CLASSIQUES ET PRÉCIEUX
« Ce n'est pas assez d'être sage, il faut plaire », disait Ninon. Autant qu'homme de son siècle, le sage Chapelain désira de plaire, et s'y essaya. II n'eut rien tant à cœur, au cours de sa longue existence, que d'éviter de passer pour pédant; et infiniment plus que la qualité de poète, il revendiquait celle de galant homme ou, comme on disait de son temps, d'honnête homme Le «. hel air » n'eut point de dévot plus religieux, et la « nohle galanterie »> a peut-être eu de plus aimables interprètes, mais non de partisan plus déclaré. Tant y a que Jean (Chapelain. « le mieux rente de tous les beaux esprits )\ ne lui rien moins qu'un poète crotté. Econome de ses deniers, il ne fut point avaricieux, au moins autant (jue l'ont dit Segrais et Tallemanl; et le « mourant » d'Angélicjue Paulet, ou le confident tic Julie
d'Angennes n'eût pu servirces nymphes, et n'eût point été supporté, si ce que Tallemant raconte de sa personne physique était vrai.
Cliapelain donc était, à sa manière, je ne dirai pas un Brùmmel ou un Lovelace, mais un galant déterminé. 11 fut un des « précieux » les plus notoires, et c'est à peine si Ton peut dire qu'on le connaît, tant qu'on n'est pas entré dans ce qu'il faut bien appeler le secret de son existence et le ressort caché de son activité ; c'est à savoir la volonté d'être un galant homme ou un « honnête homme ».
Mais c'est aussi ce qu'on n'aperçoit pas très bien dans 1 imposante thèse de M. Collas *, soutenue naguère en Sorbonne. Il y manque un chapitre essentiel, qui en eût éclairé et comme vivifié la lourde matière. Chapelain « précieux » eût mis un sourire sur ce monument élevé en son honneur ; il eût fourni, en outre, à M. Collas et à ses lecteurs, l'explication de plus d'un mystère.
Et, par exemple, que Chapelain, qui sentait son insuffisance et son peu de génie, se soit condamné au labeur ingrat de louer la Pucelle