‹ L'ésprit de la GauleChapitre 2 sur 58 · DU CAHACTÈRE ESSENTIEL DE LA RELIGION DR LA GAULE · texte numérisé non relu

DU CAHACTÈRE ESSENTIEL DE LA RELIGION DR LA GAULE

La Gaule devrait jouer dans notre histoire un rôle capital. La rareté de ses monuments s'y oppose, et l'on ne peut que pressentir de loin dans le vide des siècles la richesse a jamais perdue de ses annales. On ne saurait trop le regretter. Il en est des nations comme de nous-mêmes, qui n'acquérons toute notre valeur qu'à la condition de nous bien connaître ; et comment se connaîlraient-elles, si elles ne sont pas en mesure de se voir dans leur antiquité, c'est-à-dire, dans le temps de leur plus grand naturel? C'est ainsi que, pour prendre l'idée la plus vive, sinon la plus développée, de ce que nous sommes par nousmêmes, nous n'avons pas de meilleur moyen que de nous reporter, aussi avant que possible, dans la période de nnlre enfonce, alors que, n'ayant encore fait a la vie d'autrui que peu d'emprunts, nos innéités éclataient avec une liberté presque entière. Malheureusement la mémoire des notions est encore plus faible à cet endroit que la nôtre, car elles ne rencontrent

pas autour d'elles des témoins auxquels il leur suit Illisible, comme à nous, de faire appel pour réveiller à volonté au fond de leur conscience leurs souvenirs éteints; et, à coté du polit nombre de monuments qu'elles se sont dressés à elles-mêmes, sans y songer, dans ces âges trop uads pour nourrir l'urgucil de parler à la postérité, elles ne trouvent guère que quelques traits dis— séniinés diins les écrits d'nhsoi ■valeurs étrangers et trop souvent superliriels. Telle est juslement notre position il l'égard delà Gaule, et, de celle pénurie même, qui donne tant de voleur au peu qui nous reste, résulte la stricte obligation de ne rien perdre el de tout approfondir.

Il faut d'ailleurs considérer que- l'étude de ses antiquités, toujours si utile à une nation pour l'exacte détermination (le son génie, lui devient en quelque sorte une nécessité de premier ordre, quand, après .s'être laissée souleoir pendant, un temps par les leçons d'uoeaot re nal ion momentanément supérieure, elle se voit tout a coup rendue de nouveau à elle-même. Quelle autre ressource lui reste-! il alors, que de se mettre lu main sur le cœur

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semblent poindre en elle, maintenant qu'elle n'est plus sous le joug, en les comparant à ce qu'il lui était déjà naturel de sentir alors qu'elle n'y élai! pas encore? El, là encore, nous uousretrou-

milivi's, étoolïrvs. rotmne il arrive dans toutes les décade tires religieuses, par l'expansion des dogmes secondaires, commençaient à lui faire défaut, notre nation a vécu jusqu'il la lin du dernier siècle eu lidèle disciple de ses vainqueurs. C'est par leur intermédiaire et conformément an tour particulier que leur esprit y donnait, que, eundamnée à la fois à s'alislenir de toute spontanéité et à mettre en oubli tout son passé, elle a pris part aux snlislaiilieis enseignements de la (irèce i-l de la Judée. Mais aujourd'hui que la iloeh'hie religieuse de Home, dépassée par le

slituée, buplisivdu nom qui consacre sa vigoureuse unité, revient naturellement à elle-metne, et il lui resle a décider où se prendra sa tradition et quelle sera sa foi. Nation sans vertu, ne tenant de la Providence dans le fond de sa race aucun instinct sacré,

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dotée par les autres peuples de tout ce qu'elle a de valable, serat— elle réduite à rompit' définitivement avec sa propre souche pour se greffer ailleurs ? Ou, au contraire, divine entre les plus divines de la terre, dcvra-t-clle ne regarder le cours de son éducation sous l'Italie que comme un arcidcnl de son histoire .' et, relevant ou ver leme ni sn généalogie jusqu'aux moines du genre liumain, fondera -t-e Ile, en les liant l'un à l'autre, le droit religieux de son avenir sur le droit religieux de son passé? C'est là le I ■ j 1 1 il de la question qui se pose entre les nationaux et les ultramon tains.

