CHAPITRE III
DE L'IDÉE DU CIEL
Aussi bien que l'homme affirme , par une propriété fondamentale de sa nature, la certitude des principes première qu'il découvre dans son entendement, aussi bien qu'il affirme la réalité du monde qu'il aperçoit autour de lui dans l'espace, aussi bien affirme-t-il In vérité de l'avenir qu'il se pressent dans l'inlinidu temps. Et cette Ibrrcd'affirmation n'existerait pas dans sa nature, qu'il ne serait pas moins porté à la croyance de l'immortalité par le seul effet de son désir instinctif de vivre ; car, ayant inliniment plus de facilité à concevoir la continuation que la civsrilinn de srm être . il laisse volnul iois courir sa croyance où son intelligence a le moins de peine et tout à la fois son espérance le plus de contentement. Aussi, se trompent-ils bien ceux qui, séduits par les artilices de la logique, s'imaginent que l'homme a besoin de démonstration formelle pour diriger sa foi. L'immortalité est dans sa destinée, et, eu adhérant au sentiment qu'il eu a, aussi complclenienl qu'à celui même de sa vie présente, il ne l'ait que donner son assentiment a la révélation tolalc de son être, telle qu'elle s'opère en !ui. Il n'y a donc pas U regretter d'avoir perdu, parmi les autres monuments de leur
01 ESI'RIT DK LA CAULB.
Iliéologie. les arguments dont pouvaient se servir les druides pour pénélrer 1rs limes, aussi prnfondrmenl qu'ils !c faisaient , de l'idée de In perpétuité de la vie. Il est à croire, autant que l'or en peut juger d'après les bardes, qu'ils si' brimaient à la déclarer, cl, à leur voix , les âmes se reconnaissaient et s'élançaient.
Mais fallait-il que l'àme circulât rteniellenirnl de vicissitudes
de résiinvelinns élail-olle sans lin ï Après tanl d'épreuves et de mouvements, la tranquillité ne devait elle jamais venir? C'est ici qu'il sérail iiilrressaul d'enlrerdans les profondeurs du dogme druidique, el d'y voir, nu juste, sa solution des problèmes de la béalilude. Mais le planisme ne s'en esl point soucié : le moyen âge |'a repoussé, el nous n'avons plus moyen de nous en insi ru ire qu'à l'aide de quelques dmniées des traditions galloises. Mlles ne sonl point assez développées pour donner N'ili-liictinu aux légitimes curiosités de notre esprit ; niais elles le sont assez cependant pour nous permettra de reprendre, d'une manière générale, lu (mec de l'esprit de nos pères.
La totalité des vivants se divisait, pour eux, en trois cercles. Le premier de ces cercles, cercle de l'immensité, r.euijiint. correspondant aux altriluils incommunicables, inlinis, n'appartenail qu'à Pieu: celait proprement l'absolu, et nul, sauf l'être iueflablc, n'y avait droit. Le second cercle, cercle de la béatitude, ijtcyn-ftjd 1 , réunissait les êtres parvenus aux degrés supérieurs de l'existence : c'était ie ciel. Le troisième, cercle dcsvovages. iibivil . comprenait tout le noviciat : c'est là, au fond des abîmes, dans les grands océans, connue dit Taliesln , que eoiuinrtirail le preiuiiT soupir de Illumine, Le 1ml propose à su persévéï-anrc cl à son courage était d'atteindre à ce que 1rs Triade;- banliqurs appellent le pnint de liberté, vraisemblablement le puint où, s étant convenablement fort Nié contre les assauts des passions inférieures, il n'était plus exposé à êlre troublé, malgré lui, dans ,>» aspirai ions célestes; et, arrivé à ce point si digue de l'ambition de toule âme jalouse de. se posséder
). «iryn. blanc, beau, britlairl; euconiposiliun f-jd, monde.
