DES PERSONNAGES CÉLESTES
Le druidisme, tel qu'il vient de se laisser entrevoir, n'est pas un produit des premiers âges. 11 est plus empreint de
t. Peu importe i|ue ce chanl suil ivellcuieiil de Talicsin nu nu'il soil d'un barde moins ancien : il est, eu lout cas, antérieur à la Hcimissiini-c el cela suint.
iTllo.mii que ■ ] ispi i ;i t ii >n el porto à In glorification de l'homme plus qu'à celle de la nature : ce ne sont point là lies caractères primitifs. Hais. a côté de l;i religion dogmatique, s'aperçoivent des traces d'une reliai»] i beaucoup plus naïve, cl c'est dans celle-ci qu'il laut reconnaître la souche tandis que l'autre li'esl vraisemblablement que la greffe. Pii l'idée de Dieu, ni celle de l'immortalité ne lui sent étrangères; mais, riiimm: dans le polythéisme grec, ce sont les personnages mythologiques qui y jouent le. grand rrtlo. Aussi ee vieux fonds appartient-il bien moins il In théologie qu'à la poésie, el si, en délinitive, la théologie, en vue de s'appuyer par lui sur les siècles, n'a point refusé de s'en accommoder, du moins est-il manifeste qu'elle
L'histoire du druidisme est semblable, à ecl égard, à colle détentes les religions savantes de l'antiquité. Comme il n'est pas dans l'intérêt des religions de se dépouiller jamais du prestige que l'autorité de la tradition leur communique, et que, par conséquent, plus elles sont réllécliies, plus elles visent a se lier avec les croyances au milieu desquelles elles viennent faire apparition, il s'ensuil qu'elles retiennent constamment, dans leur ensemble, quelques marques de leur généalogie. C'est ainsi que le brahmanisme, et à sa suite le bouddhisme, reçoivent sans dilTiculié les anciennes déliés de l'âge védique; c'est ainsi encore que le eh ri si ia ni sine lui-même se saisit de lous les personnages célestes dont le judaïsme s'élait successivement, enrichi. A coté des saints, lils réguliers -du dogme, rayonnent de tous côtés du haut des siècles les anges . lils arbitraires de la superstition cl de la poésie. Mais, de même que, dans une famille, à mesure que naissent cl grandissent les enfants légitimes, se subordonnent el s'elïaecnl les entants d'adopliou. de même, dans l'nrdre de la foi, les types qui n'ont en leur faveur que la garantie de la tradition tendent naturellement à s'éclipser peu à peu derrière ceux que recommande la toute-puissance des principes ; el c'est ce dont le bouddhisme, comme le christianisme, nous ollrent des exemples sensibles dans l'histoire de leur hiérarchie céleste. Mais il en est ici tout
HE L'IDÉE DU CIEL
autrement fin druidisme, el c'est un des traits les plus frappants fin génie archaïque qui le distingue. Jusqu'aux dernières heures de sa décadence, ou voit les déités du premier âge conserver dans ses cadres leur rang et leurs honneurs, et, tout en llottîml à l'aventure dans le dogme, demeurer inébranlables dans le culte.
Ces personnages, que la mythologie appelait communément les dieux et qui, parcelle confusion nominale, on! donné lien à tant de malentendus, sont, en réalité, les analogues fies anges du mazdéisme, et par conséquent du judaïsme cl du christianisme. César, avec son indifférence hnhituelle en matière de religion, se borne à nous apprendre que les Gaulois s'en faisaient à peu près les mêmes idées que les antres nations: mais, sons cet à peu près se cache toule la différence qui sépare le génie propre de la Gaule de celui de l'antiquité, classique. C'est un privilège de ces sortes de créations de refléter, avec une aptitude spéciale, l'intimité des peuples auxquels elles appartiennent, car. n'étant déterminées ni par la raison ni par l'histoire, elles forment une expression îles sentiments généraux d'autant plus vraie qu'elle esl plus libre. Si elles exercent sur la dévotion un si puissant empire, ce n'est pas seulement parce que la majesté du passé les impose . mais parce qu'elles ne cessent pas d'offrir aux imaginations une représentation sincère du présent, el In foi ne les fait vivre qu'autant que chacun se sent vivre en elles.
