DE LA MORT
Quelle qu'ail élo lu constance de In (Saule dau* la piété primitive, ce n'est point par là qu'elle se distingue; ce qui l« distingue, c'est di' s'èlrc affranchie de l;i mort mieux que ne l'a jamais l'ait aucune nation. Incapable de s'élever assez hau| dans ie sentiment de l'immortalité peur ia coin prendre, l'anti-r quilé Hnssiifiic s'est si'iiIil' Irrinjuju devant elle de slupiTartinu. Ne craignant pas la mtirl, les Gauluis vivaient, en effet, cnmme on se représente les immortels , libres île crainte. Aussi, dans les eumbals, rendus en quelque sorte invu|mîra.lile-i par la solidite de leur loi , se mou Iraient-ils , puur ainsi dira , au-dossn» de l'huumio. Florus dit que ce n'élaiont point des limumes, niais des Titans nés pour la destruction du monde, et Alexandre, interrogeant leurs ambassadeurs sur ce qu'ils craignaient : u Mous craignons . rcpitmlirciit-ili, la chute du ciel ; i ut tsneoro ne la craignaient -ils que parce qu'ils voyaient, dans cet événement, un signe de la colère de Dieu. Aristote et Elien non* assurent qu'ils poussaient le dédain du danger jusqu'à refuser de s'enfuir d'une maison prèle à s'écrouler. Horace dfHiiil, eu doux mois, leur puys : . la (erre où l'un n'éprouve pas la terreur
de In mort. • L'empereur Julien, ipii avait si bien appris à les connaître, dit, avec beaucoup de profondeur, qu'ils l'emportaient sur les Humains par l'audace ri !<■ si-ntiiin'iit delà liberté: et, e.'est aussi ee qu'exprime Salîuste, lorsqu'il les mel sur le même rang, quant au mérite militaire, que les Grecs, quant au littéraire. On sait, d'ailleurs, quelles cérémonies extraordinaires étaient d'usage, à Home, dans le cas d'une guerre avec ees superbes contempteurs du Irépas : avec eux . selon la parole de Salbiste, on ne combattait point pour la gloire, mais pour !e salut, liais aucun des anciens ne témoigne de son admiration plus ardemment que I.ncain : « lleurem assurément dans leur erreur, s'écrie-l-il, ces peuples que regarde le Nord! la plus grande des craintes. la crainte de la mort, tie les tourmente pas. De là, ees cœurs si hardis à courir au-devant du fer, ces âmes si disposées à mourir, dans celle idée qu'il n'y a pas à épargner une vie qui va renailre! •
Rien que cette soudaine rupture de toutes nos relations terrestres soit, certainement en elle-même un vrai mal, il faut, reconnaître, en effet, que c'est un mai tellement dépendant de l'idée que nous y attachons, que nous sommes maîtres, suivant la forme dont notre imagination la revêt, ou de l'amplifier à l'infini, nu de l'amener à s'évanouir presque entièrement. Pour
suppliante; pour d'autres, c'est un abime sur lequel la pensée ne peut non plus s'arrêter sans effroi, qu'elle se le représente rempli de flammes menaçantes ou d'incompréhensibles lumières dans lesquelles la personnalité doit également se noyer. Aussi, se montre-) -il il peine un homme si affligé, qu'il n'estime son infortune encore plus acceptable que le trépas; et, à part un bien petit nombre, la multitude des mortels recevrait, comme un bienfait, la continuai ion indéfinie de l'existence qu'elle mène
sur la (erre. Cependant, en définitive, si l'on vient à se dem 1er
pourquoi l'homme éprouve tant de répugnance contre la mort, on n'en découvre, guère d'autre motif, sinon que l'homme aime à vivre, et que mourir, de (a manière dont on en parie, c'est en réalité cesser de vivre. Car vivre , ce n'est pas seulement de-
incurcr hors du néant; c'est agir, c'est s'instruire , c'est user île ses facultés el de ses vertus, c'est si? sentir libre ; c'est conserver, développer, multiplier ses allachcmenfs ; c'est s'élever, si Dieu le veul , dans I échelle des élrcs , mais ne rien perdre, ni de soi-même, ni de ses amiliés. Que la croyance de l'homme lui représente donc que la mort , loin de causer dans ie eouranl de sa destinée aucun changement aussi essentiel, n'est en somme qu'un des accidents de In vie ; qu'elle est tout simplement comparable ù un rideau qui tombe pur intervalles sur la roule, rideau d'un grand effet sur nos yeux qu'il arrête, mais nul quant au fond même des choses qui continuent leur cours de la même manière au delà qu'en deçà ; qu'il comprenne, en un mot, qu'il ne s'agit que de changer de vêtements pour passer d'un appartement dans un autre; il est évident qu'à moins d'être effrayé par des remords, il ne lui sera pas possible de concevoir, d'un événement de cette sorte, le moindre effrei. Telle était précisément la situation dans laquelle le dogme druidique plaçait nos pères, et il faut avouer que celte situation élait fort supérieure, sous ce rapport, à celle que le christianisme a faite, jusqu'ici, au genre humain.