DE L'IDÉE DU CIKL, 93 elle-im'ime, il quittniL enfin le cercle d'Abrcd pour celui Je Gwynlyd : l'heure de la récompense était enfin venue
On voit, par un récit de Démélrins. qui nous a été. conservé par Plularque, que le* druides croyaient ces âmes délite, déjà prêtes à gagner le ciel , tellement liées à notre cercle par la puissance même de leurs influences, qu'elles ne pouvaient en sortir sans en rompre en quelque sorlc l'équilibre, même dans l'ordre physique. Cet écrivain rapparie que, se trouvant, à la suite de l'empereur Claude, dans une îles Iles de In Grande- Bretagne, il y éclata lotit à coup un ouragan terrible, et que les prêtres, seuls habitants de ces iles sacrées, expliquèrent aussitôt le phénomène, en assurant qu'un vide venait de se. produire sur la terre, par le départ de quelque aine considérable: «Les grands hommes, tant qu'ils vivent, disaient-ils, sont comme des flambeaux dont la lumière est toute bienfaisante et ne cause jamais de mal à personne; mais, quand ils viennent à s'éteindre, leur mort excite d'ordinaire , ainsi que vous le voyez, des venls, des orages et des doubles dans l'air, a Cette, superstition n'était pas dépourvue d'une certaine majesté, et remet dans l'esprit la légende suivant laquelle le monde serait entré dans les ténèbres au dernier soupir du Christ. C'est une image populaire «le ce que pèsent dans la balance de l'univers les grandes âmes.
Peut-être est-il permis de relever, avec une considération spéeinlc, dans ce remarquable récit , le mut de flambeau. Peutêtre, en effet, nous met-il sur la voie de l'idée que devaient se l'aire les druides de la condition des à mes dans le monde céleste. Peut-être, après avoir supposé que le cercle d'Abrcd était principalement consacré an développement de la morale, supposaient-ils que le ivre.h'. supérieur l'était à celui de l'esprit. Le culte de l'esprit était, dés celle vie, autant qu'on en peut juger d'après l'autorilé des Triades, aussi bien que celui de la Ibrce morale, une des prescriptions de la religion; mais c'était surtout dans les demeures d'en haut qu'un tel culte devait rencontrer les conditions nécessaires à la plénitude, de sun règne.
1. V. Édaiiximmtnls .* n» IX", Scn i.Ks ki:j..its db r.* no^Tiu.it: ui> MIGRATION*.
9i ESPR11 DE LA GAULE,
• Les (rois choses (|ui retiennent l'homme après sa mort duo le cercle d' Aurai, ■ dit en effet une îles Triades, sont: t la négligence ii s'instruire, le peu d'amour du lui -n . rallai'homcil au mal. « Si le désir de s'instruire menait au ciel, il était bien conséquent de s'imaginer qu'il s'y conlimiail. Quoi de p1u> naturel que de joindre ù l'idée du ciel l'idée de lu lumière. ■ l liée par une si séduisante ailinité ù celle de l'intelligence! Ces iliïins ll;milicau\ donl parlaient les pré 1res de Hrclagne. après u\oir fuit la délectation de ia terre, ne s'éteignaient sans doute pas, en se transportant dons un monde meilleur : iis y resplendissaient toujours et plus vivement.
D'ailleurs, sans s'arrêter plus longtemps à une parole, et , en prenant direciement les choses par le limd, il est manifeste que,
pour une théologie ijui ne sait pas luire reg ■ dans le ciel h
charité, il n'y a d'autre ressource ipie d'y faire régner l'intelligence, cl c'est donc à ce parti que (levaient s'être fixés les philosophes de la Caule. .Mais l'intelligence elle-même appelle nécessairement à son aide la charité, car le souverain bonheur n'est pas de savoir, mais de communiquer le savoir, et non par orgueil, dans le sentiment de la supériorité sur les autres, mais par amour, dans le sentiment d'élever, au contraire, les autres jusqu'à soi. C'est par ce divin exercice que se développe, dans les hautes carrières de l'immortalité, l'activité de lame, et c'est la charité seule qui l'y escite et l'y enchaîne. Le druidisme est donc ainsi entraîné hors de lui-même par une force logique. Contempler Dieu, c'est-à-dire In vérité, la bonté, la beauté soos leurs formes idéales et leurs harmonies, et convertir incessamment en œuvres passionnées les résultats de celle contemplation sublime, telle i'sl , m abrégé, la vît' céleste trlle que nous somme.-, aiiu'iiés aujourd'hui il lu comprendre : c'est seulement par elle que le cœur, l'intelligence cl le caractère trouvent , ù la Ibis, toutes leurs satisfactions légitimes, et que s accomplit, dans su diversité sans bornes et son progrès éternel , lu béatitude.