Aussi l'étude île la mythologie celtique, si les monuments ne nous faisaient presque complètement défaut, serait-elle une des pins propres à nous faire pénétrer dans la connaissance prolimde fin génie de nos ancêtres. Mais nous en sommes réduits, sur ce sujet si important, à commenter quelques paroles tombées de la plume de César : « De tous les dieux, dit-il, c'est Mercure qui recuit le plus d'honneurs. Les Gaulois lui ont consacré une multitude de monuments. Ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, lis croient qu'il est le guide des chemins et des voyages, et ils lui attribuent de grandes vertus pour les affaires d'argent el le commerce. Après lui viennent Apollon, Mors, Jupiter et Minerve. » C'est déjà un caractère
■ vriM.J< njl.l. -lus- I ■■nJr< osn/i» Onu» h «lrui«1i?nn n. cdn-r*-* iléités. Ce u'esl pas a Jupiter , comme chez les Grecs cl chez les Romains, qu'apparlicnl la préséance : c'est à Mercure. Le dieu ijiii trènail au Capilnle ne prend même place ici qu'après le. dieu de la lumière et le dieu du courage guerrier. Ainsi, le plus énergique représentant des Ibrecs île la nature, le dieu qui tient dans ses mains la tondre cl la lempéte, se subordonnait , dans la pensée des Gaulois, à ceux qui avaient le privilège de symboliser ;'i leurs yeux les Ibrces spiriluelles. De là, peut-être et par réeiproeilé, la hardiesse de ces peuples devant les phénomènes du monde physique. Leur insolence, à cet égard, n'avait pas moins émerveillé, les Grecs que colle des Perses. Aristote, dans son Traits rfc* Mtrurx, niws dil que ni les orages ni les tremblements de terre ne leur imposaient; c'esl-à-dire que,
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lement d'une puissance supérieure à celle de luus ces météores
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le mémo philosophe nous 1rs mnntrc brandissant le 1er et mnrcliant lièi'oment au devant dos Ilots qui osaient leur barrer le passage. Iles! évident qu'on ne peut voir là qu'une expression ^yinbnlioiir di' u ts sndinienls. comme ilnns l'aclion de Xerxès s arrogeant, le droit de punir la mer. Il leur sullisait, pour nu point Imnblor devant les suulèvemcats de la matière, de se rappeler que, dans sa hiérarchie , le souverain Ordonnateur des choses avail placé les puissances de cet ordre au dessous des puissances de l'ordre moral. En même Innps qu'elle consacrai! ainsi la supéiïiuïlé de l'esprit, la hiérarchie de la Gaule n'admettait pas non plus, connue celle île la Grèce et de l'Italie, ce confus mélange de bien cl de mal où se faisait plus sentir le relie! de l'humanité que celui de Dieu. Dans ce ciel sévère, pareil à celui d'Odin et île Mazda, point, de dieux adultères, point de Cupidou, point de Vénus impudique, point de Mercure inlàme. On n'y connaissait que l'intelligence , la justice , la magnanimité, la chasteté. Les vérins impliquées dans le caractère des personnages mythiques supposés par la religion tendaient naturel le ment à se communiquer à leurs adorateurs, et le polythéisme devenait ainsi le serviteur de la morale : au~des-
DE L'IDÉE nu CIEL. m v'i^'Ju in -Hi' iniii , 1 1 ' ..Ii IH'jïiiI un. -.fl. 'I ii>(< mu ■Im.r. .
