du négoce, vous ne la retrouverez pas chez les races éprises surtout de grandeur et de beauté, capables de rêve et qui n'ont pas mis en interdit l'Imagination. Et remarquez-le, l'imagination n'est point du tout incompatible avec le tempérament réaliste. L'Angleterre et l'Allemagne sont terriblement réalistes, et pourtant l'une a produit la plus délicate poésie moderne, celle de Shelley et de Keats, l'autre (personne ne conteste plus le rôle prépondérant de l'imagination dans les spéculations les plus abstruses, et, il y a longtemps qu'on l'a démontré, la philosophie est plus près de la poésie que de la science), la philosophie dont vivent encore nos cerveaux. C'est que le réalisme anglais trouve son expression suprême dans l'aristocratie des sentiments — laquelle est, en eflfet, une divine réalité ; — c'est que le réalisme allemand estime le travail intellectuel et ses produits

comme les réalités desquelles procèdent toutes les autres.

Le réalisme flamand — ces comparaisons nous permettent de discerner son caractère spécifique — a d'autres mobiles, et ce sont : le désir de jouir avec certitude des biens tangibles ; le besoin d'affirmer par des résultats visibles l'énergie, l'activité, l'adresse physique de l'homme; l'espérance de restreindre à d'infinitésimales proportions l'empire de la misère et de la maladie. Son idéal, c'est le bonheur dans les bornes de la vie sensuelle.

— Quoi ? seulement cela ? Seulement le « bienêtre ?» — Et l'amour ? et la beauté ? Ne parlent-elles que de bien-être, la peinture flamande, la musique wallonne ?

— D'abord, ne soyons pas si dédaigneux. Le bien-être, réalisé dans tous les domaines où prétendent légitimement nos vœux, constituerait un progrès inappréciable, immense. Si cette œuvre est celle de l'Esprit belge, l'humanité lui devra pour la première fois de l'histoire l'atmosphère naturelle, les conditions désirables où pourra notre espèce accomplir le devoir social et individuel du développement intégral. — Quant aux arts, vaste

et passionnant élément de cette étude et sur lequel je reviendrai, je me contenterai, pour l'heure, de demander si la grande peinture flamande — qui n'est pas contemporaine de l'Esprit que je cherche à définir — ne nous apparaît pas, avec l'évidence de la gloire et du génie, comme le triomphe même, en beauté, en splendeur, des qualités réalistes de la race. — La musique semblerait induire à des conclusions différentes, et peut-être, à propos d'elle, faudrait-il constater une des plus éclatantes manifestations du dualisme belge. La musique, en effet, c'est l'aile de ce peuple et son espoir d'essor. . . Mais il serait difficile, malgré tant de belles œuvres toutes vivantes, d'égaler la production musicale, en Belgique, à celle de la peinture, — et qui à Van Eyck? et qui à Rubens ? — L'avenir parlera.

En amour — chapitre aussi que je réserve — je ne vois pas non plus que l'esprit belge mente à la définition d'un idéal de certitude, d'orgueil physique, de bonheur tranquille. Le rêve a là dedans peu de part, et il n'y est pas besoin de délicatesse très raffinée. Voyez les relations des sexes dans le populaire. La femme n'est pas traitée

avec les précautions élégantes et douces des mœurs latines, — lesquelles, je le sais bien, ont donné, à cet égard, jusque dans les excès de la mollesse, de l'adulation, de la galanterie. Tout de même, ces excès-là, je les préfère aux excès contraires. Dès l'enfance, la Flamande est un peu sacrifiée et, bon gré mal gré, prend le pli de placidité, de docilité, qu'elle gardera toujours. Instruite, plus instruite que la femme de beaucoup d'autres pays, elle n'aura guère le temps ni l'occasion de donner une suite a ce premier développement acquis à l'école. Elle se contentera d'être belle, forte, féconde, de transmettre à beaucoup d'enfants sa bonne santé, son sang généreux et tranquille. — Je craindrais qu'elle fût bien déçue si elle attendait de la vie une part plus personnelle de joie. Mais elle n'a pas tant d'ambition, ses rêveries de jeune fille se sont de bonne heure brisées au mur étroit, et dur, et sombre, au mur de la cuisine de cave. . .

Et pourtant, si les caves habitées et les chiens attelés, en nous révélant les caractères pratiques et l'Esprit belge, ne nous trompent pas, les lions de pierre et de bronze et les dorures des monuments

disent vrai aussi, — et j'entends bien ce qu'ils disent : ils proclament le culte du faste.

Oui, ce culte est, au fond du cœur de tout bon Belge, aussi vivant, aussi essentiel que son instinctive assiduité au labeur et son goût pour l'économie. Ce faste et cette économie sont les points extrêmes, non pas les termes contradictoires du caractère national. L'économie constante permet le faste exceptionnel. Celle-là mène à celui-ci et tous deux procèdent bien de la même âme. Ce sont bien les mêmes qualités réalistes qu'elle montre dans l'effusion à heure fixe, périodique, de sa joie, et dans son effort quotidien.