Il est incontestable que, jusqu'ici, nous ne nous sommes pas fait suffisamment honneur de nos pères. I! semble qu'éblouis par les prestiges de l'antiquifé hébraïque, même des antiquilés grecque el romaine, nous nous soyons empresses, par une sorte de lionte. de faire bon marelié du la mitre cl de la glisser sous le voile. On croirait, à lire nos propre liisluriens, que nos druides n'étaient que des espèces de sauvages, ensevelis, à la làçnn des hèles fauves, dans les lanières de leurs liais. Sanguinaires, bruts, su persti lieux, on ne voit d'eux que leurs sacriliecs humains, leur eulledu chêne, leurs pierres levées; on ne recherche pas si ces irails, doul se scandalise notre goùl , ne sont pas simplement le legs d'une ère primitive, doul, à côté dus religions délabrées de lagenlilité, le druidisnie était demeuré le continuateur lidèle. On ne se demande pas si, à l'origine de ces aulms religions, i ' est-à-dire, à la source de louli'S les antiquités de l'Occident, des traits exiidement analogues ne se retrouvent pas, qui, effacés plus tard par le raffinement des mœurs, ont lait place dans la gctililité à d'autres usages plus polis, mais plus impurs assurément. On aime mieux excuser el atténuer chez les autres ce que l'on relève si sévèrement chez nos pères, et l'on ne prend même aucun souci de savoir quels étaient, au fond, sous tes formes choquantes, les mouvements de l'esprit. Eu même temps que, pour avoir des traditions héroïques dans lesquelles il soit digne de se complaire, on invoque les souvenirs des Grecs et des Romains, pour avoir des traditions religieuses dans lesquelles le nom de Dieu ne soit pas outragé; ou n'imagine d'autre moyen que de mire appel ù Moïse et à Abraham.

On se garderait bien rie revenir, pour un objet, si capital, à la mémoire de nos druides : si, dans les temples élégants de la gentililé, on ne trouve que de l'idolâtrie, que faudrait-il s'attendre à découvrir dans les sanctuaires barbares de nos aïeux, sinon du fétichisme? C'est ninsi que, sur tous les points, dans les choses divines comme dans les choses humaines, trompés par les peuples de l'école desquels nous sortons, nous nous vouons à l'étranger cl livrons aveuglément à l'oubli nos ascendances nationales. Le mol est grand; cor l'idée de la patrie, toute flagrante qu'elle soil dans les cœurs, demeure confuse dans les intelligences, parce qu'elle n'y est point éclaircie par les lumières du passé, et que, n'étant point Ibndée à nos yeux sur une religion initiale, elle ne saurait nous garantir l'indépendance d'une religion future.

Mais, j'ose le dire, si Dieu avait voulu que l'écriture nous eût conservé l'héritage de nos pères aussi brillamment qu'elle l'a Tait chez les Hébreux, les Grecs cl les Romains, loin d'humilier nos antiquités devant celles de ces peuples, nous n'eussions voulu relever que d'elles seules. Peut-être môme la connaissance des titres originels de notre race nous aurait-elle inspiré trop rie hauteur pour qu'il nous fut demeuré possible de nous plier, avec la condescendance nécessaire, aux communications que la Providence nous destinait ù recevoir d'autrui; et, peut-être, par conséquent. Ihut-il non? li''lieitei\ en vue ries heureuses suites de notre éducation, d'avoir été conduits de la sorte à négliger passagèrement nos parents pour nos maîtres. Ce ne serait donc qu'en vertu d'une disposition transitoire que nous aurions été distraits du sentiment que doit nous inspirer notre passé; et, le but de cette disposition étant maintenant rempli, notre devoir serait de nous en affranchir. S'il ne nous reste pas assez de monuments pour en composer un ensemble capable de dominer le monde, appliquons-nous du moins à rendre au jour l'essentiel. Nous ne resplendirons pas, dans celte pénurie de traditions, comme si nous avions dans nos mains les livres des prophètes, d'Homère et de Platon, même ceux des jurisconsultes romains, mais nous nous verrons pourtant en mesure d'appeler sur nous l'attention de lu société générale du genre humain, en même

INTRODUCTION

temps que nous découvrirons dans notre propre fond tous les principes d'une nationalité" suffisante.