Élevons-nous un instant dans les hauteurs du ciel et supposons que, noire regard y acquérant quelque cliuse de la eluir-
légci e que Mercure, selon la liiblc antique, était incessamment occupé à guider d'une résidence dans une aulre. .N'est-il pas évident que l'ordre général, arrivant ainsi ù se mettre en plein jour devant nous dans son va et vient continuel, la vie el la mort prendront aussitôt à mis yeux une luule autre ligure? Ni ce système fatal de la théologie romaine qui, au lieu de la société éleruelle des mondes, ne nous présente qu'un nuage né
.l liu i |.(.u( ■ r . — -.« lr ■ . I ■ i I.iiéI.! ,ii |U' pJuullk' de
ténèbres el de lumière; ni cette mécanique des astronomes, moins éloignée de la vérité matérielle de l'univers, mais bien plus éloignée encore de la vérité momie, el qui, incapable de vivîlier hi circulation des oslres par la circulation îles existences, se perd dans la multiplicité intime des étoiles comme dans une
us apercevions tout à coup sous nos pieds vers sillonnés en Unis sens par celte troupe
lïSPRIT i>F LA GAULE.
vaille poussière: noire système planétaûv ne sera plu* pour nmis qu'un archipel baigné dans l'océan limpide île l'univers Cl peuplé par une société d'immortels. Tant s'en faul que ces augusles habitants soient astreinte a séjourner à perpétuité dans la même île. Peut-être dans quelqu es-un es exïste-t-il des moyens de navigation permettant île voyager à volonté dans
même (jili, à des époques déterminées, envoie les barques. Cnmine ces barques doivent être attendues et accueillies avec fêle sur lous les points où l'histoire de ces heureux voyages, au lieu de demeurer enveloppée dans le mystère, es! bien connue ! Des parents, des amis toujours chois, sonl déjà partis dan- quelqu'une des expéditions ]H'éi'édentes : ils résident dans ees riantes contrées dont on voit de loin briller les cimes, par delà ces hori/ons que l'imagination impatiente a déjà tant de
regards en arrière , car ceux qui demeurent ne larderont pas à retrouver à leur tour la compagnie aimée. Et que de relations nouvelles el inattendues à nouer dans ces autres résidences! Quelles merveilles inimaginables de l'art, de l'industrie, de la naturel Quelles institutions, quelles mœurs , quelle politique I quelles Termes des corps, quelle puissance el quelle variété des sensations, quelles manières de vivre 1 el encore, quelles révélations de la science el de la philosophie, quels progrès de la sensibilité, quels élans supérieurs de l'âme ! se lasserait-on jamais de passer perpétuellement ainsi d'une résidence à une antre? Estce même VO va p .'[".' au fond, toutes ees eilés. si étroitement unies ensemble dans le plan général des destinées qui poursuivent leur accomplissement de l'une à l'autre , ne forment-elles pas une même eilé î Citoyen de l'univers, je puis changer de quartier; mais la mort elle-même ne saurait m'exiier, et, fidèle au seul mode de pratiquer l'inlmi qui appartienne à la créature, je me promène successivement dans l'infini de ma demeure, comme je le fais dans l'infini de ma durée.
