‹ L'esprit classique et la préciosité au 17è siècle. Avec un Discours et un Dialogue inédits de Chapelain sur l'amour et sur la gloireChapitre 14 sur 41 · DE LA PRÉCIOSITÉ ET SON SUCCÈS · texte numérisé non relu

DE LA PRÉCIOSITÉ ET SON SUCCÈS

AU XVIP SIÈCLE

Jean-François Sarasin, à qui nous devons la Pompe funèbre de Voiture et le dialogue S il faut quun jeune homme soit amoureux, n'avait rien de commun avec cette équipe de « drôles » (avec lesquels on serait p mt-ètre tenté de le confondre), que menait à l'assaut de la dive bouteille le a bon gros Saint-Amant ». Sarasin était « honnête homme » et avait des lettres. Balzac vanta son sens critique, cl Pellisson fit son éloge avec un certain apparat qui témoigne assez de l'estime où le tenaient les doctes. On s'explique donc aisément l'amitié qui l'unit à Chapelain, dont il exalta le mérite en une Oc/e, non pas célèbre, mais digne de l'être, et qui a sa place tout indiquée ici :

Esprit né pour 1rs ^'randcs choses, Qui chantes hautement h's faits tle nos guerriers.

Chapelain, mêle à tes lauriers Des guirlandes de fleurs, Et comme nos pasteurs Couronne-toi de roses.

Le Lion ardent te menace, Si tu veux travailler, de nuire à ta santé.

Débauche ta sévérité :

Souvent près d un vin frais, Sous un ombrage épais, Le sage a bonne grâce.

Vois, sur les rives de la Seine, Languir l'herbe flétrie et les roseaux séchés ;

Vois dormir dans ce bois couchés Les moissonneurs lassés.

Qui du soleil brûlés Abandonnent la plaine.

Quitte le séjour de la ville.

Viens goûter la fraîcheur des eaux et des vallons

Viens entamer tous nos melons,

Et dans ce beau séjour

Passer le plus beau jour

Que la Parque te file...

Vous aurez remarqué, dans ces vers, la manière imprévue dont l'auteur associe la nature à ses plaisirs, et combien d'elle à lui le contact est direct. Et à ce propos, j'eusse aimé montrer à quel point l'on s'écarte et de la vérité et du bon sens, lorsqu'on s'imagine que les Français du xvii^ siècle n'ont pas connu le sentiment de la nature. Mais passons, et disons que la sobriété de Chapelain, qui était légen-

daire, ne procédait point d'un grave principe, mais du souci que sa santé, toujours précaire, lui causait. La petite débauche où le conviait Sarasin, n'avait rien qui pût choquer sa philosophie d' « honnête homme» ; celle-ci, au contraire, l'eût assez naturellement conduit à dire pour son compte :

Souvent près d'un vin frais.

Sous un ombrage épais, Le sage a bonne grâce.

Etre « honnête homme » et passer pour tel : si Chapelain a poursuivi systématiquement une chose en sa vie, c'est celle-là. Il en désira certes beaucoup d'autres, mais toujours à la suite et, pour ainsi parler, sous les espèces de celle-là. Ainsi, il est bien vrai qu'il fut de par sa volonté poète, bon ou mauvais, cela importe peu ; mais il le voulut être en « honnête homme », et c'est pourquoi il n'en fit jamais profession. « Cette entreprise, — écrivait-il à la « pucelle » de Gournay, parlant de sa <( Pucelle » à lui, — est d'entre mes desseins celui (jui m'empêchera toujours le moins de dormir et qui n'arrivera à sa fin qu'au cas que je vive longtemps, ou que je n'aie point d'occupation plus sérieuse. Car je tiens (ju'il faut traiter et ce genre de poésie cl tout autre

comme une chose qui est d'ornement et non pas de nécessité, en faire un jeu, non pas un exercice, et en mériter la louange et le titre sans les affecter ni même les accepter. Vous voyez à quoi en sont tous ceux de ce temps qui y ont prétendu ouvertement, et qui en ont fait profession déclarée. Il y a quinze ou seize ans que je les observe à la Cour, où est leur théâtre, et que je trouve que poète, chantre, balladin, caymand, bouffon et parasite, pour ne rien dire de plus, y sont synonymes et n y passent que pour un. »

Chapelain écrivait cela en 1632, à l'âge de trente-sept ans. Il y avait, dit-il, quinze ou seize ans qu'il hantait la Cour, et il y en avait peut-être six qu'il était consacré « précieux » delà main même d'Arthénice ^. On peut croire qu'à cette date de 1632, il avait profité des leçons de « bel air » qu'on recevait au logis de cette déesse, et qu'il ne se présentait plus, comme au premier jour, dans la fameuse chambre bleue, en « habit de satin colombin, doublé de panne verte, et passementé de petit passement colombin et vert, à œil de per-

1. On sait qxx'Arthénîce était l'anagramme de Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet.

drix ^ ». Mais après tout, le dandysme de Chapelain, qui a toujours été plus intérieur qu'apparent, se pouvait affubler sans danger de cette immortelle parure. Son élégance avait son siège en Tâme, et se manifestait par la parole et dans l'attitude, sinon dans et par le costume.

C'est à peine si M. Magne exagère un peu, lorsqu'il dit de l'hôtel de Rambouillet, que « c'était la maison la plus gaie de France '-. » On en conviendra aisément, si l'on veut bien se reporter aux documents originaux ; car Chapelain, dans sa correspondance, l'atteste, après Voilure et beaucoup d'autres. Ce n'étaient que bals, collations, comédies, promenades, et si les entretiens sérieux avaient leur tour, ce n'était jamais aux dépens des divertissements. (Chapelain prenait part à ceux ci, tout comme un autre. Représentait-on une comédie ? II y tenait son personnage avec des grâces que je laisse à deviner d'après la lettre à Montausier, qui suit :

« Nous avons résolu de jouer une comédie, de laquelle nous vous gardons le principal

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