En effet, nos druides méritent dans l'ordre de la Religion un rang éminent. Ilssontsublimes.Onncles voit point, comme les brahmanes, s'émerger pénible ment des abîmes du polythéisme primitif, ni s'y replonger à plaisir comme les païens. Ils ne nous apparaissent que dans la lumière de Dieu, répandue, grâce à eux, dès ces temps reculés, jusque dans les extrémilés de l'Occident. L'Eglise romaine, elle-même, malgré ses scrupules, ne saurait leur refuser le droit de prendre place dans l'alliance d'Abraham et de Melchisédech. À la vérité, sur la lin de leur indépendance, le culte du Dieu souverain parait s'être troublé dans leurs sanctuaires par le débordement deceiui des puissances fccondaires; mais ce défaut, a élé jugement occasionné parce qui fera toujours leur gloire : c'est que leur loi, au lieu de s'être fermée, comme celle de Moïse, à l'espérance de la vie future, s'y était ouverte sans réserve, au risque d'éblouir l'humanité par une peinture trop vive des hautes natures. Si la Judée représente dans le monde, avec une ténacité qui lui est propre, l'idée du Dieu personnel et absolu, si la Grèce et, Rome représentent l'idée de l'homme el de In société, la Gaule nereprésenlu pas moins spécialement l'idée de l'immortalité. Rien ne la caractérise mieux, de l'aveu même de tous les anciens. On regardait de loin ce peuple mystérieux comme le possesseur privilégié Je* secrets de la mort, el son inébranlable instinct de la persistance de la vie n'a cessé d'être aux païens un sujet d'élonnemenl et bien souvent de crainte. Telle est, dans le développement séculaire de l'arbre théologique, la racine qui appartient en propre à la Gaule, et l'on ne peut nier que cette racine ne soit aussi essentielle à la religion qu'aucune de celles qui correspondent aux trois nationalités précédentes, encore qu'elle n'ait dû apporter son tribut que postérieurement à la combinaison des trois autres. Si c'est à la Judée que doit être attribué l'honneur de l'initiative, comme ayant fourni par sa conception de la nature de Dieu le premier principe de ce grand travail, c'est à la Gaule, qui en pose le dernier par sa conception de l'infinité de la vie, qu'il faut accorder l'honneur égal de la conclusion. C'est grâce

à elle que lu connaissance do l'œuvre (le Dieu, demeurée en suspens jusqu'ici ;iu milieu des dogmes du christianisme, reçoit son complément, et l'enchaînement arrive ainsi à son terme avec une régularité admirable : c'est la Judée qui fait l'éducation Ihéologiquo de la Grèce, la Grèce de Home, Home de la Gaule, qui, unissant a tout ce qu'elle a reçu tout ce qu'elle tient d'elle-même, devient dominante à la lin et couronne toute la religion.

Aussi est-ce une chose merveilleuse, et dans laquelle le doigt de la Providence se marque hien. que la précision avec laquelle le sentiment qui appartient à la Gaule vient donner juste à sou point. S'il a été utile que le sentiment du bonheur dans cette vie lût sacrilié pendant un temps, alin que l'amour de Uieu, excitant seul le ravissement des pensées, prit plus facilement habitude dans le cœur des hommes, dés à présent, une nouvelle ère commence où tous les elliu-ts de. la religion doivent concourir à manifester ici-bas îa présence de Dieu, en délivrant autant que possible du mal ce monde inférieur lui-même. Or, quel obstacle capital iviicuiitroiis-iiiuis en nppLisilieu à une telle entreprise"? I' v <t-e.e la pauvreté". 1 Les sciences naturelles, jmules à l'économie sociale,, suffiront pour la détruire, dès que nous voudrons nous entendre. Sont-ee les maladies ? La médecine, iiivorisée par une meilleure discipline des rnacurs, peut arriver à les prévenir ou à les alléger. Sunt-re les passions'.' La morale, soutenue par un meilleur mode d'éducation, doit parvenir à leur fermer la voie des dé régi orne ni s, en leur ouvrant largement celle de l'ordre. L'obstacle capital, tout le monde le nomme, c'est la mort. Elle domine tout, et trouble tout. Quel secours doue invoquer plus à propos sur eel article fatal pour la paix de l'humanité, encore toute tremblante devant les effrayants fanlonies dont les apôtres de Rome n'ont cessé île prendre à tache de la lerriiicr, que les leçons d'une race pour laquelle la mort n'était rien ? Jamais le genre humain n'a produit à cet égard un exemple semblable. Il resplendit comme le soleil, qui éclaire d'autant plus nettement qu'il est seul; et il est seul en effet, puisqu'il n'y a aucun rapport entre lo magnifique mépris de la fin ri qui distinguait nos ancêtres, et l'indifférence pour la vie

INTRODUCTION. 7 qui s'observe clic/ les infortunées nations formées à l'école de l'Inde, puisque d'un coté c'est fc relâchement cl de, l'autre la lèrmelé «lu sentiment de lu personnalité qui esl en cause.