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s'était donné pour tarin- de restaurer. « Les nôtres, dit-il, croient que l'Ordonnateur suprême île l'univers est le Roi et le l'ère de Ions, et que les peuples ont été partagés pur lui entre les déités directrices des tintions et protectrices des villes. Tandis que, dons le Père, tout est parlait et que toutes choses n'y t'ont qu'un, parmi les déités, les unes se distinguent par une puissance et les autres par une puissance différente. Mars gouverne la guerre: Minerve la gouverne également, mais avec plus de prudence; Mercure s'occupe des choses qui demandent plus d'iiileiligcni-e que d'amlncr. Les mitions suivent le caractère (1e' In déilé. qui les dirige. Autrement , (pie l'on me dise pourquoi les
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les Humains et les Grées sont amis de la politique et de la civilisation, en même temps que constants et. portés à la guerre; les Égyptiens, sagaecs et adroits? t Voilà, eu deux mots, l'idée qu'il semble permis de se l'aire du polythéisme celtique, et il n'est pas invraisemblable que Julien, qui avait si longtemps vécu dans la Gaule, s'y fût élevé en effet, tout aussi bien (pie dans les écoles d'Athènes, au sentiment de la mythologie primordiale. Il avait même l'avantage d'y toucher à ses sources plus directement que dans la Grèce, car les théories thénsnphiques qui, à la suite de Pylhagorc et de Platon, avaient rendu au monde païen des croyances du même genre, n'étaient, an tond, que des émanations lointaines de ce morne lover, rajeunies seulement pur l'élude de l'homme et des idées.
On ne peut douter que la puissance dont César traduit le nom par Mercure ne lut celle qui portait, en Gaule, celui de Teulalès, dérivé soit de Tut-lut, père de tous, soit plus simplement du radical Teu, puissant ; Tacite constate In synonymie d'une manière formelle, et Tite-Live, parlant de certains tumulus (ncerri, moneeaiix de pierres), dit qu'on les appelait Mercure-Tenlnlès. Le rapport de Tcutatèsavcc Toi h. l'Hermès égyptien, est aussi une
KSPR1T î»r. LA GAULE,
cii'('fii!sl;iin , i' li-nppanle. l'ùilin , l'on siiil par Lnclanco, qui cite Tentâtes .i coié d'Bsus, qu'on offrait des victimes humaines sur scsniitels comme sur ren\ ri'Csus iui— i7i''-mo, ce <[iii montre, conliinnémciil à l'assertion de César, sn supériorité. Il y ni irait à s'étonner qu'un clergé aussi sévère que celui de In (iaule eut accordé de tels honneurs a une déité, qui, sous les formes dont le pn^nuisme dégénéré l'avait revêtue, en méritait si peu, s'il ne fallait reconnaître, avant tout, dans sa personne, le Mercure demeuré si s'raml dans les mystères il'Cleusis, et toujours investi, dans la superstition populaire, de la fonction de conduire les fîmes aux enfers.
C'était effectivement eefledéilé piiissnnle qui présidait, pour nus pères, an gouvernement lie l'immortalité. C'est elle qui avait la haute main sur la circulation des hommes, non-seulement à la siirlàee de la terre, mais dans tous les cercles de, l'univers: véritable guide, selon l'expression de César, des voies et. des voyages. On peut même se persuader que, si l'on élevait avec t;:nt de soin sur toutes les routes les emblèmes qui rappelaient sa présence, c'était en vue île raviver, à chaque rencontre, dans l'espril des passants, le souvenir du chef mystérieux qui disposait des lions et ries mauvais chemins peur l'autre vie comme pour celle-ci. Il faut observer aussi que, si la rhnrge de conduire les ames dans leurs nouvelles demeures lui était dévolue, il fallui' bien que, par réciprocité, celle d'amener sur la terre les fîmes qui venaient y reprendre vie. lui appartint également. On le voit en effet, sur un ries lins-reliefs trouvés ;i Cancres, adjoint à la Lueine celtique : c'est la puissance qui détermine l'incarnation, réunie à celle qui détermine l'enfantement. Considéré cnmine l'aube de la naissance et. de la mort, comment, sur ce seul caractère, Teutnlès ne se serait-il pas élevé au premier rang, chez des peuples aussi passionnés pour l'immortalité?