Telle étaii, dans son expression la plus générale, la doctrine des druides, cl voilà pourquoi ceux qui en étaient pénétrés se trouvaierd awssi délivrés que possible du mal de la mort. L'âme,
détachée ilu corps dont elle venait de Taire usage, ne s'évaporait point en un fantôme comme dans In croyance du paganisme et même dans celle de l'Église, — qui se sont toutes deux accordées à l'aire tant d'état de ce tourbillon éphémère que soulève, en passant sur la terre, le souille de !a vie ! — Toujours douée de la même puissance sur la matière, elle se remettait aussitôt à y I miser les éléments d'un nouvel organisme, et, sans tomber dans 1rs lidiuli'ux empires de Satan, de Plulon, oumèmedel'Emiivrée. elle reprenait lout simplement position dans quelque monde
points de division d'une série homogène. C'est ce que décident pertinemment les vers de Lucain, dans le laconisme desquels sont condensées tant de lumières. • Selon vous, dit le poète, en s'adressnnt aux druides, les ombres ne se rendent point dans les domaines silencieux de l'Erèbc ni dans les pales royaumes de Plulon. La méine aine régit, dans un autre monde, d'autres membres. La mort, si ee qu'enseignent vos hymnes est certain, n'est qu'un milieu dans une longue vie. • Quelle différence entra cette fortifiante croyance et le réve d'Achille soupirant, au Ibud de lu pale demeure des héros, après lu vie et le soleil I et que Lucain a bien raison d'ajouter que les Gaulois étaient heureux de posséder une telle fui ! Faut-il s'étonner si le dogme de l'immortalité formait le point capital de leur religion? Il en était d'ailleurs le plus achevé., el rieil n'était [dus juste que de le proposer au peuple comme la plus haute et la plus salutaire leçon. C'est ce (|ue faisaient les druides, et leur prédilection en faveur de cette doctrine, sur laquelle reposait effectivement toute la Gaule, avait frappé les historiens. Pomponius Mêla dit que celait la seule qui fût tout à fail populaire, et. César, qui la considère à son point de vue de soldai, c'esl-a-dire dans les effets qu'elle exerçait sur la guerre, assure également qu'il n'y avait rien à quoi le clergé des Gaules tint davantage. > Eu premier lieu, dit-il, les druides veulent persuader que les âmes ne périssent pas et qn' après la mort, elles passent de l'un a l'autre; el ils pensent que telle persuasion excite puissamment les hommes au eourage en leur faisant mépriser la crainte de la mort. ■ Sans ùlrc en étol d'eu
ESPRIT OH LA GAtlLB.
apprécier ni l'étendue ni lu justesse, l'illustre capitaine ne se (rompait pas en plaçant au premier rang dans l'esprit de la Gaule le principe de la perpétuité de la vie : c'est le flambeau qui éclaire loul le speclade des mœurs île celle grande nation. Pour voir ces mœurs , au premier abord si extraordinaires, se revêtir d'une couleur loulc simple et toute naturelle , il suffit d'entrer dans les conséquences d'une (elle conception de I événement qui, dans les aulres religions, se présente sous un aspect si formidable. Il ne pesait pas plus dans la Gaule que no devait peser, chez les Grecs, un départ pour les colonies. Les druides, pour bien enraciner cette manière de voir, avaient imaginé un de ces traits qui , par leur familiarité même, saisissent et habituent les âmes plus facilement que les mystères les plus relevés : on se prêtait de l'argent à se rembourser dans l'aulre monde. C'est une des coutumes, et non sans raison, qui avaienl
ceux qui In pratiquaient journellement une impression bien plus pL'iiHtiide i.' ii ru rc. ■ Le règlement des affaires, nous dit brièvement Pomponius Mêla, et même te remboursement des créances, était remis aux enfers. > Valère Maxime nous apporte le même lëmiii;:!iagi\ « Après avoir quille Marseille, nous dit-il, je trouvai eu vigueur celte ancienne coutume des Gaulois, qui ont institué, comme on le sait , de se prêter mutuellement de l'argent ù se restituer dans les enfers, car ils sont persuadés que les âmes des hommes sont immortel les. » C'est vraisemblablement sur celte idée, aussi finement approfondie par lui que celle de l'immortalité, qu'il accuse un peu plus loin la doctrine des druides d'enlrctenir l'avarice et le goût de l'usure: bien au contraire, ce qu'il y a de plus sublime dans Icdruidisme y est en quelque sorte condensé. L'aulre monde s'y reflète lout enlier. Eu y passant, on ne perdail ni sa personnalité, ni sa mémoire, ni ses amis; on y retrouvait des affaires, des lois, des moisirais: un y faisait usage de capitaux, et c'est dire toute l'économie de nos sociétés. On se donnait rendez-vous dans l'autre monde, comme des éinigranls peuvent, aujourd'hui, se donner rendezvous en Amérique. Celte même superstition , si louable quant à la manière dont elle imprimait dans les aines le ferme sentiment
