‹ L'esprit de contradiction, comédie en un acte. Representée pour la première fois en 1700, reprise au Théatre National de l'Odéon le 12 Fév. 1920. Direction Paul GavaultChapitre 6 sur 31 · SCENE TU · texte numérisé non relu

SCENE TU

MADAMK OROXTE, ANriÉEIQUE

ANGÉLIQUE

<.^ue souliaitcz-vous de moi, ma mère?'

MADAME ORONTE

Vous parler encore, ma fille.

ANGÉLIQUE

Me voilà prête à vous écouter.

10 I.'F.SPRIT DK roNTI'.ADICTION

MAnAMi; OnONTE

•l'ai tous les sujets du monde de me plaindre de vous, car vous n'êtes qu'une dissimulée : mais je suis bonne, raisonnable; et, avant que de disposer de vous de manière ou d'autre, je veux consulter votre inclinaticai. Parlez-moi donc sincèrement une fois en votre vie : voulezvous être mariée, ou non?

ANGÉLIQUE

Je vous ai déjà dit. ma mère, que je ne dois pas avoir de volonté.

MADAME ORONTE

\'ous en avez pourtant, avouez-le moi. Je nai en vue que votre satisfaction, o'ivrez-moi voire cœur; là, parlez naturellement ; vous imaginezvous que le mariage puisse rendre une fille heureuse?

ANGÉLIQUE

Je vois quelques femmes qui se louent de leur état.

MADAME ORONTE

Ah! je commence à vous entendre.

ANGÉLIQUE

Mais j'en vois beaucoup qui s'en plaignent.

MADAME ORONTE

Je U'^ vous entends plus. Dites-moi un peu: vous avez vu celte nouvelle mai-iée qui va de porte en porte se faire applaudir du choix qu'elle ^ fait : écoute?;-vous ses discours avec plaisjrf

ANGELIQUE

Oui vraiment, ms mère.

MADAME ORONTE

Vous souhaitez donc d'être mariée'!'

AiNGÉLIQUE

l'oint du tout; car cette femme vint hier affliger, par ses plaintes, la même assemblée ([u'elle avait fatiguée l'autre jour par l'éloge de son épriux .

MADAME ORONTE

C'est-à-dire ([ue vous ne voulez point risquer de prendre un mari ?

ANGÉLIQUE

.le ne dis point cela, ma mère.

MADAME ORONTE

Que dites-vous donc';" Car enQn vous envisagez le mariage ou comme un bien ou comme un mal; ou vous le souhaitez, ou vous le cta'gnez.

ANGÉLIQUE

.le ne le souhaite ni ne le crains; je n'ai fait là-dessus que de simples réflexions, sur lesquelles je n'ai pris aucun parti. Les raisons pour et contre me paraissent à peu près égales; c'est ce qui a suspendu mon choix jusqu'à présent.

Uh! cette suspension commence à m'impatienter, et vous avez trop d'esprit pour rester dans une situation si indolente.

\i i.'esphit ue contradiction

ANGELIQUE

C'est la .silualion oii une Mlle ddil èlrc, atiii (jne sa mère puisse la déterminer sans peine.

MADAME OHONTE

Mais si je vous déterminais au mariage?

ANGÉLIQUE

Mes raisuns pour le mariage deviendraient les plus fortes: ear la raison du devoir me lerait ()ul)lier luutes les raisons eontraircs.

MADAME ORONTE

Et si je vous détermine à rester lillc V

ANGÉLIQUE

Pour lors les raisons contre le mariage me paraîtront les meilleures.

MADAME OftONTE

(.^uels difccuurs ! quel travers dcspriti je ny puis plus tenir. Quuil il sera dit (jue je n'aurai pas le plaisir de démêler votre inclination?

ANGÉLIQUE

Alun inelinatiun est de suivre la vôtre.

Elle n'en démordra pas, non.

ANGÉLIQUE

Je vous obéirai jusqu'à la mort.

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