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ne 1.11:1: céleste
Il peut paraître, au premier abord , que ne soit porteries choses à l'excès que d'attribuer- aux druides In ron naissance, non pas sans ilnutedu vrai système du monde, mais de l'idée Hi''iii''i'a!i' qui y conduit. Cependant, considérée de plus près, eelte opinion ne laisse pas de prendre une sorte <le consistance. Si c'est bien aux druides que Pythagore avait emprunté !e fond de sa théologie., comment no serait-ce point a eux qu'il aurait emprunté aussi celui de son astronomie? Pourquoi , s'il n'y a pas {le diflieulté à ce que le principe de la subordination de la terre ail pu sortir des méditations d'un esprit isolé, en trouver;] il -un à ce qu'il eût pris jour au sein d'une corporation de théologiens imbus des mêmes croyances que le philosophe sur la circulai m m delà vie, et appliqués, avec une assiduité véculoirc, à l'étude des phénomènes célestes 11 Celte idée semble, en effet, rencontrer dans la'Gaule sa patrie légitime : elle y forme l'accompagnement logique de l'immortalité. I.a Gaule, dans In vivacité de son sentiment de la vie, n'ayant pu s'accommoder, comme les Grecs, des fabuleuses perspectives du royaume des ombres, était entraînée, par là même, iï imaginer dans l'espace d'autres mondes du même genre que le notre et en pleine lumière comme lui: et dès lors notre terre, ne s' offrant plus comme seule de son espèce dans l'univers, les planètes qui l'entourent devenaient naturellement ses analogues. De là, par conséquent, sur les instances de la llifodicée, l'upparilion de la théorie à la fois si féconde et si simple qui a mis l'homme en mesure de pénétrer peu à peu jusque dans les dernières profondeurs du ciel , et qui. transportée par Pythagore chez les Grecs, n'y reçut jamais accueil, parce qu'elle respirait un génie tout différent du génie hellénique.
Cet nj>cr*;ii . i 1 1 > 1 > '■ j u"- m 1 r i ti n 1 1 1 1 1 de. sa valeurinlrinsèque, n'est pas sans trouver dans 1rs I r-riKii^tinf-cs quelque appui. Un détail
de la Grande-Bretagne, s'y adapte d'une manière IVnpp; Cet
historien rapporte que la lune, vue de celle île, parait beaucoup plus grande que de partout ailleurs, et que l'on va même jusqu'à distinguer à sa surrace, des montagnes comme sur la terre. Conimenl les druides avaient-ils réussi à faire une observation de ec genre? l'eu importe; qu'ils aient réellement vu les montagnes lunaires, ou qu'ils les aient seulement imaginées, (ont ce qui compte iei, c'est qu'ils se soient persuadés que cet astre |K>r(ait, comme la lerre, des montagnes; dune il Inii'lail analogue, et parla tout le resle s'eneliaine. Plularque, dans son Traité âe
foiW. ii. ii*. il iiuwi, Mir In .;. ii ( !il>jh>.n pl.yj-pir .l. l.i Luit,
des indications provenant de la même source , c'est-à-dire des îles si I nées à l'occident de la Coule, cl empreintes du même sentiment de la vérité. Conformément à une idée qui s'est longtemps maintenue dans la science, à la surface rie la lune se seraient étendues plusieurs .MédileiTiNiées. que Je philo-nphe grec compare à la Caspienne et à la mer llougc. On y avait également observe d'immenses abîmes, dont deux principaux, que l'on supposait en communication avec l'hémisphère opposé à la terre. Enlin, l'on se faisait, des dimensions de celle contrée flottante, des idées touf à l'ail ri i lièrent es de celles qui avaient cours chez les Grecs. « Sa grandeur cl sa largeur, dit le vovagour mis en scène par l'écrivain, ne sont point telles
