‹ L'esprit classique et la préciosité au 17è siècle. Avec un Discours et un Dialogue inédits de Chapelain sur l'amour et sur la gloireChapitre 28 sur 41 · Cf. le loxtc m(^inp i\n I)i:ilogui', pp. 117 ci 14î · texte numérisé non relu

Cf. le loxtc m(^inp i\n I)i:ilogui', pp. 117 ci 14î

la forme en est assez belle et supérieure à celle du (( Discours contre l'Amour ».

« Je ne vous nierai pas qu'il ne soit entré un peu de cet amour de la Gloire dans le projet de mon poème », nous dit Chapelain, et cela confirme notre opinion ^ sur la genèse de la Pucelle.

Mais quel jour ce Dialogue ne jette-t-il pas sur le vrai Montausier, que nous connaissions, au surplus, par ses lettres du temps de la Fronde à Mazarin, à Le Tellier et à de Lyonne, et par certains propos de M*"^ de Motteville. C'est à se demander par quelle aberration on a pu si longtemps confondre Alceste et Montausier, celui-là un candide, celui-ci au contraire un politique consommé, qui n'a jamais perdu de vue ce grand précepte positif, qu' {( il ne faut pas prendre l'homme comme il devrait être, mais comme il est ». Conçoit-on bien Alceste disant : a Quelle rigidité stoïque oblige atout perdre par des maximes impraticables, pour la vaine espérance de vouloir tout sauver ? Comme le monde est fait, pour le conserver il faut suivre l'ordre de son désordre, et s'accommoder politiquement à ce qui se peut, si ce qui se devrait n'est pas possible ». Louis XIV, en vérité, savait ce qu'il faisait, lorsqu'il choisissait Montausier comme gouverneur au dauphin ; il le savait initié à la tradition politique inaugurée par Richelieu,

suivie par Mazarin, consacrée par lui-même *.

On s'étonnera moins de voir Chapelain se ranger à la même discipline, el déclarer tout uniment : w Gomme dit fort bien M. de Montausier, à quoi bon donner des règles et se faire des idées de perfection qui ne se peuvent réduire en pratique, et, comme dit aussi bien Cicéron, raisonner dans la corruption de la République romaine de la même jorte qu'on ferait dans la République de Platon. ))

Ce curieux Dialogue nous fait, en outre, voir ou soupçonner de quelle façon les idées de Machiavel, généralement accueillies en France au

1. Cf., à ce propos, ce qu'écrit le P. Polit, jésuite, dans sa Vie de M. le duc de Montausier (Paris, 1729), sur la visite à Paris du cardinal Chigi, au-devant duquel Montausier fut chargé l'aller, par ordre de Louis XIV : « Le marquis , de Montausier] 'cpréscnta au Roy, avec sa sincérité ordinaire, qu'il ne se :royait guère propre à la commission dont il plaisait à Sa Vlajeslé de le charger ; que les Italiens étaient trop fins pour ui et lui trop simple pour eux, et que ce contraste aurait aeut-être des suites désagréables pour les étrangers, ou pour ui-inéme. Le Roy ne reçut pas ses excuses et lui dit en plai lantant, qu'à ce compte il n'aurait pas été bon pour les xVornauds,<]tte cependant ilavait su s'acconnnoder à leur génie, et que ''événement at>ait fait uoir qu'il était propre ù tout. Celle 'éponsc, en le flattant, lui dictait son devoir... Le légat et ous les gens de sa suite s'en séparèrent avec regret ; ils U'aienl été charmés de sa politesse, de ses attentions, de sa jônérosité, et de cet «'spi-il solide et aisé par lequel il savait i'ajnstei- aux dilVérenls génies, sans (jue le sien sonIVrit aucune dlération : (|ualite qui le rendait plus scnihlahle aux Italiens ju'il ne pensait, el (jni juslilia parfailenienl la réponse (jiu' le \\o\ lui a\all fait»" à cette occasion. »

xvii" siècle, s'y transformèrent néanmoins en s'y naturalisant, et perdirent une partie de leur venin, (( L'appétit delà Gloire, écrit Chapelain, est juste et légitime, au moins par seseffets », et laformule, au moins en apparence, est bien machiavélique. Mais remarquez qu'il s'agit ici de la Gloire, c'està-dire de l'une des formes de l'amour-propre, non d'une action dirigée contre le prochain. Chapelain s'en explique plus loin, et le passage est à retenir : (( C'est tromper, dites-vous, que d'en user de la sorte, et toute tromperie fait injure à la nature et blesse la morale, qui veut que l'on procède en tout avec candeur et sincérité. Mais celle-ci ne blesse ni ne choque la Politique, qui est la science architectonique à laquelle toutes les autres doivent soumettre leurs devis, pour les accommoder aux besoins des hommes. C'est tromper, il est vrai, mais c'est tromper vertueusement que de ne tromper que pour faire mieux parvenir à la vertu. »

M. Collas a osé dire, de ce Dialogue, qu'il est (( banal en son fond », et qu'on y trouve « plus de rhétorique que de philosophie véritable ». M. Collas est difficile, pour ne rien dire de plus. Mais n'est-il pas étrange que la Gloire, dans les temps où on la néglige, soit tenue par les écrivains pour un sujet banal ; et que dans les temps où on la recherche, et où pour ainsi dire elle court les rues, elle constitue, au regard de tous, le plus passionnant des sujets ? On en pourrait dire autant

de la science politique. Au xvii® siècle, où on la connaissait passablement, on ne se lassait pas d'en parler et de l'étudier. 7\.ujourd'huique nous l'ignorons, il n'est pas un de ses secrets qui ne soit, de l'aveu de tous, un lieu commun qu'on se mépriserait d'approfondir.

Le nombre des choses u banales )> que nous ignorons, est incalculable.

l'i.SI'HM < LAssiyl r 10

A iV/ine la Marquise de fiambouillcl.

Comme je ne vois rien, Madame, dans le monde qui soit comparable en estime à votre grand sens, à votre grand esprit et à votre plus grande vertu, il m'a semblé qu'il n'y avait aussi personne à qui je dusse plutôt adresser la Conversation que nous eûmes ces jours passés sur la Gloire, M. le Marquis de Montausier, M. d'Elbène et moi, afin d'apprendre de vous lequel des trois avait parlé plus juste sur une si riche matière, ou [)lulùt afin d'être redressés dans nos égarements par ces mômes lumières qui vous en ont découvert la science, et dans lesquelles l'Envie ni la Jalousie avec toute la malignité de leurs regards les plus perçants n'ont jamais pu trouver de fausseté.

Je ne vous dis rien, Madame, de M. le Manpiis de Montausier. Il a pris les premières teintures d'honneur dans votre maison, a\aiil presque de laller chercher dans les armées, cl ne scst pas

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