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tout dire d'un mot, leur naturel était devenu proverbial. » H est passé dans le langage vulgaire, dit Slrabon, que les Celles sont les amis de la dispute. • Mais rien ne les délinit mieux que leurs banquets. Cette institution des repas communs, dans laquelle se retrempent d'ordinaire si vivement tous les instincts de cordialité, d'union, d'égalité, cette puissante institution qui, dans les autres républiques, formait un si excellent entretien en même temps qu'un si excellent symbole de la concentration des citoyens en un seul corps, et qui, dans l'église chrétienne, a produit les agapes et la communion, en se propageant chez eux, s'y élail changée en un principe de division. L'ancien usage , selon l'osidonius, était de placer le meilleur morceau devant le plus tort, et quiconque se sentait alléché par cette proie provocante était libre de la disputer en ouvrant le combat. Durant le festin, nu lieu de se charmer mutuellemeul . comme 1rs tirées, par d 'aimables svmposiaqurs, leur plaisir était de se mettre inulurlli'iiieiil en parallèle et de se délier: on ne s'en tenait point aux paroles, on se levait de table, on
aussi l'impression de l'nsuliniius, qui avait assisté à plus d'une scène de ce genre, est-elle qu'ils mangeaient comme des lions. Grâce à ces intempérances de lu personnalité, les l'êtes de l'amitié venaient donc se perdre dans l'hostilité et dans le sang; et, ù juger, par ces festins de centaures, de la manière dont ou se comportait dans les relations ordinaires, il faut conclure que ce n'était guère qu'un milieu entre la guerre civile et lu société.
Non -seulement des hommes constitués sur un tel plan n'élaient pas propres à réussir dans la vie en commun, ils ne l'étaient même pas à se défendre convenablement contre leurs ennemis. Ainsi, en réduisant, comme le l'ait César, les leçons du di'iiidisme sur l'immortalité à la formation des soldais, elles auraient manqué, au moins en partie, leur elïet. C'est ce qui
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exaltation de la personnalité, qui rendait les Gaulois si diiliciles les uns envers les autres, les conduisait à une présomption sans
mesure. Ils se sentaient si grands qu'ils pensaient n'avoir besoin, pour vaincre, que d'eux-mêmes, tnina^inanl devoir tout renverser dovanl eux par la seule explosion dp leur courage, lie là le plus parfait dédain de la tactique. Il s'en faut cependant que la valeur soit le seul orliitreiles combats. Quelle que soit la fnrec de l'âme, le soldat ne triomphe qu'à la condition d'appeler à son aide celle des armes, car c'est un sûr procédé de victoire que de se protéger le mieux possible tout en portant à son adversaire les coups les plus adroits. Mais, ce sont là des combinaisons auxquelles le Gaulois était trop superbe pour consentir à se soumettre. Il aurai! craint qu'un succès obtenu
composé' des plus beaux H des plus hémiques ; cl, au abord, avant d'avoir l'ail l'épreuve du Ter, l'ennemi Ii de l'aveu des anciens, éprouvait une sorte de lerreu cette témérité surhumaine. « Nus el distingués entre
de tes larges plaies snus pinfondnii-, » Leurs armes étaient, d'un si mauvais service qu'ils auraient aussi bien l'ait de se jeter dans la mêlée sans nuire ressource que leurs bras. C'est ainsi que l'ausanias nous les montre a ce fameux passage îles Thermopyles, qu'ils enlevèrent pourtant. « Semblables à des animaux,
DE LA DÉCADENCE DU DHU1 D] SME. 157 ils se jetaient en avant, avec un ■ impétuosité furieuse cl téméraire. Coupés a\oc 1rs haches à ili'U\ tranchants, ou déchirés à coups d'épce, l'emportement (tu leurs âmes un faiblissait pas tanl qu'ils respiraient, et, traversés par les javelots cl les flèches, ils ne cessaient d'agir que la vie ne les eùl quilles. Tirant les Irnits de leurs blessures, ils les renvoyaient aux Grecs, ou en frappaient l'ennemi eu tes conservant à la main. * Aussi ne l'aul-il pas s'étonner qu'avec une lelle négligence à I "égard des moyens techniques de l'arl militaire, i-rs héros, malgré la sublimité de leurs efforts cl do leur courage, aient été linalemcnt vaincus par les Romains. Dans la pratique de la guerre, les armes, pourvu qu'elles ne soient pas maniées lâchement, assurent bien vile l'avantage à celui que leur qualité favorise. Si étendue en ellél que suit nue niasse de chair, cl quelques hardis iiiouvemenls qu'elle se donne, i! n'est pas dillieile de la couper, si l'on peut Faire jouer contre clic les matériaux nécessaires : c'était la leçon de César, cl il aurait Fallu que le druidisme s'éludiât à la l'aire entendre, connue complémentaire de celle du courage, à ces innés trop enorgueillies.
