LES AMOURS D'UN PRÉCIEUX
Fils de notaire. Chapelain tenait de ses parents un fonds de priid homie qui le servit et le desservit tour à tour. Sa probité méticuleuse lui assurait, et lui valut en effet le renom de sage.
Mais quoi ! C'était bien de cela qu'il s'agissait ! (]ar son ambition, je l'ai dit, n'allait à rien de moins qu'à faire, dans le monde, et parmi les gens du bel air, figure d' y honnête homme ». Et, à dire le vrai, sous sa prud homie notariale, il n'était pas trop malaisé de discerner l'àme d'un chevalier. Originaires de Tréguier, les Chapelain se pouvaient dire gentilshommes, puisqu'il n'y a Hreton (jui ne le soit, au moins si Ion en croit Renan. Et Ton pourrait, à ce propos, si l'on voulait faire confiance à la physiologie, expliquer Chapelain par sa double ascendance, elhni(iue et profes-
sionnelle. Ainsi, du notaire qui l'éleva, lui viendrait son goût pour la « règle » ; mais son goût pour la vie héroïque et galante, il le tiendrait de ses lointains aïeux.
Quoi qu'il en soit, un problème se pose à nous, qu'il faut bien essayer au moins de résoudre. Chapelain fut-il amoureux, et s'il le fut, possédait-il, outre les avantages naturels qui préviennent tout autre charme, cet art d'aimer qui assiste, qui fait valoir et qui fait partager aux belles la passion que leurs attraits, solides ou trompeurs, suscitent en nous ? De plus, remarquait-on en Chapelain ces sentiments chevaleresques, que nous lui avons reconnus, et qui suppléent parfois, auprès des dames, les séductions de la voix et les grâces du corps ?
Le petit travail d'exégèse auquel nous allons nous livrer a ses dangers, car l'esprit de finesse, qui nous y doit servir de guide, est la chose du monde la moins aisée à manier, et dans le même temps celle qui nous abuse le plus aisément. C'est pourquoi nous allons procéder par ordre, en n'avançant qu'à pas comptés, et en passant toujours du plus connu au moins connu ; et peut être qu'au bout de cette (( circonspecte » enquête, le u circonspectis-
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sime ' » Chapelain nous aura livré son secret. Ce moderne servant du Saint-Graal porta l'épée, mais il s'en défit assez vite et n'en fut point (( marri », comme il aimait à dire ; car ce port d'une arme fendante le désignait aux agaceries des malins. Aussi bien, sa façon de servir se pouvait passer de l'épée, et chevalier plus officieux que martial, il sut obliger ses amis et une infinité d'indifférents, et ne désobligea jamais personne. Boileau lui-même le reconnut, dans les vers suivants :
Ma muse en l'attaquant, charitable et discrète, Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète. Qu'on vante en lui la foi, l'honneur, la probité, Qu'on prise sa candeur et sa civilité, Qu'il soit doux, complaisant, oflicieux, sincère, On le veut, j'y souscris...
Mais ce n'est pas tout, et Chapelain fut, dans un temps où l'idée de patrie ne ralliait pas d'une même ardeur tous les Français, un citoyen calqué sur l'antique et un patriote exemplaire. On sait les reproches sanglants dont Richelieu a chargé pour l'éternité la mémoire de ces Français traîtres à leur pays et à leur roi. Chapelain, lui, se donnait à bon droit ce témoignage : u Je suis gai ou triste, fécond ou