‹ L'ésprit de la GauleChapitre 23 sur 58 · DE LA DECADENCE DU DRUIDISHE. 4M · texte numérisé non relu

DE LA DECADENCE DU DRUIDISHE. 4M

sanlcï Dira-t-on, comme il est trop vrai, que ies arrêts de la guerre ne sont point ceux de la jusliee? Si l'insuffisance de la Gaule à vivre par elle-même n'est pas assez prouvée par l'événement, demandons-lui de se juger elle-même. Le temps n'est pas loin où lu main qui, en s 'appesantissant sur elle, avait comprimé, sinon éteint ses dissensions, va faiblir à son loin' et lui laisser la liberté de recommencer la partie- av/tc des chances meilleures. L'amour de la nationalité, confondu un instant par la défaite, n'est peint mort; jamais on n'a désespéré de la résurrection, et, ou fond des cœurs, la voix de Vercingétoiïx crie toujours. Il ne faut donc qu'une occasion pour que le peuple se relève, et il ne s'est pas écoulé un siècle depuis César, que la voilà qui se présente. La mort île Yilellms. précédée de désordres inconnus jusqu'alors, semble donner à l'univers le signal de la décomposition de l'Empire. La Gaule s'ébranle. Hendue à elle-même parla discoïde de ses mailres, elle sent que ses destinées lui reviennent. Les plus ardents se réunissent. <* Ils proclament, ilit Tacite, que le peuple romain est emporté par la discorde, que les lésions seul massacrées, l'Italie dévastée, Home prise, loutes les armées occupées ; qu'il suffit de se saisir des Alpes, et que, leur liberté restaurée, les Gaules pourront regarder quel terme il leur convient de mettre à leur puissance. » Les druides, que n'avaient pu extirper les impilovnhlcs proscriptions de Claude, redoublaient l'enthousiasme en le fomentant par !a religion. Au pressentiment, répandu alors partout, qu'une l'évolution annoncée par loutes les prophéties île l'antiquité allait euliuse produire dans l'ordre du monde, s'ajoutaient en effet

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faveurdela Gaule la balance des supcrsldinns. Dans la lutte où venait de disparaître l'empereur, el au succès de laquelle le bras de la Gaule avait eu tant de part, c'était un de ses généraux qui, aux yeux de l'ilalie consternée, avait mis le feu au Capitule et ruiné le sanctuaire. De là, les druides, tirant l'augure, enseignaient que le signe de l'abaissement délinitii'du génie protecteur de Rome avait paru, et que, plus for lunée que l'épée de l'antique Itrcimus, celle de Itérons, rompant le charme, avait détruit le règne de Jupiter avec son temple, l'rolilant upparcm-

ment d'anciennes prédictions, ils proclamaient que l'heure était arrivée où l'empire iln monde allai! passer à la rare gauloise. t Guidés par une vaine superstition, Hit Tacite, ils chaulaient (|iie la [wssession des choses humaines élail [m nuise aux raees transalpines. » Jamais rontiilions n'avaient été. plus favorables à une nationalité, ipii veuf se rétahlir : la honte du joug, la lutine.

des niasses, l'excitai iuii des oracles. C'est dans ces cii'oni lances qu'une dièle générale est convoquée a Ilcims (mur lixcr le parti que prendra In Gaule. La question est solennellement posée ilevanl les représentants de toutes ees républiques prêtes à réunit if. Quelle raison les empêchera? Écoulons l'historien : o La plupart, dit-il, lurent détournés par l'idée de la jalousie des provinces. Quel serait le rhrl'de la guerre? Où puiserait-on le droit et les auspices? Si l'on réussissait, quelle capitale choisirait-on pour l'empire? On n'avait pas encore la victoire, et déjà la discorde régoail . Les uns opposaient, leurs alliances, les autres leurs forces et leurs richesses, ceux-ci l'ancienneté de leur origine. Par l'inquiétude de l'avenir, le présent prévalut. Twtlio futiirorum , jira-sfiUiu placurre. ■ Le présent, c'était l'état de société dépendante ; l'avenir, l'état de société trouvant tout en elle-même. Il fallait savoir l'attendre en effet, car, de la diète de Reims à l'Assemblée constituante, il devait s'écouler bien du lemps.

On ne peut cependant reprocher nu druidisme de n'avoir pas visé à L'unité. Par l'unité de Dieu comme par l'unité de la hiérarchie religieuse, ce grand principe se trouvai! écrit au fond de sa théologie «mime de sou gouvcrneiiieol. Maïs ce n'est pas assez de proclamer l'unité par un système. Si l'on n'a en même temps le >ecrct de disposer les cœurs à y conspirer, la loi, toute belle qu'elle soit, ne s'incarne pas, et les passions égoïstes, qui ont alors sur elle l'avantage de sortir, non-seulement des conceptions de l'esprit, maïs du fond même de In vie humaine, s'élèvent contre elle, comme on en voit un si frappanl exemple dans la Gaule , et paralysent son action. Il n'y a au monde qu'une seule puissance qui soit capable de réaliser i !■ ■ ■ H.' - Ii inli . p. ii I . il. 1 .1. I.i.|in IN i.-i,. I. .

