‹ L'ésprit de la GauleChapitre 20 sur 58 · V. ÉchirnutmenU . n°XYI; Sur la royauté de la Gaule · texte numérisé non relu

V. ÉchirnutmenU . n°XYI; Sur la royauté de la Gaule

pùur ne se conserver dès lors que dans un petit nombre , n'en était que plus assuré. C'est à ce petit nombre que s'était réduit tout l'État, puisque hi multitude, obligée peu à peu par la misère à prendre refuge dans les maisons d'autrut . s'était eu quoique sorte exilée elle-même de. la place publique. La constitution était done moins en défout que l'ordre civil qui l'avait réduite a ne pouvoir plus se baser que sur une partie de la population. I! semble que la classe inférieure possédai une sorte de dédommagement dans les droits réservés à !a classe lettrée: si atiaissée qu'elle fût, sou amour-propre pouvait trouver quelque consolation, en apercevant, jusque dans les rangs les plus élevés, des hommes à elle. Tous les druides, ne fussent-ils pas sortis de son sein, tous lui appartenaient parle principe de leur institution, diamétralement opposé à celui de la naissance et de la richesse. Véritables représentants du peuple, la force monde leur avait sulli pour se faire une plaee parmi ses maîtres, et. d'ailleurs, indépendamment de leur intérêt comme citoyens, leur opinion comme théologiens ne pouvait manquer d'être en faveur de la liberté. Leur société en donnait, par ses propres lois, un exemple que rien ne pouvait les empêcher de confirmer par leurs leçons. Au lieu de vivre dans l'indifférence politique, comme le clergé du moyeu âge, qui se prêla au principe de la forée pour l'organisation des autres classes, (oui en ne reconnaissant pour la sienne propre que celui de la justice, les druides professaient nécessairement l'unité dans toutes leurs vues sur le monde. Ils pouvaient être réduits à accepter le règne de l'epée et du droit de naissance, mais leur dogme ne le consaerail pas. fussent-ils même reslés étrangers à I Étal . le maintien du mode électif dans flital leur

aurait encore paru roi îninndable comme déterminant une

symétrie entre leur classe cl la seconde.

Irréprochables en principe, les druides nul ils en tort dans le fait? Si les républiques de la Gaule, Coudées sur l'asservissement des classes déchues non moins mérilanles que les antres, avaient cessé d'être dignes de conversation; si de la désuétude de l'ancienne constitution, comme l'a montré la suite des événements, devaient naître en délimlive de meilleures conditions

pour ie rétablissement des classes humiliées, Ifs druides ne mérilent pas moins d'Être glorifiés pour avoir soutenu jusqu'à In fin, conformément à l'esprit de leur institution, les gouvernements électifs. Les constitutions arlificielles ne doivent pas effrayer les philosophes : elles se dissipent comme les circonstances qui ont pu transi loi remeni les appeler, tandis que les droits qui procèdent de la nature même de l'homme, immortels comme le genre humain, ne sont pas en danger de se prescrire jamais ; et c'est précisément ce qui devait se produire pour la Gaule, par l'établissement de la monarchie, devenue, sans le, vouloir, l'auxiliaire capital de ta révolution qui a lini par abattre l'aristocratie en réintégrant le peuple. Mais ce sont là les secrets

démode de ses vérités de conscience pour iui venir eu aide. En protestant, au nom de la justice, contre le droit des tyrans el des conquérants, les druides ne vovaienl pas seulement le droit du passé: ils vovaienl, comme des proplièles, celui de l'avenir.