Avec des cœurs si différents rie ceux des Asiatiques, les valeureuses années de la Gaule devaient donc cire traversées par les légions de César presque avec la même Facilité (pie les bandes de Darius par les phalanges d'Alexandre. Kilos étaient d'autant moins capables de résislanrc, que le même esprit de bravade et de eonliance en soi, qui làisail dédaigner aux suidais le soin des armes, ne làisail pas moins dédaigner aux généraux le soin des manœuvres el de in haute tactique, .Ne portant pas plus dans la guerre que dans la paix l'idée de l'association des Ibrces individuelles, ils ne voyaient dans une bataille qu'une longue ligne de duels, et ils y allaient avec la mémo loyauté et la même simplicité que nous dans nos tombals singuliers. Celait un Irait si Frappant que pus un ancien n'a décrit leur caractère sans en Faire mention. « Les troupes de César en Caule, dit Hirlius Pansa, élaienl familiarisées avec la guerre dans les pays aceidcnlés et contre les Gauluis. hommes mivorls, peu portés aux embûches, et habitués à combattre avec le courage et non avec la ruse. « A Dieu ne plaise qu'il leur faille l'aire reproche d'une
vaincre qu'à force ouverte, cl ils ont été vaincus presque constamment par des stratagèmes. Ces! ce qui les exaspérait, li leur semblait que ce t'iïl lâcheté que d'abaisser la guerre à de telles tromperies ; mais [es désastres mêmes ne pouvaient prévaloir sur leur superbe el leur servir de leçon. Toujours In même colère les emportait, et toujours ils étaient frappés par la même méthode. I.e rirur saigne à voir ces lions se laisser égorger coup sur coup dans un piège invariable, et l'on en veut malgré soi à leurs instituteurs de n'avoir pas su les prémunir en les nourrissant davantage du salutaire principe de la délianee envers soi-même.
Mais admettons munie que l'esprit militaire, triomphai]! de ces folies de l'orgueil, eûl lini par plier ces âmes hautaines à toutes les exigences de l'armement , de la tactique , de ia stratégie , il n'aurait pas fait taire leurs dissensions. C'est toujours là qu'il faut revenir; ear, comme les sociétés vivent par l'harmonie, c'est en définitive par la discorde qu'elles périssent. La même raison qui empêchait la république gauluise de réussir devait doue nécessairement arriver h la faire tomber entre les mains de l'étranger. Kl c'est ce qui rend sa ruine si remarquable, car nulle part son vice n'est mieux à découvert et ne se résout en de plus terribles effets. Le drnidismr est justement frappé par où il péchait, el l'histoire de sa chute forme la révélation éclatante du défaut mortel dont il était affecté. On peut douter en effet que, malgré tant de dérèglements de la personnalité, les nombreuses et intrépides années que la (iaulr opposa
diverses souverainetés entre lesquelles s'était fractionnée, celte généreuse, nation avaient été disposées à faire corps. Mais l'amour de soi dominait chaque Étal comme chaque individu, e!, loin d'avoir tendance à s'identilier, les gouvernements n'eu avnic.nl qu'à s'envier et à se nuire. C'est ce qui s'explique assez quand ou considère dans quelle sorte d'équilibre était, tombé l'édilice de leur fédération. Pion- seulement ses parties ne tenaient point ensemble, mais elles pesaient l'une sur l'autre el se menaçaient. Aussi voit-on le rusé capitaine que ia Provi-
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dcuce avait destiné ;'i préparer involontairement celle (erre à la propagation des divines influences (le lu charité dont elle était lro[> privée, loucher dûs l'abord sur te principe funeste et procéder immédinleiuenl à lu démolition de la Guule en le faisant jouer. Les Commentaires de César ne sont pus moins l'acte d 'accusation di' uns pères (jiie l'expose de leur délailo, L'euneini est ru possession du eu'iir du pays avant que le nord et l'ouest, qui se croient désintéressés dans ei's aventures d'un autre territoire (pie le leur, se soient émus. Appuyé sur le parti (pie Rome s'était depuis Iniifik-inps ménagé dans la république d'Aulun, César