DB LA DÉCADENCE DU DRUIDISME. 163 animés d'une sympathie réciproque, vivent les uns dans les autres et ne font qu'un. Mais c'est une puissnnee qui ne se développe que sur le signal de Dieu, et qui ne prend même toute sum cllicarité qu'à la riuidifimi qu'un idéal commun, auquel loulo ame se rap[iorle pareillement, se soif implanté dans la loi, taisant aux hommes des égau\ de leurs prochains, alin qu'ils puissent arriver plus aisément à y sentir des frères. Le régne do la véritable imité, c'est-à-dire de celle qui s'accorde avec la liberté, n'est do-ne possible que depuis les progrès qui se sont accomplis dans le cœur humain par le christianisme. Ainsi, pour le produire, il aurait fallu que le druidisme produisit préalablement l'Évangile, et il est évident que tel ne pouvait être son lot. Autant i! était naturel que l'esprit de charité prit naissance où avait dominé l'esprit d'humilité devant Dieu, autant il eût été hors de règle qu'il eût surgi de l'esprit d'orgueil et de personnalité. Plus le druidisme s'acquittait exactement de sa tâche dans la préparation de l'harmonie future du genre humain, en remplissant les individus de l'infini de leur droit, plus il poussait, sans le vouloir, à la dcsassoriatioii les peuples qu'il inspirait; plus il avait donné aux âmes d'indépendance, plus il aurait fallu qu'il pût tempérer leurs inégalités eu les soumettant à la contemplation d'un même type ; plus il leur avait donné de ressort, plus il aurait fallu qu i! pût leur donner de charité. C'est ce dont il n'avait pas le secret. Donc il était nécessaire que ce secours fût apporté à la Gaule par une action étrangère; c'est assez dire que le druidisme ne pouvait manquer d'être frappé, après sa tâche accomplie.

Ce n'était point le seul secours dont la Gaule eût besoin. Comment aurait-elle rompu d'elle-même avec les traditions archaïques dans lesquelles se complaisait le druidisme? Où aurait-elle pris la condescendance de se faire initier aux progrès

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portes, pour introduire chez elle le Ilot, si fécondateur à tant d'égards, de Home et surtout île In Grèce / Il fallait donc que la civilisation belléno-lalinc lui lut imposée , alin qu'elle pût l'imposer à son tour aux Germains et se sauver du goulîre menaçant de la barbarie. Tel était le but de la première contrainte

qu'elle appelait. La seconde devait Od-n pour l'accomplissement île la fusion îles sou verni ne 1rs braies en une seule. Toules ces

pire de la charilé , par une fédération jusle e( paisible, un tel ordre n'eût point encore suffi. Où il ne devail y avoir qu'un même esprit, il était nécessaire qu'il n'y eût qu'un même corps. La simplicité de la race et du territoire, d'accord avec In grandeur de la destinée, impliquait une seule nation. Il fallait doue qu'une puissance (elle que In royauté française l'ùl inlrodiiile, qui, tirant

tout le pays, alin de le fumier, par HiiiMlnlll de ce rassemble rnetit forcé, à se tenir coagulé de lui-même. Et ces deux forces devaient encore tourner dans un autre sensà i'avcneineni délinilifde la Gaule; l'une en paralysant à l'avance la résistance du druidisme nu mouvement nouveau du la religion ; l'autre en se consacrant à ce mouvement. C'est ainsi que In Providence travaille les Millions qu'elle s'esl choisies pour en faire nu reste du monde des modèles.

Quand César parut dans la Gaule, il y avait trois partis : le Romain, le Germain, le Gaulois. <■'•' liil le Domain qui l'emporta, puis le Germain, et, quand le Gaulois put enfin se relever, la Gaule transformée se nommait Franco.

La Gaule, à l'arrivée de César, élait dans une telie situation qu'une révolution capitale y pnraissnil imminente, lin homme

vigueur. Né chez les' Helvètes et considérant que ses compatriotes, tant par lu trempe naturelle de leur carne 1ère que par la pratique continuelle de la guerre avec leurs voisins de Germanie, composaient la population la plus solide de la Gaule, il avait imaginé de leur faire jouer le même rôle que prirent plus tard les Francs ; c'est-à-dire de fonder par eux la monarchie et

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