Il n'est pas sans vraisemblance que ee soit à ce même personnage qu'il faille rapporter deux attributions considérables, dont l'une est placée par César, sous le nom de lits, et l'autre,
rwr I n. <.<i; • fini (J i'/'iini I - premier nV ces iVmnins.
traitant de l'origine des Gaulois, dit que ce peuple se regardait comme issu d'un dieu qu' ; l nomme Dis, et ce qu'il ajoute sur le
IIR L'IDÉE 1>U CIEL. 107 règne ténébreux de cette divinité ne laisse pas de doute, que, dnns son esprit, il no so soil ayi du l'Iulon des Latins, désigné aussi quelquefois sous ce même vocable. Mais l'assimilation eslelle exacte? Comment les Gaulois auraient-ils [»i choisir ]iour père un tel dieu, eux qui niaient si éncrgiquemonl le royaume des ombres? Enlin, si Pluton avait réellement joui, dans leur opinion, d'un caractère aussi éminent, comment César ne l'an— rail-il point remontré ihms le groupe des déilés principales? Si la qualité do père convonail à quelqu'un des anges de la hiérarchie druidique, il semble que ce ne pouvait être qu'à Teutatès, le sublime ordonnateur des aines, et e'esl même ce qui donne quelque force à l'clvinolngie une nous rivons indiquée. Il suffirait donc, pour expliquer l;i méprise, de concevoir que César eûl entendu que la puissance à laquelle les Gaulois référaient leur origine était celle-là mémo qui avait autorité sur les morts, et que, là-dessus, il se l'iil porté à la,ronfnudre avec le souverain îles enfers. On sail , d'ailleurs, que les païens, dont la mylhologie élail loin de posséder la précision que l'archéologie classique lui a donnée, enlraieiil jusqu'à un certain point dans la même contusion, et la Laquelle caractéristique de Mercure Clilbonius. le caducée , se voit quelque-lois sur les monuments, en guise de soeptre, dons In main du sombre époux de Proserpinc. Les Thraces, si voisins, à tant d'égards, des Gaulois, et qui donnaient, comme eux, à Meie.ure la préséance, se pcrsuadnirul aussi, au dire des anciens, qu'il était l'auteur, non pas à la vérité de toute leur race, mais de relie de leurs rois. Enfin l'ylhagore, aux légendes duquel il semble toujours permis de revenir comme à une expression lointaine du druidisme, assurait également qu'il était fils de Mercure, et il ajoutait que c'était à sa laveur qu'il élail redevable d'avoir pu reprendre la mémoire de ses existences antérieures. Quoi qu'il en soit, il suffit que. d'après César, nous puissions répéter avec l'école pythagoricienne, comme un aphorisme certaine me ni conforme :'i la pensée druidique, ce rem doré si célèbre: » Divine est la' race des hommes. >
Il y n aussi beaucoup d'apparence à ce que la ligure mythique qui joue dans les poésies galloises un rôle si important, sous les
noms de Gwyon et Gwydilon, soil encore la même que celle-ci. Suivant les Triades, c'était Gvvyddon qui avait, le premier, enseigné aux hommes l'art divin de la poésie , et dressé les rameuses entonnes sur lesquelles se trouvai! inscril le sommaire de Imis les arts et de toutes les sciences; ce qui reproduit les deux trails les plus généralement attribués par l'antiquité à Mercure en sa qualité de Dieu de l'esprit. Peut-être même une. élude plus approfondie des monuments nous montrerait-elle celle haute déité sous la même appellation de Gwyddo» jusque dans les arcanes les plus délicats et les plus sublimes de la liturgie druidique. Mais c'est assez que l'on paisse la considérer, avec certitude, comme la puissance qui présidait, au domaine de
des poésies galloises, mais de celui de César : en disant qu'on lui attribuait ['inspiration de tous les arts, il y comprend nécessairement l'art de la parole qui, dans la Gaule, dominait tous les autres. Aussi, me semble-t-il naturel d'apercevoir encore cette puissance dans la divinité celtique que Lucien nous décrit sous le nom d'Ogmius. Le dieu avait été ligure sous les apparences de la vieillesse, comme pour marquer qu'à défaut des forces du corps, il possédait celles de la tradition et de l'expérience: revêtu de la peau de lion et armé de la massue, ce n'était pourtant point par la méthode d'Hercule qu'il s'altachait Tes captifs : liés à des chaînes d'or et d'ambre qui partaient de sa bouche, ils le suivaient avec empressement, comme ces bêtes farouches qu'avait autrefois asservies la lyre d'Orphée et de Linux. A la vérilé, Lucien assure que celte ligure représentait un Hercule; mais peut-être ne l'a-l-tl dit que [mur marquer que c'était là, aux yeux des Gaulois, le véritable emblème de la Ibrce. D'ailleurs, les attributs essentiels de la ligure qui sont, HDD pas les armes, mais les Hmînes. élaient quelquefois considérés chez les Grecs eux-mêmes comme un des symboles de Mercure en sa qualité de dieu de l'éloquence. Enfin le nom même d'Ogmius rappelle d'une manière évidente celui d'Ogham, qui désigne encore chez les Irlandais et désignait probablement chez les Gaulois l'écriture sacrée, l'une des inventions capitales de l'Hermès celtique. En déllnitive, de quelque déilé qu'il
DE L'IDÉE DU CIEL
s'agisse, la leçon recueillie par l'auteur gr sophes de la (iaule n'en a pas moins toute s.
