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22 UN PRÉCIEUX PRÉCEPTEUH
lement une connaissance assez passable de ce qui y était nécessaire ». Ce sont ses propres expressions, mais il importe de les situer dans leur contexte Voici le passage entier :
« J'avoue de n'avoir que bien peu des qualités requises en un poète héroïque. Je n'ai point cru égaler ces princes du Parnasse [Homère et Virgile], et bien moins atteindre au but où ils ont inutilement visé. J'ai apporté seulement à lexécution de mon projet une connaissance assez passable de ce qui y était nécessaire, et une persévérance assez ferme pour ne m'en laisser divertir ni par les charmes du plaisir ni par les tentations de la Fortune. Je n'eus point même d'autre pensée, quand je m'attachai à cet ouvrage, que d'occuper innocemment mon loisir, lorsque après une vie assez agitée, je préférai la tranquillité de la retraite à la turbulence de la Cour. Ce fut plutôt un essai qu'une résolution déterminée, pour voir si cette espèce de poésie, condamnée comme impossible par nos plus fameux écrivains, était une chose véritablement déplorée, et si la théorie qui ne m'en était pas tout à fait inconnue, ne me servirait point à montrer à mes amis, par mon exemple, que sans ^| avoir une trop grande élévation desprit, on la
pouvait mettre heureusement en pratique ^ » Je ferai observer, tout d'abord, que ce passage est un plaidoyer pro domo ; qu'il s'y agit, ion pas de l'épopée en général, mais de la Pucelle, et que iïit-il aussi explicite qu'il est îmbrouillé, il ne saurait entrer en compte» ibsolument, si par ailleurs Chapelain, moins ntéressé ou plus libre et parlant de la poésie ;n général ou d'un autre que lui-même, a dit )récisément le contraire de ce que l'on croit [u'il a voulu dire ici.
Mais qu'a-t-il voulu dire? Est-ce qu'il déclare l'avoir aucune « élévation d'esprit » ? L'eiit-il ait. qu'on ne serait pas encore reçu à soutenir ju'il fait bon marché du génie. Rappelonslous, à ce propos, ce que M""^ de Scudéry, lans le Grand Cynis, écrit d'Arislhée, c'est-àlire de Chapelain : « Après avoir bien consiléré Arislhée, je n'y ai jamais trouvé qu'une eule chose à y désirer, qui est qu'il eût moins l'une vertu, ouqu'il ne l'eût pas si excessive; ;ar il est vrai qu'il a quelquefois une modestie i grande, que ceux qui connaissent bien ce [u'il mérite, ne la peuvent endurer ; car il ejette les louanges comme s'il n'en était pas