C'est par le même auteur, d'accord à cet égard avec, liais les bardes, que nous savons aussi, d'une manière tonnelle, que celte lerre céleste était considérée, par les théologiens île rOiTident, comme la résidence des âmes heureuses. C'est là le principe fécond qui le- distingue. On a bien vu, hors rie la Gaule, que les astres devaient être lialiilés, mais c'esl en Gaule seulement que l'on s'est avisé de faire des astres le siège de la résurrection. Pour la Gaule, le parariis, au lieu de se réduire à une conception mystique, formai! une réalité sensible, offerte continuellement en spectacle aux jeux des hommes. Sur ce
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thème fécond et naturellement indéfini , les imaginations avaient sons (imite du se répondre dons fmis les sens et avec toute lilierté ; et aussi parait-il sage, pour se l'aire idée de la croyance de lo Gaule, de ne s'arrêter qu'à l'esprit général des* descriptions consignées dons le philosophe grec et dons les bardes. Selon celle de Plularque , foules les aines avaient élé assujetties à passer d'abord un certain temps dans la région intermédiaire entre les deux astres, comme dons un purgatoire, soit pour y expier leurs tantes dans les tourments, soit pour s'y purilier, un préalable, des pollutions de la terre. Plus voisines du monde supérieur, elles y étaient dès lors natu-
i |<i< I. m |>r< | irnii i. . i
à sou tenue; mais, dans l'agitation du tourbillon, beaucoup arrivaient au contact de l'astre, que l'astre ne recevait point encore. • La lune en repousse un grand nombre et les rejette, par ses fluctuai ions, au moment où ils la touchent déjà; mais ceux qui ont meilleur succès, et qui prennent place d'une manière définitive, se présentent d'abord, comme le l'ont les vainqueurs dans les combats solennels, couronnés avec dos ailes qui se nomment Fixités, parce qu'ils ont su fixer et soumettre à la raison les forces de l'àme livrée aux passions et aux mouvements incertains. Leur regard devient semblable à des rayons de lumière, et leur âme est comme la Homme, cor s'éfevant dans l'élher de la lune, comme le feu s'élève de lui-même sur celle ferre, ils en reçoivent force et solidilé û>- !u iiiéiui' manière que le ièr ardent quand un le plonge dans l'eau. >
Cependant la lune, à s'en rapporter à ce document, n'aurait été qu'un paradis intermédiaire. Les aines auraient continué à s'y épurer, et, parvenues au degré convenable de spiritualité, elles en seraient sorties par une seconde mort pour s'enlever , cette fois, vers le soleil. C'est dono à l'astre radieux qu'auraient tendu finalement tous les êtres. Comme de lui tout procède, à lui aussi tout serait retourné; et cet astre sublime, qui nous verse à tous la vie et la lumière, serait ainsi devenu, pour la théologie aussi bien que pour l'aslronuuiie, le centre naturel île l'univers.