le ciel, heureux et chantant, et entraînant les âmes à sa voix. N'y a-I-il pas là comme un pressentiment de l'autorité morale qui doit arrivera s'assujcltir toute la terre?
Tous les types célestes devaient concourir à des leçons du mémo genre. Celait assez qu'tsus représentât dans la religion la puissance souveraine, les déités secondaires y faisaient régner les forces libres de lame. Apollon, à qui César donne le premier rang après .Mercure, n'excitait pas moins la dévotion chez les Gaiilois'que chez les tirées. II était, à leurs yeux, l'ange de la lumière. S'il fallait prendre Hécaléc à la lettre, c'est lui qui aurait formé la divinité principale de la Grande-Bretagne 1 . Il y existait des villes dont la population n'avait d'autre office que de chanter ses louanges sur les harpes, et la renommée avait fait croire aux Grecs qu'il favorisait ce pays, au point de venir le visiter périodiquement en personne. Son nom celtique était Bel ou Belen, qui rappelle le Bel on Baal des Orientaux, comme Teutat rappelle leur Thuth. Chez les bardes, on le rencontre sous la dcntmiiiialhn d'iléol, qui se rapproche, de mémo, de l'Hélios des Hellènes. Il porte les tilres de Hoi du soleil, (lambeau du ciel, chef île guerre. Ainsi qu'Apollon, il pénètre les mortels de ses rayons, au mural comme au physique.
Cette belle divinité, qui prima si longtemps (a Grèce, dont elle causa, en partie, la grandeur, appartenait si bien au génie de la Gaule, que c'était il la Gaule que remontait la gloire de l'avoir donnée ù la Grèce. C'est un de ses éclats qui en avait déposé, dans le (omple de Delphes, l'immortel principe. L'antiquité, ordinairement si oublieuse, n'avait pas laissé perdre ce point si capital de son histoire et de la nôtre ; il était gravé dans ses origines et constituait, comme on le voit dans Cicéron, une tradition courante. .Non -seule me ut les droits de notre race sur
1. Les traditions de l'Irlande, co ie de la Mrtlagno el de l' Éeojse,
sont remplies, en effet, des souvenirs de co cul».
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lisaient aussi dans l'île sacrée île Délits. U nis «'Ile ilc, derrière
le temple île [liane, s'élevait un monument que l'un nonu ail.
peul-èlre à juste tiliv, druidique. Il'élnit le tombeau lie lieux prêtresses envoyées jadis à Délm par les llyporboréons, el à la mémoire desquelles la Grèce continuait à rendre des honneurs extraordinaires, telles passaient pour être venues dans l'Ile en même, temps qu'Apollon, ce qui signifiait, sans doute, qu'elles y
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l'on attribuait à Olen de Lytie, c'est-à-dire à des temps antérieurs à Orphée, se. chantait non-seulement à Délos, mais dira [:;us les Doriens. Deux autres prêtresses de In même race,
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Ion, avaient aussi leur tombeau dans l'enceinte du temple, où il était également 1 objet d'honneurs extraordinaires, dont on trouve le détail dans Hérodote. Le nom d'Ahuris, consigné dans le morne historien, aussi bien quedansHéeatéeet dans Pindarc, comme celui d'un prêtre des mêmes contrées, illustré par diverses légendes, se rapportait de infime ù l'aiilique aUnniee des tribus doriennes et des tribus celtiques établies alors sur l'Euxin 1 . Les Gaulois, de leur coté, n'avaient pas perdu la trace de celle connexion, puisqu'ils avaient longtemps persisté à envoyer leur offrande , malgré la difficulté des distances, dans les sanctuaires de la Grèce; et aussi, n'est-il pas impossible, que lorsqu'ils se présentèrent en armes devant Delphes , loin d'y «voir élé poussés par l'impiété, ils l'eussent élé an contraire par l'emportement contre un culte illégitime ; s'ils se rappelaient que l'Apollon delphiqnc était une des déitesde leur race, il leur élail bien permis de s'indigner que l'on eût compromis, dans une vaine idolâtrie, ce principe sublime de vie et de lumière
A In suite de ces deux personnages, qu'un bas-reliel de
t. La llililidlliniae im|>ériiili' jutoèiln une médaille d'or gauloise au l>[ie d'Alinri» i.imi: liyun: ltiuji:iint< il dii:v;i! sur une InVIif); elle h élé trouvée dans l'ouest de la France.