Il n'est pas moins admirable qu'au milieu de la fragmentalion de la Gaule, et malgré l'étendue que le défaut de praticabilité donnait alors au territoire, le druidisme ail en un sentiment parlailcmont régulier de l'unité nationale. Prendre

la France, partagée si longtemps eufre des cours diverses, n'est arrivée à retrouver que par le bienfait de sa Révolution. Le druidisme avait même déterminé, comme conséquence de celle unité, une capitale, et il faut dire qu'il l'avait fait avec une sagacité merveilleuse, puisqu'elle élait précisément aux environs du point où la civilisation, qui donne aux voies navigables

tant de valeur, a définitivement fixé la nôtre, Il aurait donc suffi que l'impulsion communiquée aux esprits par le druidisme eût agi avec autant de puissance qu'elle avait de reclifude, pour que la Gaule se fût prise peu a peu, comme l'a fait la France, en une masse indissoluble. Mais il s'en fallait que les leçons de cette grande école, déjà si profondément méconnues dans le réarment des intérêts privés, (tussent été suivies, comme elles auraient dû l'être, pour celui des intérêts généraux. Les desunlivs culbutés par l'essor de l'c^uisme dans celle société de républiques étaient précisément les mêmes (|iie ceux qui allligcaiciif en particulier les membres de chacune de ces petites sociétés. S il y avait eu égalité entre les États, un aurait pu espérer, sinon l'harmonie la plus digne de In vie d'un grand peuple, du moins la paix et la justice. Mais, dans la disproportion des forces, rien ne pouvait empêcher les faibles d'être opprimés par les puissanls. Pour se garantir de la violence, ils n'avaient d'autre ressource que d'accepter la tyrannie. Sous le nom de clientèle, les mêmes abus que dans la législation civile s'étaient donc glissés dans la diplomatie. Il y avait entre les États, comme entre les citoyens, des palrons, c'est-a-dire des maîtres; et des clienls, c'est-à-dire des serviteurs. Ainsi, le principe de la noblesse s'élnil glissé, à la suile de celui de 1 inégalité, jusque dans ies souverainetés; cl, au lieu de chercher dans les armes un moyen de s'agrandir par des incorporations sur le pied de l'égalité, les républiques n'y voyaient qu'une manière do rehausser leur fortune et leur orgueil par l'augmentation de leur cortège de vassales. Il n'y a pas à s'étonner que, devant une telle licence des passions, les principes du druidisme eussent été frappés de nullité. Sa philosophie, loulen montrant les voies de l'unité, n'était pas capable de les détendre contre les influences contraires qui tendaient à les obstruer de plus en plus. Sans doute, grâce à la présence de sa hiérarchie, qui couvrait comme un seul réseau tous ces États divisés, la Gaule n'oubliait pas qu'elle ne tonnait au fond qu'une seule nation ; des lois formelles d'ailleurs le lui rappelaient, et, à la rigueur, on pourrait dire que sa constitution était (a même que celle de la société druidique, puisqu'elle possédait également

des assemblées générales ainsi que des rois électifs, créés par la délégation de tous les lirais réunis, au moins en temps de guerre extérieure. Mois celle constitution, dans laquelle il est permis aussi d'entrevoir un des précédents de celle de l'avenir, n'était pas seulement, comme tout commencement, dans l'imperfection; elle était dans la léthargie. Il fallait, pour qu'elle se réveillât et fit éclater quelque trait de sa puissance, qu'une cuise exceptionnelle, iutennnipant le cours ordinaire des choses, vint l'aire vibrer dans tous les cœurs la

si sol cl exemple à l'époque île l'invasion romaine, ou reunis-

> .il .1 il li il. un i ii»li-ri.il I. rjirl .. mi < I npi. m.

les pleins pomoirs: un s'eii'i.arail de dunner à la Gaide le rcssucl

cl la i sistauce néeessaires puiir témoigner sa liu'cc cl. sa gran-

deuc; mais les mieucs n'étaient poinl laites ; l'espril de lucalité ne dépouillai! ni ses oinhrages ni ses bailleurs, et, loin que le gm'il de l liarnionie eùl jamais sufli pour pnrler les Liais à se relâcher de leur funeste indépendance, le danger n'était même pas capable de les décider à s'entendre.

DigitizM by G oc

Page 1