DE L'IDÉE DE LA TERRE. 65 île l'immortalité, conduisait à bi'ùfcr . en même lomps que le corps de celui qui parlait pour l'autre monde, fous les objets <|iii lui avaient été chers et dont on pouvait supposer qu'il lui plairait encore de se servir. ■ Les Gaulois, dit Pompouius Mêla, brûlent e( ensevelissent, avec les morts, ce qui était propre aux
César nous dit de même : » Tout ce qu'ils présument avoir été ahuc parles vivants, ils le déposent dans le bûcher, même les animaux. > Aussi, dans les sépultures de nos pères, rencontrons-nous fréquemment, pariai leurs rendres qui nous l'ont encore ainsi li'itr Ircnn, des ornement s. des armes, des ossements calculés de chiens et de clievaux, éloquent et respectable symbole de lu rermeté de leur lui dans l'impérissable continuité de la vie. Ils avaient une nuire coutume, inspirée pur le même esprit, mais 1 ■ Lt ■ 1 1 plus touchante : lorsque quelqu'un prenait ainsi congé de la terre, chacun s'empressait de lui apporter des lettres pour les amis absents qui allaient le recevoir à l'arrivée, et sans doute l'accabler de questions sur les choses d'ici-bas. C'est Diodore qui nous a conservé ce trait précieux. ■ Dans les funérailles, dit-il, ils déposent des lettres écrites aux morts par leurs parents, alin qu'elles soient lues par les défunts. • Que de regards devaient donc suivre en imagination ces voyageurs, plonger avec eux à travers l'espace , assister à leur arrivée, à
jour pur-<lessou>. Gm.lncn de suivants dev; I regretter de
ne pouvoir accomplir le voyage de compagnie! Aussi s'en voyaitil souvent qui ne pouvaient résister à la tentation. ■ Il y en a, dit l'omponius Mêla, qui se placent volontairement sur le bûcher de leurs amis, comme devant continuer ù vivre ensemble. « César parle de la même coutume, mais comme s'élant déjà affaiblie de sou temps et n'ayant plus cours que dans certaines confréries de guerriers, dont la condition est telle, dit-il, qu'ils jouissent ensemble, pendant In vie, de tous les avantages de ceux ù l'amitié desquels ils sont voués; mais, si ces derniers éprouvent violence, ou ils partagent le même sort, ou ils se donnent la mort: et il n'y a pas souvenir qu'il s'en soit jamais
trouvé aucun qui, son ami étant mort, nit refusé de mourir aussi. >
L'action de In mort s' offrant ainsi à l'esprit comme une sorte de recru le me ni commandé par les lois de l'univers pour l'ontrc-
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d'en venir à l'idée desollieiler de Dieu, dnns certains cas, la laveur d'un remplacement ou d'un délai. C'est en effel ce qui se pratiquait habituellement. ■ Les Gaulois, dit César, sont extrêmement adonnés aux engagements religieux, et, par suile, ceux qui sont affligés de maladies graves ou exposés à quelque danger, soil dans (es combats, soil autrement, sacrilienl des hommes pour victimes ou font vieu de se sacrifier eux-mêmes, et. ils ton! usage pour ces cérémonies du ministère des druides. Ils pensent que les divinités ne peuvent être satisfaites, qui' si. pour la vie d'un homme, on leur livre la vie d'un autre homme. ■ Il ne parait pas que ces remplaça ni s aient jamais éle bien difficiles à trouver; el, à moins qu'il ne s'agisse du
temps de la dernière décadence , 01 toit pas s'imaginer que
les criminels ou les esclaves aient eu qualité pour un tel service : il fallait aux dieux des victimes libres el de bonne volonté. Mais l'on en sait assez des manières de ce peuple pour se représenter qu'il ne devait pas y avoir disette de caractères aventureux, lent disposés à entreprendre le grand voyage. Posidonius, qui avait visité la Gaule à une époque où elle était encore solide, et qui la connaissait bien mieux que César, nous a laissé à cet égard des informations curieuses. Qu'un homme se sentit sérieusement averti, par la maladie, de se tenir prêt pour un prochain départ, maïs que cependant il eût, pour le moment, des affaires importa ii 1rs; que les besoins de sa famille l'enchaînassent à la vie; que la mort enfin lui fût un cnntre-lemps, si aucun do ses
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faisait chercher un remplaçant : celui-ci arrivait bientôt, accompagné d'une troupe d'amis; el, stipulant, pour prix île sa peine, une certaine somme d'argent, il la distribuai! lui-même en souvenir d'adieux à ses compagnons. Souvent même, il s'agissait tout simplement d'un tonneau de vin : ou dressait une estrade, ou improvisait une sorte de fête, puis, le banquet terminé, noire
Dlgitizcd bv GcoqI
DE L'IDÉE l>lî LA TER HE. 67 héros se couchnit sur son bouclier; et, se taisant trancher les liens du corps, prenait son essor vers l'autre monde. Ce n'était pas une affaire; devant cette rupture qui barre le chemin el i|ui, perdue dans le nuage, effraye tout de gens dont l'imagination limide craint un abime, le Gaulois, mieux avisé, sachant qu'il ne s'agissait (pie d'un fossé, s' élançait en souriant sur l'autre bord et continuait sa roule.