n'avait eu besoin mie de s'immiscer dans une guerre civile, déjà Imite flagrante, pniir abullre dans le sang la ligue helvétique , et, par conlri'-eou|) , toutes les espérantes do la révolulion qui s'agitait; et, dès lors, assuré de la Saône et du Jura, appuyé d"nne manière continue sur l'Italie par les Alpes et la vallée du lllione, déjà soumises grâce à l'indifférence publique, il n'avait plus eu qu'à rejeter les Germains au delà du Kliin, aux applaudissements de ceux qu'ils avaient frappés comme de ceux qui les avaient appelés, pour se trouver assis en mailro sur la Gaule centrale. C'est alors seulement que les autres cantons donnent signe de vie, parce que les voilà qui commencent à soupçonner les desseins de l'Italie et à s'etfraver pour euxinémes. Ils se eealisenl ; mais le même esprit de discorde ipii venait de livrer à l'étranger une moitié du pays lui livre encore l'autre, iteims répète l'exemple d'Aulun. Soutenue par une clientèle nombreuse, mais inquiétée duns sa prépondérance par
république va d'elle-inèn i-devant de'l'invasion'et' lai ouvre
le nord. .Mais à quoi bon reprendre ici toute l'histoire? Qui ne si' rappelle ee faisceau rompu pièce à pièce? Dans le bassin de la Seine, César venait de trouver une république trahissant ses sieurs ; dans le bassin de la Moselle , il trouve un parti qui , par un semblable égoiMiie. lui mel entre les mains la république de Trêves, boulevard de ces provinces. Sur la Saûne, il avait armé les Lducns contre les Helvètes; en Bretagne, il détruit les forces navales des Venèles, en réunissant contre elles les ressources des villes maritimes de la Suiittun^c et du Poitou,
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déprimées longtemps 1rs imnio|>o!rs de cette opulente tribu cl inléressûes à sa perle. Sur la Meuse, pour réduire à l'extrémilé les Éhurons retranchés dans leurs inaccessibles forêts, sans avoir besoin île toi n promut Ire le sang romain , il lui suffit de convier à leur pillage les cantons d'alentour.
La patrie oc se sentit que quand on s'aperçut qu'on venait de la perdre. C'est alors srulrinnil que ia (iriulc s'rlrrtrisa. • 11 y eut, dit César, un tel accord île toute la Gaule pour ressaisir l'indépendance et relever l'ancienne yloira militaire, que les amitiés et les bienfaits perdirent leur inllueni-e i'l que. tous se réunirent pour celle guérir avec tout leur courage et toutes leurs ressources. • Il était trop tard : ce mouvement général, qui, à l'origine, eût élé vraisemblablement si décisif, se perdit; il ne fallut qu'une campagne pour ralitier ce (pic venaient de préparer tant de défaites partielles. Confondu devant un tel arrêt du destin, l'héroïque diclatcur, dans lequel s'élait résumé ee grand peuple pour ce dernier soupir de sa liberté , vint lui-même, jetant ses armes à ses pieds, dans une maguilique laeilunulé, se prosterner devant César, comme pour consacrer par cet abaissement volontaire l'asservissement qu'avait attiré, en même temps que mérité, ù celle race infortunée le défaut d'union. Un vain cssayn-l-clle encore quelques mouvements , ce fut son dernier acte d'ensemble. Il n'y avait pas six ans que la diète convoquée par Verciugélori\ avait ordonné de chasser l'Italien du territoire, que déjà, au lieu de Gaule, il n'y avait plus qu'une province de Home. - César, disait Antoine eu prononçant son oraison funèbre, nous a soumis une région immense et des villes innombrables dont nous ne savions pas même les noms; cl, bien que n'ayant reçu de nous ni les forces, ni les sommes suffisantes, il a accompli son ouvrage avec une telle célérité (pie nuns avons appris la vicloirc avant d'avoir appris la guerre. 11 a tout conduit d'une manière si sûre, que c'est par les Gaulois euxmêmes qu'il s'est fait ouvrir el la Celtique cl la Ilrctagne. Et aujourd'hui cette Gaule, qui nous a autrefois envoyé les Ambrons et les Cimbres, vit eu servitude et s'occupe à l'agriculture comme l'Italie elle-même. » (Dion Cass., lib. 41.)
Celle ruine si rapide n'csl-cl le pas une démonstration suffi-