DE LA DÉCADENCE DU DRUIDISME
C'est ici qu'il faut juger le druidisme. Sa faiblesse s'y trahit en même temps que sa force, ou plutôt toutes ses grandeurs y trouvent, leur terme,. S'agil-il de développer dans les hommes le seutiiiienl de la personnalité, il les pénètre do la conscience de. l'indéleeliliililê de la vie, et voilà son règne. Les ornes deviennent indépendantes, superbes, valeureuses. Mais veut-il achever l'œuvre en réunissant dans une commune existence Ions ees éléments préparés, il est à bout. Le lien des aines lui manque. Plus il leur a donné d'activité et de puissance, plus elles résistent, car il n'a pas su ics pénétrer en même temps de ce qui les porterait à user de leur force pour se prêter les unes aux autres. Les pierres de son architecture sont admirables, mais le ciment nécessaire pour qu'elles lassent corps ensemble lui est inconnu ; et, de là, non-seulement sou édifice est incommode et grossier, mais le moindre choc va suffire pour le mettre en ruine. Comme aucun peuple de l'antiquité n'avait joui aussi amplement que les Gaulois du dogme de l'immortalité, aucun peuple ne devait éprouver aussi violemment l'excitât ion sans frein que ce dogme communique quand il n'est pas balancé. Soldats prodigieux et détestables citoyens, on pourrait, sans leur piété, les comparer à ces anges rebelles que l'orgueil de la
151 ESPRIT DE LA GAULE, vie avait précipités dans l'abîme, et, en leur décernant !e nom de Titans, l'antiquité louchait peut-être plus juste qu'elle ne ic pensait. Ainsi que les Titans, nourris d'eux-mêmes, ils étaient incapables de se plier sous le joug, même d'un gouvernement légitime. En contemplant l'infinité qui se révélait si magnifiquement en chacun d'eux, il leur était impossible de ne pas se complaire dans nette glurilicnlioo égrnste, jusqu'à s'affranchir de toute subordination envers la snriélé ; car, non-seulement la religion ne les avail poinl l'nit entrer dans le divin secret de s'aimer dans autrui et de se reliausser en servant les autres, mais, devant la puissance qu'ils découvraient en eux, celle de l'Etat s'ollarnil. Leur siliialion élail tout autre que colle des membres des républiques païennes. Plus ceux-ci rencontraient de pelilesse dans le cercle trop restreint où leurs croyances enfermaient la pers lalilé. pins il était cnitséquenl qu'ils s'appliquassent à l'idée de pairie jusqu'à se tbndre pour ainsi
dire avec elle, afin de se procurer par cet intermédiaire un peu de cette majesté dont l'homme ne saurait tout à l'ail se passer. Mais, dans leur plénitude d'existence, les Gaulois dominaient Iniquement lout ce qui n'allait pas comme eux à l'inlini. Ils vivaient les nus à l'égard des autres comme des potentats rivaux; de sorte qu'eu déliiiitive, l'auto d'être, soutenues par un développement suffisant, de In charité, les belles croyances, qui, dans l'ordre métaphysique, les éle\aioul si haut, n'aboutissaient dans l'ordre social qu'à les rendre les pins intraitables di s hommes.
Cet esprit exlraurdinaire d'insorinhilité avail frappé les aurions, il ne leur semblait pas iimins rarncléristiqur de la race gauloise que le lier dédain de la mort qui la signalait également, et qui, au fond, se rattachait nu même principe. Dans une telle expansion des personnalités, les contacts ne pouvaient être en effet que des froissements, comme les concours que des querelles. Chacun, no connaissant que soi, ne consultait que son intérêt cl sn force : point de compassion; rm iidi'J El, pour
I. Contraste étrange avec la disposition signalée par les anciens, chez les Gaulois, à s'émouvoir aux plaintes des opprimés et a prendre parti pour les faibles contre les forts.