.Mais, quelle 1 1 l pu être l'autorité de cette croyance, où l'influence du type ternaire se lait si clairement sentir, il ne luirait pas douteux que lu prédilection fie se l'ill attachée de préférence au paradis lunaire. Non- seulement il avait l'avantage d'être le paradis prochain, mais plus on apercevait d'analogie entre la lune et la terre, plus les imaginations devaient s'y sentir à l'aise , taudis que dans le soleil la nature se montre véritablement inabordable; et la poésie, d'accord à ci-l égard avec nos instincts les plus naiïs, pivlcrera toujours l'idée de l'Edeu à celle de l'empyrée. C'est à quoi s'accordent exactement toutes les peintures du lieu céleste que nous ont laissées les bardes. C'est toujours, au Ibud, de la nature terrestre qu'ils s'inspirent, sauf à la translbriorr par leurs féeries. L'âme n 'arrivait, selon eus, à la perfection du bonheur qu'enveloppée dans la nature, dont les merveilles croissantes ne cessaient d'offrir à son atluiii'alion des aliments de plus en plus énergiques. IJuel charme devait donner au ciel de lu nuit une telle croyance! La lune était le lieu, et par là même le gage visible de l'immortalité. Aussi jouissait— «Ile de toutes les faveurs de la religion; on réglait l'ordre de toutes les fêles d'après le sien, ou recherchait sa présence dans les cérémonies, on invoquait, on aspirait ses [■ayons; la puissance céleste qui était censée y régner était d'avance l'objet de tous les empressements; et ce n'est pas sans raison que les druides avaient le croissant à la main ( , à peu près comme dans la symbolique chrétienne les vicaires du Christ ont les clefs : la lune était, aux jeux du peuple, l'image par excellence de leur empire.
Il appartenait à un système du monde ainsi dessiné d'être considéré comme sans lin. Il n'y avait pas de raison, en effet, j>our que le cercle des voyages arrivât jamais à se vider, puisqu'en même temps qu'il s'en échappait continuellement des ames par en haut, il ne cessait d'y en affluer de nouvelles par en bas. Ce n'était point ce cercle falal des païens ,
i. Lue des médailles celtiques du Britiili Muséum représenle une
li^uru Je iduiue tenant au croissant. -
DE L'IDÉE DU CIEL. 99 foulé [km* uni', pi'nce ssion ndlexiblo. fO| >nss;i !i t éternellement sur les mêmes traees ; c'était plutôt un océan tourné vers le ciel cl y Faisanl continuellement mentor ses effluves à travers les agitations île l'atmosphère. Ce carnet ère de perpétuité, attribué par les druides ù. l'univers, n'avait pas échappe aux anciens. Ils avaient même compris qu'il allait de pair avec, l'idée de l'immortalité. « Les druides enseignent, dit laconii|uemeu! Strahoo, que l'âme est exempte de mort aussi bien que le monde. »
Mais, pour ëlre sans tin , l'ordre du monde n'était pourtant pas tenu pour être sans changement. Suivant une croyance dont il serait didicile de trouver les motifs ailleurs que dans l'autorité
laquelle les poésies bardiques font l']vi|uernmcnl allusion,' a laissé trace également die/ les anciens. <■ Scion les druides, dit Slrubon, l'eau et le l'eu doivent, à cerluines époques, l'emporter chacun à leur tour. » Un [)eut conjecturer que celte idée, qu'aucun argument théolugique ne produit , devait se rapporter à certains accidents îles premiers temps dont on avait gardé mémoire, commeoïi le voit pour le déluge, tout en ampliliant d'âge en âge leur vraie grandeur. Lue des Triades galloises consacre le souvenir de trois événements de te genre qui paraissent bien appartenir au séjour dos tribus dans la liaule Asie : le premier est le déluge occasionné par la débâcle du grand lac des eaux; le second, une rupture de la terre jusque dans les régions infé-
n. ù-'--;lii|-;ijili-ir 'I ipiiti-u . I-- I ifi- un l.nilaril
qui avait desséché tontes choses ; et, dans ces trois révolutions, les hommes, u l'exception d'un petit nombre, avaient tous péri. .Mais, quelle que fût leur puissance, ces coups terribles n'étaient sans doute pas regardés comme allant jusqu'à ébranler l'état du ciel : leur nature même indiquait snllisainmenl leur caractère terrestre, et ils ne constituaient dans l'imagination des peuples que des dérangements passagers de l'équilibre, après lesquels notre cercle reprenait, comme auparavant, sa population et ses allures. Peut-èlre est-il permis de supposer que la théologie, sans avoir iàil naître celte théorie, avait su s'en
accommoder cl en lircr parti, tant pour renforcer le contraste entre le ciel et In terre que pour montrer combien la grandeur inhérente à l'individu est au-dessus de toutes les grandeurs du monde : tout ce qui dépend du monde périt, les institutions, les monuments, les empires, mais, au milieu de tous ces objets précaires, il se trouve un être qui n'est de ee monde que passagèrement, et qui, supérieur pur son immortalité aux réalités périssables au sein desquelles il s'est développé, s'élève jusque dans le eiel avec une sublimité dont la terre, malgré son l'aste, n 'approche point.