1. V. Édainiuaaatlt; n" X; Sun la position des Hv]'JSRIioiiSei>is.
DE L'IDÉE DU CIEL
l'époque gallo-romaine, trouve à Reims, figure eu effet comme les deux chefs de la hiérarchie, puisqu'il eu l'ail les lieux acolytes il bu», y nu ni, dans I •>r«Jr" indiqui par GSnr, I hw <lu glaive et l'aube île la foudre. Ou connuil encore moins leur histoire i]ue celle îles deux précédents. Tout au plus peul-on avancer que l'un ilcvail [Mirler le nom de Camul et l'autre celui de Tarann. IJuaut à la cinquième déilé , celle que César se croit Ibndé à assimiler à Minei'U', sou importance, à en juger d'après les poésies hardiques, aurait dit la porter au premier rang ; sous le nom de Koridvven , elle s'y trouve spécialement liée avec Gwyon, et semble réunir les attributions de Cybèle, de Diane et de l'roserpiue , au moins autant que celles de la vierge d'Athènes l - l'eut-clrc même l'analogie porlerait-elle à en taire plutôt encore une sorte d'isis. Mais il y a si peu de lumière sur toute celte mythologie, que le parti le plus sage .semble se réduire "à concevoir que le druidisme se trouvait engagé dans otie symbolique plus ou moins complexe, qu'il avait contbi'iiiéu à sou esprit après eu avoir reçu par héritage les lignes principales. On aperçoit, dans son ensemble, bien d'autres types que ceux dont César a conslalé l'existence, et notamment ces divinités cabiriques, si puissantes dans la primitive antiquité, et dont, par i'elîel des migrations qui l'avaient colporté, le culte se trouvait disséminé sur une si grande étendue, aux époques où le passé commence à se dépouiller pour lions de ses ombres. Mais ce sujet nous échappe, et, en serions- non s maîtres, nous n'aurions peut-être pus à lui donner ici beaucoup plus de développement, car il appartient moins à la théologie qu'à l'histoire.
Il ne serait pris étonnant qu'avec, sa tendance extraordinaire à la glorilication de la personnalité humaine, le druidisme eût éprouvé, à la longue, la même propension que le christianisme à laisser le culte des déités angéliques s'amoindrir pour laisser plus de place à celui des saints. Le ciel, où n'avaient régné, à l'origine, que les puissances imaginaires, ne cessant de se remplir, aux yeux des peuples, d'hôtes nouveaux, doués par l'immortalité des mêmes privilèges que les anciens, mais plus voisins
t. Elle est Minerve comme présidant aux chaires Iiardiques.
ESPRIT I)E LA (i AULE.