Il n'est malheureusement que trop aisé d'apercevoir les inconvénients decetle médite à distribuer et à recevoir la mort : les suicides, les immolations volontaires, l'abus des duels et des guerres civiles. Mais faut-il croire qu'à côté de ce défaut qui tendait à exalter outre mesure l'orgueil de l'homme, en exallant outre mesure sa liberté, le druidisme en ait renfermé, ù l'instar du brahmanisme, un autre diamétralement opposé, qui aurait tendu, au contraire, au dernier abaissement de la nature humaine, en la liant, par les connexions habituelles de la métempsy-
j I iinrii.llll- A di ïanl •]'ulllriiui(i--iii prn. l>.;i qui |wr-
meltcnt de faire justice d'une telle accusation, il s'élève, de l'ensemble des circonstances qui accumpagnairnl 1rs funérailles, un démenti qui la ruine. Il est visible, en effet, que l'on se comportait, jusque dans les plus minimes détails, à l'égard des défunts comme a. l'égard de personnes qui auraient continué a appartenu 1 par tous Icnrs scnlinienls et leuli-s leurs habitudes a la nature humaine; el que, si l'on avait pu regarder comme tout simple qu'ils fusent exposés à être précipités, par la mort.
tombe, dont la l'crmclé nous étonne, auraient perdu leur raison. Le tableau des mœurs forme un code pratique, el il en ressort des arguments aussi décisifs que ceux qui se déduisent de la lollre des lois; qui se serait aventuré à prêter de l'argent à un débiteur qu'une l'aule légère eût condamné ù comparaître, au jour de l'échéance, à la manière brahmanique, sous la forme d'un quadrupède ou d'un moucheron? Si l'on envoyait aux trépassés, avec lant d'assurance, des missives et des souvenirs, c'est que l'on avait confiance qu'ils seraient parfaitement en mesure de les recevoir. Ab uliis transire ad alios, suivant la formule concise de l'illustre historien, autrement dit : Rester
homme toujours, telle est dons sa simplicité antique l'immortalité de In Gaule.
