Dans l'ère moderne
2. Je ne puis qu'indiquer ici celte idée, que j'aurai roccasion] de développer plus lard. Mais on ne croirail pas sans peine, i si les lexles n'en faisaienl foi, que ce qu'on appelait, dans ce; temps-là, « le Conseil d'Espagne )) était l'objet d'un véritable culte, où entrait à la fois beaucoup de crainte et une grande admiration. D'un autre côté, on n imagine pas l'espèce de rayonnement qu'un personnage de la qualité du nonce Bentivoglio semait autour de lui. La politique et la littérature se ressentirent de son action, mais la société polie ne lui fut pas moins redevable. D'Andilly (Mémoires, première partie) parle de sa civilité, « que je n'ai jamais vu, écrit-il, plus grande en un autre, ni qui sentît plus son grand seigneur ». On est plus averti sur le rôle qu'ont joué et sur l'action qu'ont exercée les ambassadeurs de Venise. — L'opinion commune sur Rome est fidèlement rendue par Fléchier, dans ces vers :
Je savais bien que Rome élevait dans son sein
de savants politiques
Experts à démêler les affaires publiques, A conseiller les rois, à régler les Etats...
Chapelain, qui disait de lui-même, non sans juelque fondement : « Si j'ai quelque talent lont je me puisse prévaloir, c'est la politique », Chapelain suivait de très près les intrigues et es desseins du « Conseil d'Espagne », lequel 'était rendu, comme on disait, formidable à 'Europe, et qu'on avait enfin réussi à vaincre, n lui dérobant son secret. Aussi, avec quelle atisfaction, Chapelain, bon Français, n'assisle- -il pas à l'ellondrement du colosse espagnol, le l'ennemi héréditaire ! Le prodige accompli, l démêle fort bien les causes de Tévénement, ss causes qu'on pourrait appeler internes :
« Les empires, écrivait-il en 1()()3, ne sont raiment empires que par la multitude des ujets, et un grand terrien sans des habitants ui labourent ses grandes terres est un pauvre éguisé sous l'apparence d'un opulent. Cette isette d'hommes est devenue propre à l'h^sagne, soit que le climat répugne à la propaation, soit que la stérilité de ses provinces *en puisse guère nourrir. Par dessus cela, les écouvertes et les conquêtes obligeant ses rois
envoyer au dehors grand nombre de ses ujets pour la conservation des places (ju'ils ne oniient pas volontiers aux nationaux, il est de ccessité que le siège de son empire s'en épuise,
et qu'il en demeure presque désert. Le nôtre, qui est tout renfermé en lui-même et populeux à l'excès, n'est pas sujet aux mêmes inconvénients, et au lieu de souffrir par la disette, ne souffre d'ordinaire que par l'abondance. Que si nous n'avions de temps en temps des guerres étrangères, les intestines y seraient infaillibles par là et le détruiraient. »
Ces paroles, on l'avouera, sont d'un politique d'assez bon lieu, et de Lyonne montra du flair lorsqu'il s'avisa d'envoyer, auprès des plénipotentiaires de Munster, l'homme qui se flattait d'avoir, dans la Pucelle, habilement conduit les négociations. Mais de Lyonne ne savait pas que l'homme qui s'usait sur la Pu- j celle, préférait aux tournois diplomatiques des j luttes moins austères, et que son ambition n'allait à rien de moins, hélas I qu'à se laisser i vaincre par de beaux yeux. Chapelain n'alla pas à Munster. Je ne sais si la France, en tant qu'Etat, y perdit quelque chose, mais elle y gagna de mieux s'affermir dans le culte des « règles », et dans la volonté d'imposer désormais une discipline au génie.
L'originalité de Chapelain, ou son honneur, est Jà, dans la part qu'il prit à ce mouvement
d'où devait sortir la France classique *. Il fut, pour Richelieu, un collaborateur docile et, pour tout ce qui touchait à sa spécialité, un conseiller d'autant mieux écouté qu'il était adroit et civil, et quoiqu'il sut beaucoup, assez indifférent sur le quant-à-soi. Dans l'Académie, comme le remarque M. Collas, il sut faire prévaloir presque toutes ses idées, qui se trouvent ainsi à l'origine de plus d'une tradition. « Ses idées », il est vrai, étaient pour la plupart celles d'autrui ; mais qui ne sait que toute originalité de bon aloi est faite de beaucoup de souvenirs ?
La vaste érudition de Chapelain le garda de bien des faux pas, et le mit sur la voie de quelques vérités essentielles. Pour ce qui regarde les « règles », s'il en est, parmi elles, qui ne sont rien moins que « des dogmes d'éternelle vérité », il faut bien voir que c'est la règle, non telle ou telle règle, qui est l'essence et le postulat capital du classicisme ; le reste est contingence. Mais après tout, la vie est faite de contingences, et ce n'est pas merveille si dans un temps, et si dans un milieu déter-
1 \'., dans II- thapiiro suis aiil, quelle l'iail, pour Chapelain, lii rt'gU' <li's r»''gles.