Economie, donc; avarice, non pas. C'est pour dépenser, ici, qu'on thésaurise. On aie sens, rare, de la vie au présent. — Chez d'autres races, l'individu s'absorbe dans la pensée d'un lointain avenir, où la joie sera pleine, ne comportera rien de médiocre, où ce sera, dans l'éternité humaine du « tous les jours », la liberté splendide. A cette heure d'absolu, embellie d'être future, divine d'être celle qui ne sonnera peut-être jamais, il se sacrifie, et, vienne la mort, le rêveur n'aura vécu qu'en rêve. — C'est une façon de vivre, il est vrai. — Elle a peu

d'amateurs, en ce pays. Les joies successives y sont prisées très haut, bien justement, car elles sont, en effet, très précieuses, et le goût foncier, universel en Belgique, du faste les relève de noblesse.

La proverbiale propreté belge, qui se retrouve jusque dans les intérieurs les plus humbles, est le fond, la condition première de ce faste. Partout on aime l'éclat. Quand on ne peut le demander à de plus riches matières, on le cherche dans les planches peintes du parquet, qu'on lave, qu'on frotte, qu'on fait briller, dans les cuivres et les étains de la cuisine, qu'on fait reluire, dans tout ce qui, pierre grattée, bois ciré, métal astiqué, peut accrocher un peu de lumière à réjouir les yeux. Il faut voir la bourgeoise belge , dans son petit royaume domestique, présidant et concourant de sa personne à ces mille soins ménagers! Elle assigne au moindre objet son coin, elle ravive l'accent terni d'une vitre, elle persécute la poussière. . . C'est une passion, et plus encore, c'est une religion, avec des cérémonies ordinaires, journalières, avec sa grande solennité hebdomadaire, le samedi sacré du récurage et du reloquetage ! Ce

jour-là, chacun s'y met. On se reposera demain : c'est dimanche.

Le dimanche est tout à la joie.

La journée débute, le plus souvent, par quelque cortège agrémenté de stations dans les estaminets du chemin. Le dîner — midi — est plantureux, très arrosé, terminé dans l'apothéose d'un copieux dessert. On ira, selon la saison, digérer en famille à la campagne ou dans un grand café du boulevard, sans trop se répandre en paroles. Le soir, aux estaminets où l'on retourne, on sera moins taciturne, et la journée s'achèvera peut-être par quelque sauterie, pesante et joyeuse.

Avec plus d'abondance, de couleur et de bruit, les jours — fréquents! — de fêtes publiques, où la journée tout entière se partage entre la table et la rue, ce programme est bien celui des réjouissances belges. Il date de loin. C'est la même histoire au temps des ducs et des communes. Si le vin ne coule plus, aujourd'hui comme alors, dans les fontaines, si les kermesses ne s'illustrent plus de tournois, si le décor a perdu sa grâce ancienne d'héroïsme lyrique, la gaîté populaire est restée aussi violente que jamais, aussi grasse, aussi pro-

digue. Les prétextes de « festivités » vont même se multipliant. Ne comptait-on pas, l'an dernier, deux cent quatre-vingt-quatre ducasses annuelles dans le seul pays de Charleroi ? Le Belge ne se lasse pas de rire, et il ne regrette pas d'avoir ri ; ce trait est le meilleur et il est assez particulier : oui, même chez les moins fortunés, bien loin de déplorer, le lendemain, la dépense de la veille, c'est, non sans vanité, au chiffre de cette dépense qu'on évaluera et qu'en souvenir on revivra les bonnes heures passées.

Le réalisme de la race reparaît ici. Ce qu'ont coûté les choses, les sacrifices qu'il a fallu faire pour se les procurer, sont pour beaucoup dans le plaisir qu'elles donnent, dans la valeur qu'on leur accorde. Mais le réalisme rejoint le faste par l'entremise de la vanité. Non sans vanité, disais-je, et cette satisfaction de la vanité n'est-elle pas une des plus naturelles manifestations de l'esprit de faste ?

En ce sens, n'est-il pas intéressant d'entendre, avec quel accent glorieux ! les gens riches parler des grands vins qu'ils boivent ? Posséder ce que la terre natale ne donne pas! avoir fait venir les choses de loin ! canaliser vers la Belgique les pro-

duits de toutes les autres nations!. . . Un écrivain belge de rare mérite, M. Eugène Demolder, affirme, plaisamment, que la Belgique vide tous les tonneaux de Bourgogne : « Ce vieux vin de Bourgogne que la France, parcimonieuse et sobre, ne semble produire que pour réjouir les repas du Hainaut, du Namurois et du Brabant. » — Vraiment, confrère? Il est probable que vous vous êtes rarement assis à une table française.