Le lc\lc des Triades bardiques ne contredit pas au fond noire sentiment sur ce point essentiel ; si, parune inconséquence que condamne l'esprit moderne, il prétend que l'ame, une fois éclairée d'en haut par la lumière de la liberté morale, peut retomber dans les existences inférieures, ce n'est pour lui qu'une exception effrayante; que l'ignominieux châtiment de l'ame pervertie qui se dégrade elle-même de l'humanité. Que le druidisme primitif soit ou non responsable de cette inconséquence, qu'il ;til ou non gardé ce dernier reflet du vieil Orient, il n'en demeure pas moins tranché et défini, nu pôle de l'Occident, comme le brahmanisme au pôle de l'Orient, l'un voué au déve- \e!o|ipement et l'autre à l'anéanti s sèment de la personnalité; il faut donc bien se garder de confondre ces deux génies si profondément divers, et il existe un abîme entre la transmigration des druides et la métempsycose indienne
Bien que l'amour de la vie cl celui de nos parents et amis soient nos plus grands liens avec la terre, et qu'il ne nous soit
I. De nombreux documents bardiques, déeouverls dans te pays de Iu-iIIi's.utU eomptOlf": cl édairei ]■> sens d''-- ï l'iiides don! parle ici M. J, Kcyiimiil, cl qui seront reproduites, avec le coin (actuaire qu'il en a fait, à la lin de ce volume. On peut maintenant se rendre enniplc de la doctrine des Lardes. hrriliers des timides, sur la transmigration, avee i-i'ji ■!•* et d un. msin.. r j-l... . ni|-1. i. ,1 i, ,i . i. |— .ut le
ii M. J. Ui'vnsud de le faire. Pour résumer leur doeirine en peu de muls, d'après les fijinliirn. nu livres seerels des kiriies. euuservés par l'éi'ole bardiquo de Giamorgan (ou Morganwg), ils emyaieiil que l'ame, eelose au plus bas degré de l'existé net.-, au fond de l'abîme (annoii/ii}, monte de lu fatalement par tous les degrés du cercle de ta transmigration (ndr«(), jusqu'à ce qu'elle atteigne le point de liberté (libre arbitre), avec la vie humaine. Si l'âme use bien de la liberté, elle sort d'abred, à la mort, poup n'y plus rentrer, et monte immédiatement de la vie humaine à la vie céleste dans le cercle de ywynfyd (le paradis). Si elle abuse de la liberté, elle retombe, suivant la gravité de ses feules, dans la vie humaine, dans la vie animale, ou même jusque dans le fond de l'abîme, d'où elle recommence le cours de la transmigration.
(Nott communiait t par M. Hesbi Martin).
facile rie mourir qu'à In condition «l'être persuades que nos liens vont se renouer nuire pnrt, ee n'est point encore nsseï de cette croyance pour murs mettre absolument au-ifessus rie toute impression pénible (le la pari ilu trépas. On ne peut nier qu'outre ces deux attachements qui sont incon!cstal)lement les
iiotrc corps, qui ne nous' permet pas de nous nrre 1er volontiers au triste spectacle qu'il est -destiné à offrir, une fois que nous l'aurons laisse là. Il ne nous suffit pas de penser que notre Ame, grâce à l'empire sur la matière, qui lui est inhérent, ne manquera pas rie se reconstruire de nouveaux organes, en venant se fixer dans une nouvelle résidence. Nous tenons, d'une certaine manière, à ceux par lesquels jiotre personnalité se manïfestc actuellement : et, si nous pouvons consentir sans Irop rie répugnance à restituer à ce globe les éléments que nous lui avons empruntés pour notre établissement, notre juste sensibilité envers nous-mêmes n'en éprouve pas moins une sorte de soulèvement à l'idée rie la manière affreuse dont cette restitution doit, se faire. Ceux mêmes dont le courage brave le mieux tes aventures inconnues de la mort, conviennent de leur déplaisir quand ils arrivent à songer que ce corps qui leur est en rc moment si intimement associé, qui les rcpréscnfccn quelque snrlc, dont la moindre déformation les chagrine, se changera demain en une masse hideuse; que ces yeux, qui aspiraient la lumière, videront peu à peu leurs orbites; que ces traits, où se peignait si bien aux regards amis tout leur être, tomberont dans une si effroyable laideur qu'ils seraient un objet d'épouvante à qui aurait le malheur de les apercevoir: enfin, qu'il ne s'agit pas d'une crise rie quelques heures, mais qu'il faudra des années pour que, tous ces lambeaux disparaissant. I imagination vienne finalement se reposer sur un squelette. Comment, par le plus simple effet du respect envers nous-mêmes, ne nous sentirionsnous pas révoltés à l'idée île laid de phénomènes dégnûtaiils, qui menai ent rie s'attacher à notre trace jusqu'à ce que le tourbillon que nous avions formé soit dissous et complètement rendu à In circulation générale! Et aussi qui n'avouerait, et c'est un aveu qui conclut tout, que la mort perdrait une partie eonsi-
