CHAPITRE PREMIER
DE L'IDÉE DE DIEU
de l'importance de l'idée de dieu dans la tradition
Si l'on veut que les Juifs aient seuls donné au genre humain la connaissance de Dieu , il faut que le genre humain demeure à jamais aux pieds des Juifs. D'aussi haut que celle connaissance' domine toutes les autres, d'aussi haut ses auteurs doivent-ils dominer le reste des nations. Ce sont eux qui ont, les premiers, rattaché la terre au ciel, et le nom de Peuple de Dieu est leur vrai nom. Que, dans les emportements du moyen âge, on les ait rejetés et injuriés, leur droit subsiste nonobstant; la logique le <vij\r.\ (l, li.l f.u Uni. le* (^agtoilinn* k *p*ir>int , i\ r.pn'ndra son empire. On verra alors que les prophètes n'ont, rien prédit de trop, et les nations, reconnaissant leur dette, s'inclineront d'un commun accord devant Jérusalem.
Mais, si la connaissance de Dieu est un héritage commun, si la Gaule, en particulier, en a joui , la thèse change. Tous les peuples reposent également sur ce même fond , dont ils sont appelés à développer, chacun à sa manière, la substance. Nul n'y est souverain. Les Hébreux se sont appliqués, avec une prédisposition spéciale, a la culture du côté purement divin, mais sans l'épuiser, puisqu'ils n'ont su en faire sortir ni l'idée de la Trinité, ni celle du Médiateur, et les autres nations, en
s'assimilant 1ns nonqnrlr-r. réalisées par nix , n'en sont pas moins restées, qu'elles en aient nu nnn cnnsci.'nce, dans la continuité fie leur propre esprit. Qui possède le | ti-in- tj k- en possède en effet, les conséquences, comme le propriétaire de l'arbre en possède implicitement les fruits futurs.
G'csl là, au point de vite de leur relation avec Jérusalem, In différence i\vs l'i'linioiis < ) li i s'étaient hissé Innibcr dans le polythéisme, et.de celles qui , malgré l'expansion des fantaisies my- (lnil(i^ii[iies . avaient repcnd.mt solidement maintenu dans leur domaine l'idée de Dieu. Le disciple de Pierre pouvait bien dire à l'enfant de la Germanie : ' Brûle ce i]ue lu as adoré ; • mais, pour l'enfant de la Gaule, un tel langue eût été hors du droit. ■ Adore avec nous ce que tu as toujours adoré, liillait-il lui dire, mais adore-le désormais dans une pins saine lumière. Nous disons avec toi que la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ; mais la crainte que nous ressentons, au lieu d'être une sombre terreur comme la tienne, est pleine de confiance et d'amour, car nous savons que, parmi les attributs divins, à coté de la toute-puissance, se rangent à titre égal et la sagesse et la bonté. Et aussi, nos relations avec lui, au lieu de constituer, pour nous comme pour loi , une obligation pénible et redoutable, combien l-cl les nos âmes de joie et d'espérance. Avance-loi donc, a notre exemple, d'un degré de plus dans la connaissance de cet Être sublime, et sors-le enlin de ces ténèbres sous lesquelles lu l'as entrevu si longtemps, et qui n'étaient que les ténèbres de ton esprit. Pour l'incliner avec nous devant ses autels, tu n'as point à répudier la nationalité, car il le suffit de laisser lu religion de les pères suivre, sous nos auspices, son développement :,-itime. »
On voit donc combien il est préjudiciable à la splendeur de notre tradition nationale, que les siècles qui nous précèdent aient si facilement passé condamnation sur les antiquités de la Gaule et lésaient laissé disparaître sans protestation dans celle commune sentinc du polythéisme, où la politique de l'Église romaine ne s'esl pas fait faute de les précipiter. Aussi, l'amour de noire indépendance, non moins que notre respect pour les générations héroïques desquelles nous tenons notre sang, noire
DE L'IIIEE DP. DIEU. «
langue, notre territoire, et, pour tout dire, le fond de ce qje nous sommes, doit-il nous porter, avant tout, à retirer notre passe de cette contusion et à le montrer aussi pénétré de l'idée de Dieu que les âges primitifs de la Judée. Il faut qu'aux yeux du monde notre tradition lasse ouvertement le pendant de celle de lu Bible , et qu'on la voie descendre majestueusement, comme celle-ci, du sommet des Ages, en s' accroissant de mémo, de siècle en siècle, par le progrès continue! des sources nouvelles qui jaillissent dans son courant, nu des affluents qu'elle rencontre el qu'elle entraîne avec elle en se les appropriant ; pareille à l'origine, moindre ensuite, mais, par compensation, supérieure dans son dernier épanouissement ; en résumé, toujours digne
ion à laquelle nous sommes ainsi placés, si cette pos est effectivement assignée par la vérité et la logiqi i point à hésiter à nous y fixer. Vu de cette hautou le celtique se revêt d'un caractère qu'on ne lui avait ja
gieuse, de même, à la suile du mnye,, âge délaissé, se présente maintenant la Gaule. Ce qu'a élé la terre de Cliauaan pour If génie liéhreu a l'une des extrémités du grand système de l'Oc ciileut, la terre de France le doit élre, à l'extrémité opposée, pour le, génie druidique. Elle aussi était une terre promise. >o!i-seuli'inent elle avait élé dessinée pour servir de théâtre à l'une des histoires les plus complexes du monde, mais il semble que, pour aboutir à un couronnement analogue, les deux histoires nient dû recevoir aussi le même tour : chanceler dans la fi primitive, en être puni pur l'affaiblissement et l'envahissement ; tomber, pour un temps, sous la main de rétranger et se iiiudilier utilement dans cet étal de subordination: revenir enliu à soi-même et se relever sur l'ancienne religion, elle-même relevée el agrandie : n'est-ce pas là, en effet, l'histoire de la Gaule comme celle de la Judée* La Judée est appelée pour préparer le mouvement du christianisme, et la Gaule pour lo
II liSPRIT DE LA GAULE,
conclure ; et, s'il existe, en effet, dans l'ordonnance des siècles, entre les destinées des deux nations un tel enchaînement, il n'y a point à s'étonner de trouver entre elles, dès leur origine, à cote de si vives différences, de si frappants rapporta. Rassemblées, jadis, dans In personne de leurs patriarches, nu sein des mûmes montagnes, devant les mêmes autels, un simple changement du nord au sud, dans la direction que prirent les troupeaux en allant à leurs pâturages d'hiver, en ces jours solennels dont les moindres; accidents devaient avoir pour la postérité de si vastes conséquences, fut peut-être tout le principe de la division ; et, pour amener, de proche en proche, entre les deux histoires, la différence que Dieu voulait, In diversité des caractères personnels, jointe à la diversité des positions, devait suffire '.