L'astronomie et la théologie étant liées dans l'esprit des druides par de si intimes connexions , on comprend sans peine que les deux études aient été menées de front dans leurs collèges. A certains égards, on peut dire que les druides n'étaient (pie des astronomes, cette qualité n'avait pas moins frappé les anciens chez eux que chez les Cliaidéens. L'observation des astres élail une de leurs fondions ultèiolles. César nous apprend, salis entrer dans plus de développements, qu'ils enseignaient beaucoup de choses touchant la forme et la dimension de la terre, la grandeur et les dispositions des diverses parties du eiel, le mouvement des astres ; il y a là tous les problèmes essentiels de la géométrie céleste, et c'était déjà beaucoup que de les avoir posés, Le sentiment qui portail les druides à agrandir indélloiment l'idée de la vie et à la projeter dans tout l'univers, n'avait pu manquer d'exercer son influence sur leur astronomie, et en particulier sur leur théorie du mouvement. Quand on compare leur tradition, telle qu'elle respire encore dans les bardes, avec celles îles Pères de l'Église, ou sent d'un coté le souille de la
chant du inonde, je demanderai aux bardes, et pourquoi les bardes ne me répondraient-ils lias 1 ? Je leur demanderai ee qui soulicnl ic monde, pour que, privé de support, le monde ne lombe pas; et, s'il tombe, quel est le chemin qu'il suit 0 Mais qui pourrait servir de support ? Grand voyageur est le monde ! taudis qu'il glisse sans repos, il demeure tranquille dans sa
PE L'IDEE nu CIEL.
voie; et combien In forme de cette voie est odniirnbk, pour que le monde n'en sorte dnns mienne direction 1 1 »
Qui ne sent frémir dnns ces paroles le même courant d'oii était sorti l'ylliagui'e. et (pli, se ranbiinnl à In llriinissaneo, devait produire Copernii', Galilée. Kepler el tons les explorateurs
de supposer nue la Gaule se lui jamais élevée comme nous jusqu'à reconnaître l'égalité des étoiles et du soleil; mais, en admettant même qu'elle n'ait aperçu des terres (pie parmi les astres mobiles, de quels élres sou imagination les avait-elle peuplés ! IJue de rêveries, de conversations, d'élans impétueux
du génie avait dil avoir ee thème inépuisable | r objet!
Hommes sacrées, qui enleviez nos pères au sein (tes contrées mystérieuses qu'ils voyaient lloller dans l'espace , el qu'a sitôt abattues la main fatale de Itome, noire race, en reprenant possession d'elle-même ne vous verni- 1 -elle point reparaître, et nos poêles ne saurout-ils pas retrouver, à vos rayons, la puissance de nous l'aire voyager encore au delà des horizons de cède terre, qui, à mesure qu'ils se delinissenl. deviennent si pauvres cl si bornés t Espérons-le : bien que les trésors de celle antique poésie aient disparu dans le silence des voix qui les chantaient, il nous reste, pour ranimer les déserts du ciel, avec les secrètes impulsions du sang de nos aïeux, le souvenir de leur foi dnns l infinilé de In vie.