70 ESPRIT Dli LA (iAULE.
dérable do l'horreur < | ti ' M u nous cause, si, au lieu de ces pourri lu res qui neus font une si Irisle suile, nos corps s'évanouissaient lout à coup dîiiis l'air, comme une fumée, a l'instant où notre ame les laisse là pour aller ailleurs s'en former d'autres? La nature elle-même, bien (|u et r;i libère à nos délicatesses,
n'est nullement responsable de ces plié nènes; elle n'en veut
point et se hâte de faire disparaître tous les résidus corporels, quels qu'ils suieul, dès qu'un la laisse maîtresse d'eu reprendre possession. C'est noire superstition et noire vanité qui sont seules coupables : notre vanilé qui nepcul se résigner à ee que In terre ne conserve aucune trace de nous, et qui s'évertua a y transformer nos corps en monuments; notre superstition, qui nous attache à nos corps, ,au poinl de nous persuader qu'ils nous sont essentiels au même litre [pie nuire âme, el que nous ne saurions rester en pleine jouissance de la vie sans ressusciter, pour nuus les adjoindre de nouveau . les mûmes poussières que nous avions à noire service duraul nuire séjour dans l'orbe de la ferre. Funérailles absurdes, el dont il ne faut pas s'étonner de voir sortir des effets monstrueux, car elles sont absolument opposées aux harmonies de l'univers. Le génie de la Grèce, si lin dans les choses humaines, protesfe contre elles de toute antiquité. A peine était-il sorti de son enfance, que sa .sensibilité possédait déjà des fours trop exquis pour consentir à une conservation insensée, dont les hideuses poupées de l'Kgypte sont le type. Plus il sympathisait aux formes élégantes de la vie. [ilus il répugonil à leur vinlalion, même loin du jour, dans la solitude des tombeaux. C'est pourquoi, prenant le parti le mieux inspiré par le sens de l'art, ces souverains mailivs du goût et de la convenance, sans souffrir que les restes des morts pussent déplaire un seul instant à la pensée des vivants, les faisaient-ils pieusement évanouir dans les splendeurs de l'incendie, avant que les injures de la décomposition les eussent déshonorés. Il n'en restait qu'une blanche poussière, doux et décent symbole d'un passé enseveli pieusement dans des cœurs amis.
Conseillés par un sentiment moins délical peut-être, mais avec une vue religieuse plus perçante, nos pères agissaient <lc
DE L'IDÉE DE LA TERRE. H même. L'acte du trépas accompli, ils s 'empressai pi il de sntisfoire le défunt pu dissipant derrière lui, comme une traînée de vapeur, son résidu; et, l'apercevant déjà, pur les yeux de. l'esprit, en possession d'un nouveau corps, ils restituai™! sans relard à In nature celui qui désormais u appartenait plus à personne. Un peu de cendre mêlée de charbon, renfermée dans un vase de terre et mise à l'abri de lonle injure sous un quartier de roc, voilà tout ce qui restait, et leur honnête piété ne demandait rien de plus. En guerre, pour peu qu'ils en lussent empêchés par quelque soin plus important, ils ne se Taisaient même aucun scrupule de négliger les cadavres, sachant bien que la puissance de qui relevaient mainlenànl. ces objets ne MTgil pn* 1 n.loni'.v !• |«Hir l- ■% t< |.r>-n.1n Pan 11H il. a Pus.*. qui. iidèlesau mode de la nature, laissaient aux animaux carnivores la tâche de dissiper les resles des morts, ils oubliaient les leurs, sur le champ de bataille, comme des armes brisées. Les païens, dans l'opinion desquels les aHaires du corps étaient d'un si haut prix, se révoltaient de cet abandon comme d'une impiété; mais les Gaulois, tout pénétrés des sublimes leçons de la spiritualité druidique, sentaient bien qu'il n'y avait point là le sujet d'un crime; car, s'ils faisaient moins d élai des cendres, c'est qu'ils en faisaient davantage de la personne.
Le christianisme romain, qui, par suite de sa manière d'enlendrc la résurrection, prétendait enchaîner les âmes a la poussière terrestre par une alliance éternelle , devait , par une conséquence logique veiller à une préservation aussi complète que possible de tous les résidus corporels, et les momies de l'Egypte, qui ont eu sur lui tant d'influence, auraient naturellement formé son idéal. Mais les populnlimis gauloises, plus profondément attachées à l'antique usage que les populations île l'Italie et de l'Orient, qui n'y adhéraient point par des liens aussi sérieux, tinrent bon longtemps contre les rilcs répugnants que i'Église, eonfnriiiéioent à son dogme, se trouvait conduite à substituer à l'ensevelissement dans la flamme. En dépit des prohibitions et des anolhêmes, et même du caractère infamant que s'efforçait de leur attacher le clergé, en les appliquant à ceux que, pur un surcroît de vengeance et de pénalité.