Itevcnons donc avec ferveur à nos pères I que l'amour de la vie nous rende à eux. Partout ailleurs, la mort ne se lasse pas de nous poursuivre, comme un affreux cl triomphant ennemi, et de nous gâter la terre. Il ne suffit pas de s'écrier avec l'apôtre, dans un emportement de sainteté : « 0 mort, où esl ton aiguillon? i La mort le partit; toujours, cet aiguillon cruel, tant que l'on consent à voir eu elle une inlcrrupliou de la vie. On ne le lui ôte qu'à la condition de sentir qu'incupalilr d'altérer en rien notre continuité, elle n'est, en réalité, qu'un voile qui nous barre la route et au delà duquel les habitudes de noire existence préserde se poursuivent. Que l'on nous parle d'aller nous noyer dans les Ilots étemels du Saint-lisprit ou nous engloutir dans les ubimes de Bouddha, c'est toujours, au fond, une dissolution de la vie, et rien ne. peut empocher toute âme qui sent en soi la vitalité de repousser avec horreur un tel avenir. Mais que la religion s'accorde à nous montrer qu'il ne s'agit, sous les phénomènes du trépas, que d'un voyage pour une région déjà peuplée d'amis, où nous rejoindront plus lard , pour vivre avec nous mieux encore, les amis laissés en arrière ; alors, mais seulement alors, nous serons en mesure de respirer le bonheur sur lu lerre et de nous y épanouir dans la sérénité de noire conseicncc, en attendant le ciel; car nous no nous verrons plus sous le coup d'aucun mal véritable, et nous comprendrons, en même temps, que toutes les vertus qu'il nous est donné de développer icibas, sont destinées, comme nous-mêmes, à une activité sans limites.

Ccn'cst. pas nss(V qu'une croyance si salutaire à la lélicité et au salut dit l'homme s'offre ainsi à nous dans la tradition de nos pères, comme pour se recommander à nous par leur autorité en même temps que par notre intérêt; elle éclate en quelque sorte d'elle-même dans nos cœurs. C'est une concordance instinctive entre le présent et le passé de notre race, dont j'avoue que fa grandeur me frappe. Considérons, en effet, quel est le courant d'idées dans lequel nous sommes entrés dès que les lourdes

leçons de la scolastique sur ce sujet ont cessé de nous faire loi. Rejetant aussitôt la prétendue fin du monde qui devait clore les temps dans le regne éternel de l' immobilité, nous avons senti en nous-mêmes une force secrète qui nous avertissait que, non-seulement rien ne peut anéantir le principe de notre existence, mais que rien ne peut imposer l'inactivité à tant de vertus morales qui s'agitent en nous, ni arrêter notre amc dans sa poursuite incessante de la perfection. De lù, nous avons été amenés à conclure que cet univers matériel, graee aux dispositions duquel s'accomplit présentement notre destinée, et qui, dans ses loinlaines régions, nous cache sans doute tant île sublimités, loin d'être condamné à s'évanouir un jour, était fait pour nous offrir à jamais, ainsi qu'à toute la famille des vivants, des mondes proportionnés à nos variations; de sorte qu'en définitive, reconnaissant que toute créature vit toujours d'une vie véritable, et que tout le mystère de la mort se réduit à un déplacement, nous nous sommes trouvés transportés, lout naturellement , bien au delà des étroits enseignements du sacerdoce de Home. Le seul élan de nos consciences a sufli pour l'accomplissement d'une telle révolution. Loin d'avoir prémédité, en la commentant, de nous réintégrer dans les traditions de nos piVes, nous ne nous en souvenions seulement pus. Ils n'existaient plus pour nous, tant nous les avions oubliés ; mais nous étions toujours de leur sang, et, pour rentrer dans les instincts sacrés de leur foi en l'immortalité, il suffisait que, délivrés des fascinai ions de l'étranger, nous fussions rendus à la liberté de nos inspirations natives

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