<le l'humanité et plus séduisants par là nie me, il était inévitable que In religion fiU sollicitée n se conformer ù ce mouvement. L'ordre du ciel, par sa constitution même, était donc, virtuellement soumis à mie cause secrète d'instabilité, dont les effets durent surtout devenir irrésistibles , lorsqu'à la suite de la conquête, les liturgies traditionnelles s'étuul troublées, les déités dont elles l'urinaient f;i|ipui principal n'eurent plus d'asile que dans les souvenirs. D'ailleurs, plus la nationalité était meiiaeée, jjIhs il i''[ail naturel i]ue le patriotisme se l'eji'li'il avec ardeur vers les personnages héroïques, qui, ayant jadis concouru à le fonder et à l'eiilivlenir, devaient être plus poêlés mie jamais à lut venir en aide. Il est à eroire que l'on en reconnaissait de deux séries : d'abord , comme dans le judaïsme et dans toutes les religions à bornons lointains, les patriarches analogues aux Abraham et aux Djcmchid, et sceoudemenl, comme dans le christianisme, le bouddhisme, l'islamisme, les saints élevés dans le ciel par la seule vertu de leur piété et consacrés sur la terre par la moralité de leurs exemples. C'est apparemment à ces derniers que se rappoHeiil ces monuments funéraires de premier ordre, comparables, par leur magnificence, à ceux des rois et dans lesquels ne se rencontrent que quelques modestes emblèmes de la vie sacerdotale. Vénérés durant de Inutiles suites île générations, leur nom est aujourd'hui pour toujours dans l'oubli, et il n'y a plus mémoire que de quelques-uns des héros des premiers âges. Le plus célèbre est Hu-Gadarn, chef antique de la migrai ion des Kynieis. et comme c'est sur lui qu'il y a le plus de documents, son histoire , à défaut de celle des autres saints, peut servie d'indication générale.
Bien qu'une opinion contraire se soit fait jour, et qu'on ait même prétendu identilier llo-Gadarn avec Esus , notre sentiment est que ce personnage a été purement humain. Les traita principaux de son histoire sont consignés dans les triades, avec une précision qui nous décide à cet égard. D'est lui qui cnudui-
uuique, il est toujours associé, par la tradition , à d'autres personnages consacrés aussi par des actions toutes terrestres. Si
DE L'IDÉE DU CIEL
c'est lui qui a le mérite d'avoir amené la première colonie dans l'ile (le Bretagne, «'-'est l'rydain qui y n introduit le gouverne-
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Gawr i|iii y u rétabli l'empire de la justice. Si c'est lui qui a urbanisé les Iribus et iuslilur l'agriculture, c'est à Coll que l'on doit, l'importation de l'orge et du froment et a EHdud l'introduction delà charme. Kalin, si c'est lin qui a le |iremier imaginé d'appliquer la poésie à la conservai ion des traditions, c'est Tjilaiu qui, avant lui. eu avait perfectionné les modes. Le seul Irai) de son histoire où le caractère mythique se fasse sentie est ['action, assez dillicile à comprendre shiis les liirnies de langage qui l'enveloppent, par laquelle Hn-lladarn . à l'aide de ses hieuls, assura le lac. lies grandes eaux conlre le retour des débordements. Puis là encore, la tradition n'inspire pas nécessairement l'idée de ressources surnaturelles et peut s'interprélcr d'un travail tout humain, exprimé par des symboles. Ainsi, en général, dans ces monuments, Hu-Gadnrn n'est ni un Dieu ni un ange : c'est [oui au plus un Moïse.
Mais c'est un Moïse gaulois: c'est-à-dire que les peuples, loin le regarde! comme perdu dans la mort, le savent ravi dans le ciel, ctipi'au lien de se croire désormais sans autre lien avec lui que le monument de ses lois, iis se sentent unis à sa personne par un commerce immortel. C'est ce dont les bardes du moyen âge nous offrent de nombreux témoignages. Toule la dévotion tend à se concenlrcr sur ce héros; les autres personnages célestes sont effarés, cl les mêmes hommages que la poésie
mandait les morts comme jadis à Tentâtes. ■ 0 ilu, aux ailes étendues, dit le chant de mort d'L'thcr-I'endragon, privilégié
sur la i itagne boisée était ton lits, Ion héraut, Ion envoyé, <1