i) entendait priver de In supt-i'-nn 1 eonsnlaiiiin do hisser derrière eux un cadavre, les bûchers cnntinuèieDl à s'allumer sur In terre île finule, et l'on en trouve dans certain- ■li'»-.'-<cs jusque dans le onzième siècle. On rencontre, parmi les monuments, de précieux témoignages de In longue persistance des sentiments nationaux SOUS les formes nouvelles importées du dehors pur les missionnaires île Home. Nous nous bornerons à citer cette beile inscription découverte sur les bords du Munie : « Si In cendre manque dans celle urne, alors tourne tes regards vers l'esprit sur le salut duquel rien n'a été dit témérairement. » Quelle sainte indifférence pour les liens matériels avec la terre! et, n'y a-t-il pas, dans celte courte épitaphe, de quoi l'aire In li ... h. ii-m-triiicru-nl au pn^ .mi-mr. mnii no . .liiiiu-iri. luimême 'î
Tel est, en effet, le seul enseignement que des esprits sérieusement nourris de la foi dans l'immortalité puissent recevoir sur in religion des funérailles. Que les vents, comme le dit l'inscription, dispersent In cendre, peu importe , si famé poursuit nilleurs sa vie. Il est chimérique de prétendre conserver aucun lien matériel avec la planète, lorsqu'on définitive on n'y est plus. Ce ipj'on lui avait emprunté pour y vivre, on le lui doit restituer saris réserve quand on va vivre ailleurs! Et quelle raison, en elîet, de se concevoir île telles nllnches avec les atomes qu'on y a soulevés en passant, et d'en vouloir conserver la propriété nu delà du trépas, avec une opiniâtreté si avare? Que serait le globe, si toutes les générations qui s'y sont succédé y maintenaient ainsi leur sépulture en permanence? Les vivants trouveraient à peine n s'y mouvoir entre les pierres des tombeaux. Laissons les riches du monde, dans les insensés emportements de leur orgueil, faire sceller leurs restes dans le métal, de peur qu'il ne s'en perde quelque chose, et les pro-
t. Voici le texte de cet épiraptie, lire du recueil de Grutcr :
L incorrection atteste un Gaulois faiblement initié au* Icllres lalines.
léger contre les menaces iln temps sous le porphym et In granit. Ils ne font que préparer ainsi à In postérité, qui ne pourra jamais se les figurer sans horreur, îles monstruosités que la nature, sans leur flilie, n'aurai! jamais ennnurs, Et, après (nul, malgré lanl (le soins, l'heure n'arrive-l-elle pas où leur poussière rentre dans. la poussière? Où sont, aujourd'hui, les reliques les plus superbes? dans les vents, comme relies des plus déshérites. Il n'y a qu'une différence de lempspour un résullal identique, et, en dépit dos mm thèmes contre les hûehers, la combustion csl finalement la loi de loul le monde.
Au lieu de nous en tenir aux (risles prescriptions de l'Église, frisons dune plulèt retour a l'inspiration de nos pères. C'est là, sans doute, que l'on reviendra puiser, quand le discrédit croissant de la doctrine de In résurrection ayant étendu son influence jusque dans le domaine des mœurs, rien n'autorisera
A des cniynne.es nouvelles, il faudra nécessairement des usages riuuvraux; et. sans rien préciser, on peut du muins pressentir
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l'avenir saura substituer quelque mode plus soudain et moins antipathique. On sentira alors, plus librement que nos préjugés ne nous permet lent aujourd'hui de le faire, la profonde sagesse de nos pères. On verra que, dans leur admirable lutte contre les fantômes de la mort, ils s'assuraient, jusque sur ce dernier terrain, une dernière victoire; et l'on comprendra la résistance passionnée qu'ils firent durant des siècles, car à ce mode triomphal de disparition dans les magnificences de la flamme, dont l'antiquité leur avait transmis l'usage. l'Église, dans son attente île la trompette miraculeuse, ne savait opposer que la froide et désolée religion des cimetières. 1
1. V. Éclairctsiemenli : n» VIII ; Sun OUBUUES «m» dr la pawmà-
IUTÉ AVEC. LA HOBT.