Mais ce goût du monopole et de l'annexion est bien belge. Ce n'est pas seulement le vin de Bourgogne que les Belges disputent à la France; ils lui ont pris aussi (tout juste de même, il est vrai) quelques grands hommes, entre autres Montaigne, dans le passé, et, hier, Verlaine. Ma sympathie ne veut voir dans ces prétentions que la noblesse du désir dont elles témoignent.

Réalisme : voilà donc la couleur des heures de joie comme des heures de peine et de travail. Le Belge ne s'amuse pas d'un rien, ou même de rien, à la façon napolitaine. Un bon repas, de la soie et de l'or sur les bannières de la Société, des habits neufs ou telles autres espèces solides et tangibles, — quand d'abord on a cela, alors on peut

causer, conter, discuter, faire au voisin des tours ou courtiser sa voisine, enfin chercher à la gaîté dont on se sent le cœur et le ventre pleins des motifs plus élevés ou plus légers. Mais la valeur matérielle, le prix monnayé des choses importe avant tout.

Ils arrive même — et c'est bien mon ennui — que la préoccupation de cette valeur l'emporte sur le souci de l'autre, la valeur spirituelle. C'est le danger auquel l'esprit pratique, réaliste, est naturellement le plus exposé. Il pèse, il compte, et. plus il y en a, plus il est content. Le goût du gros, du cossu, l'emporte, dans ses préférences, sur la délicatesse, et cela ne se voit que trop dans certaines œuvres d'art modernes. Je regarde par exemple, le Palais de Justice, et je vois bien que cet édifice à dû coûter beaucoup, tout fait de blocs énormes de pierre dans un pa5's où la pierre est rare ; mais tous ces frais sont en pure perte si la titanique bâtisse' n'est, je ne suis pas seul à le croire, qu'un scandale monumental !

Le goût du gros. Wiertz, peintre au kilomètre, était belge. — Il y a aussi des sculpteurs au kilomètre.

Cette jactance, qu'il ne faut décidément pas négliger dans une étude du caractère belge, s'en tient trop volontiers, pour triompher, aux motifs matériels. On voit, par exemple, à propos des restaurations de monuments anciens, que les échevins donnent volontiers l'argent ; la matière doit être riche. Mais l'art est ici, dans leurs pensées, secondaire, et les exécutants commis à l'opération s'en tirent par ce procédé présomptueux et sommaire : ils effacent, puis ils refont ! Quand la plus élémentaire prudence comme le plus initial respect prescrivent si impérieusement, à qui se mêle de retarder (et pourquoi faire, en définitive?) l'action des ans, le rôle très limité de Xétayeuv, non pas celui de yg)!'am^Êwy / Consolidez les parties qui menacent de choir, là se borne votre fonction, ô « restaurateurs ! » Mais vous l'excédez sans cesse, et il ne répugne ni à votre goût de faire du vieux-neuf, ni à votre modestie de corriger des œuvres sublimes, anciennes, dont fatalement le sens profond échappe à notre vision moderne. — Un conservateur de tableaux, dans un grand musée officiel, a coutume aussi d'efïacer et de refaire. Il dit, en tutoyant Rubens : « Ce que j'en-

lève, je peux le remettre. » — Le fait est qu'il emploie les huiles et les essences, les couleurs et les vernis les meilleurs, les plus coûteux : quoi de mieux? — La conviction est à peu près générale, ici, qu'avec de l'argent on peut tout.

Les femmes, les premières, s'apercevront bientôt qu'avec l'argent tout seul on ne peut rien. L'une d'elles — esprit à part, il est vrai, et d'une belle indépendance — M^'^ Marie Mali avoue, au cours d'une étude sur La Femme belge : « Nous avons plus de goût poîiv la toilette que de goût en matière de toilette. » Elle dit aussi : « Notre trop peu savante coquetterie. . . »

Pourtant, la fortune, très souvent, lui offre, et toutes fourbies, toutes les armes, à la coquetterie de la femme belge, sans même parler de la beauté, de la particulière beauté flamande, riche, savoureuse, et dont les exemplaires sont si nombreux dans toutes les classes de la société. Mais même à la beauté, dans le plus somptueux des cadres, il faut, pour qu'elle acquière ce rayonnement suprême qui la rend invincible, — de l'esprit ! Il y a, dans l'art de plaire, d'imperceptibles détails essentiels, qne la nature n'enseigne pas et que l'argent ignore.

Il y a « le génie d'être belle », il y a des secrets, — des secrets dont l'esprit seul, comme de tous les autres, a le secret.

L'argent! ah! l'argent! cette lèpre. . .

Il est certain que l'esprit belge s'en arrange. Il voit, avec logique, dans la misère un vice. Il a inventé, contre le vagabondage, des lois terribles, et le code exagère ses rigueurs selon que la misère exaspère les siennes. . . Aux enfants euxmêmes on inspire, par des cadeaux de pièces de monnaie, le respect de l'argent. D'un baptême le souvenir qu'on garde, c'est un chapelet de cens percées. . .

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