DISCOURS CONTRE L'AMOUR
Le Discours contre [Amour fui écrit dans les premiers mois de l'année i635. Pellisson en a fait mention dans son Histoire de l' Académie française, au chapitre des projets et des travaux de l'Académie naissante. « Ainsi, écrit-il, après le dessein du Dictionnaire, de la Grammaire, de la Rhétorique et de la Poétique, des le second jour du mois de janvier i635...on ordonna que chacun [des académiciens] serait oblige de faire à son tour un discours sur telle mûtière et de telle longueur ([u'il hii plairait ; qu'il y en aurait un pour chacpie semaine, commencjant par la première du n\o\s de février suivant.. . Il y eut vingt de ces discours prononcés de suite dans l'Académie...
« Le (pialorzième, de M. Chapelaiii. contre l'Amour, où, |)ard(^s raisons ingénieuses, dont le fond n'esl pas sans solidité, il tache d'oter à cette
passion la divinité que les poètes lui ont attribuée. » En avril i635, le discours était composé, car Chapelain écrivait à Balzac, à cette date : « Le discours que j'ai fait pour la compagnie est long et mauvais, deux conditions qui vous doivent détourner à l'exposer à une vue si délicate que la vôtre. C'est pourquoi j'attendrai des ordres plus précis de vous pour vous l'envoyer. »
Les biographes de Chapelain l'ont pris au mot, et ont déclaré, après lui, que le discours est en effet « long et mauvais ». Mais la vérité est qu'il n'est pas long, et qu'à la forme près, qui date, il ne laisse pas d'être intéressant. Bien plus, la forme elle-même a, pour nous, son intérêt: elle a la saveur des choses anciennes, et nous procure un divertissement analogue à celui que nous prenons à considérer les intérieurs d'autrefois et les modes du temps passé.
Et(( le fond n'en est pas sans solidité », pour parler comme Pellisson. Oter à l'amour la divinité que les poètes lui ont attribuée, voilà qui peut surprendre, de la part d'un précieux. Mais c'est que nous connaissons mal les précieux, qui n'étaient pas des « édonistes », comme on le pourrait croire, mais bien plutôt des «politiques », qui assignaient pour but à l'Art, et à l'Amour, de répandre la politesse et de susciter des héros. L'Amour, pour eux, est un moyen, non une fm; de même la Gloire, comme on pourra s'en rendre compte en lisant le dialogue que nous donnons plus loin.
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Dans les dispositions où était Chapelain lorsqu'il écrivit ce discours S i' ^^c pouvait nous dire ce qu'est l'amour précieux, mais seulement ce qu'il n'est pas. «Amant désespéré )>, quoiqu'il s'en deffendît, il devait prendre l'ofTensive, et contester à la passion cette divinité qu'il lui pouvait, au reste, dénier sans cesser d'clre précieux. Les mécomptes de Chapelain, en amour, lui ont donc servi à mieux démêler les méfaits de cette passion, et ses limites. Il ne parle pas d'autre chose, dans ce discours ; et il se faut garder de réduire à ces quelques pages toute sa philosophie de l'Amour ; nous n'en avons ici, à proprement parler, que la partie négative.
On remarquera entre ce Discours et les propos cpic prête Sarasin à Chapelain, dans le dialogue S'il faut qu'un jeune homme soi/ amoureux, quelrpies dissonances. Elles ne prouvent autre chose, sinon que Cha[)clain, en écrivant les pages qu'on va lire, n'était pas tout à fait maître de lui-même. On sent très neltenient, dans ce Discours, l'homme malheureux en amour, et que ses déceptions rendent injuste et excessif. Mais il est vrai qu'elles le rendent, par ailleurs, très pers[)icace.
Cha|)elain n'a pas |)rotesté, lorsque parut en iOjG le dialogue *S'// /hul qu'un jeune lunnme soit imoureux, el c\^M wnr picmi' di' plus (pio S;\rasin