SCENE premi?:re
HRONTE, LUCAS.
LUCAS, en colèrr.
Morfjné (Ir I.! Cdlll |-('<lis('(isc. et (II' s;i ColilicdiToii !
OH ON TE L;i. la. iloiircint'iil.
LrCAS
\(ili, ilKijisu'iir : Je lie peu pu diirô avec l'cs- |)i-il (le iiiadanx' yoivo iVrijinc.
ORONTK
Il l'aul Icxcuser, car l'cspril de (•(•iitradiclion lui osl uahirol.
LUCAS
<^)Uii \(>ii conlrodiso tout son sou, vous qui èlcs son mari, ca est naturel ça : mais y n'osl pas jialund (pia vitrine cdntrediro mon jardin.
OUO.NTE
Patience, Lucas. patience.
Tout l'iane. je n'aime point à être jardinier
là (ni ly ;i des ft-mmes; car eune lemmc dans un jardin fait pu de dégât qu'un milicr de taupes .
ORONTE
Tu as raison, et ma lenimo a tort.
LICAS
Al arrache ce C|ue j'ai planté; a replante ce que j'ai arraché. Quand je fi^reffe du bon crequin, a dit que c'est de la bargamotte ; là où j'ai planté des choux, a veut qu'il y vienne des raves; n'y a rien don a ne s'avise pour aléa rebours de moi. Hier al vlait, pour avoir des prennes pu grosses, qu'on les senii su couche comme des melons. Je crois, Ciueu me pardonne, qu'a me fera bientôt plantiM- des citrouilles en espalier.
Elle n'est pas raisonnable : mais laissons cela, I.i: cas ; parlons de marier ma fille. J'ai besoin là-dessus de ton conseil.
(inia pu de conseil dan ma tète, drès que j'ai disputé avec Madame : ça me met en friche, moi et mon jardin. Et pi. c'est tjn'a me vient de l>ailler mon congé.
OHONTK
Tu ne sortiras point ; va, jt^ te soutiendrai.
LUCAS
Comment me soutiendriais-vou contre elle,
qii(»u no pouvt' pas vou y souU'iiir v(jii-iiièmc'? lié, vou dis-jp pas toujon qu'ous êtes trop (locilo?drès qu'a veut 'qu(^iiquo chose, vous dite oui ;drès qu"a voit qu'*ou dilc oui, a dil uou ; cl vou le dile itou,el pi a rerli oui par conti-ovarse, ot vous voulez bian.
(^)u<' v(Mix-ln. Lu<.'as? J'aime uia femme; elle n'a point d'autre plaisii' que de faire tout le contraire de ce qu(^ je veux, je lui laisse cette petite satisfaction-là.
LUCAS
Vou l'y laisserais donc ilou la petite satisfaction de... si c'était son plaisir da; maisgnia rien à craindre, son humeur est trop revêche pour ça. Tant y a, monsieu, qu'en cas de votre fille, si je n'étiis pu cian, comment feriais-vous? car gn'y a que moi qui a assé d'eaiendement pour faire revirer l'esprit de vote femme vous n'y entendez rian, vous.
ORONTE
Je conviens que tu as plus d'imagination qu<^ moi. et plus de bon sens que bien des philosophes qui n'en ont point.
LUCAS
Tené, monsieu, l'y a des paysans qui ont la philosophie d'avoir de l'esprit en argent : ma philosophie à moi, c'est de gouvarner la vie du monde par mon méquié de jardinier. "Vous vlé marier vote fille, par parentese ; vous ne savé
i L'KSPRIT DK CONTUArUCTION
ce qui en sera; mais moi j ni va tout ça dans mon jardinage; car jai di:<^)uand Madame vient dans mon jardin, el qu al voit qu'eun arbre est • riiimeur à profiter *au soleil, al le plante à l'oml^i'c. Or, si al voit que sa fille est d'iiimeur à ];)rofiter en mariage, al la plantera dans un couvent.
ORONTE
Tu uie las fort bien dit : si ma fille veut être mariée, il ne faut pas qu'elle fasse mine d'y penser, ni moi non plus.
LUCAS
Madame m'a voulu faire jaser là-dessus : Mais Lucas, m'a-t-clle dit, qu'est-ce que tu penses de ce mariage-là? Je nea sais rian, madame. Mais ma fille par-ci; néant. Mais mon mari par-là; motus. Et parce ({u'al a vu que je ne l'y baillais pas de quoi contredire, c'est pour ça qu'ai m'a chassé; mais ce ne sera rien; car a me chasse comme ça ton lés jours, et j'ai des finesses pour qu'a me reflatle par contredition. La via qui viant dans st'allée-ci; laissez-moi me raccommoder tout seul,
ORONTE
Je vais l'attendre sous ce berceau.
LUCAS, seul.
Je serais morgue bien fâché de quitter ce bourgeois-ci ; sa bourgeoiserie est pu argenteuse que ben des gontilhnmmeries que l'y a.