père Déon.' Ma voix récite le cliant mortuaire au lieu où s'élève le monumeiil en ouvrage de pierres. 0 soutien de la Bretagne,
é. rapide Ilu, exauce-moi ! 0 maître céleste, que ma prière ne
soit pus re jetée 1 » C'est sous sa main qu'élait spécialement
druidique, il enjugor d'après quelques paroles di' l'élégie il Aedilon, attribuée à Tuliesiu, il y était honoré en qualité île guide et il(J rémunérateur dos âmes. .Troublée est l'île d'honneur de Ilu, l'île du sévère rémunérateur, .Noua aux roupie généreuses, aux coupes i|ui entretiennent l'énergie, l'île ilonl la barrière est le Menai. Là, j'ai joui du breuvage île vie, de la douce liqueur avec UHHi livre qui osl uiainteuanl parti. Troublée est l'île d'honneur de Mu, l'île du sévère inspecteur. «
Celle apothéose devait s'animer encore davantage. Il était naturel que la rare des Kymris, à mesure qu'elle si' st nlail plus menacée, se rejetât, avec une résolution de plus en plus concentrée, vers son céleste représentant. Par l'eiïel d'une dévotion qui n'éiail que le conlre-euup du désespoir, delà première place dans l'histoire de la nationalité, 1 En se trouvait poussé, à prendre aussi lu première place dans le ciel. Aussi, le voit-on survivre à tous les autres symboles. soulcoir, ;i lui seul, toule la résistance
aux yeux de ses adorai curs, par répandre en i|ueli[iie sorte sa divinité sur l'univers entier. " llu-(l;tdurn. s'écrie lolo-Goeh, un des lidèles du quatorzième siècle. Ilu-Gudarn. le souverain, le juste prolecteur, le monarque, le distributeur des existences et de la renommée, le roi de la terre et de la nier, la vie de tout ai
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osf encore le même, e llu-tiadani , le plus petit nu jugement du monde, dit Rliys-llryddyd, mais, en vérité, le plus grand, le seigneur qui règne sur nous, le Dieu de nos mystères? Vive et légère est sa marche; un rayon de soleil est son eliar; il est grand sur terre, grand sur les mers, le plus grand que je puisse contempler, plus grand que. les mondes! »
Ainsi le druidisme, pur le développement naturel de sou sentiment priinitil' de la grandeur de l'homme, aboutissait à faire, d'un type originairement loul humain, un type vraiment divin, et , si l'on peut ainsi dire, un égal de Jésus-Christ ; a côté du l'bristianisme issu du loyer d'Israël, il lendail à s'en eonsliluer
I1E L'IDÉE DU CIEL
mi nuire, issu du foyer ccllique. C'est une tendance, nui, toute circonscrite qu'elle lut, n'avilit pas échappé a l'œil vigilant de l'Église, et un lu vuil môme expressément sligmntisée par un des bardes chrélirtis de la (iu du moyen âge. « l>eu\ mouvements aelils, dit Sien Cenl, se partagent le monde, et leur action esl manifesle. L'un de ces mouvements vient du Christ : joyeux et juste est sou uhjel. énergique est sou principe. L'autre rnouveinent. follement ébruité, est un mouvement de mensonge et de vile espérance : c'est celui des hommes de lin, des bardes usurpateurs de Galles ] . « Entre ee.s deux patrons, tirés tuus deux de la nature humaine et élevés également, par la liii des peuples, au-dessus des anges el jusqu'au snmmet du ciel, il n'y avait
luis, à demi perdu dans les nuages d'une religion déchue, demeurait connue une vague lueur de l'instinct nui porte l'homme à chercher un intermédiaire entre lui et l'Absolu, l'idéal chrétien, perfectionné par la piété des siècles, s'assurait l'empire du genre humain, en hu offrant le type le plus pratique, sinon le plus réel, du Médiateur '.
1. Celle lutte entre Ici lniriifis est d'autant plus ri'iiurqinlili: qui! Si lui i/'tii ni t n il uulloini'iU n h OilliditiiM'. uni :itlinlt<|iie romain : rï'Mil un Jl-s eliefs du iiiai-druidi.-nit- . mi m 1 h. 'tir il'iui raliVliisiiH' sec ici <(tii L'iiïri^iie la ira n su i il;™ lion des àmes. Ce cnli'cliisnie l'ail partie des Uuciuin'iils liLifdi(|iics ijui seruiu triuluils français. (;Vu(c <lv iWlilenr.)
S. Plusieurs des uordes, nu lieu d'opposer Elu an Christ, l'idcnlilicnt avec lui.
:l. V, Èclairciumtnti : n° SI; Sun IIu-Gadark.