‹ L'ésprit de la GauleChapitre 33 sur 58 · L'ÉCMTCHB VÉGÉTALE II ES DRUIDES · texte numérisé non relu

L'ÉCMTCHB VÉGÉTALE II ES DRUIDES

V bit

Il cal, d'une Ires-haute importance de remarquer qu'au point de vue philologique, l'histoire du gui est loin de former un fait a part. On n'y doit voir qu'un article particulier d'un système général d'écriture, vraisemblable muni antérieur à celui de l'Égypte et encore plus cITaeé par le temps. Bien que ses traces soient trop légères pour que l'on puisse espérer 1IV11 restituer jamais l'ensemble, comme on l'a Tait pour les hiéroglyphes, on en sait pourtant assez pour qu'il ne soit possible rie concevoir le moindre doute ni sur son existence, ni sur son principe générateur.

Il résulte, avec la dernière évidence, d'une multitude de témoignais des bardes gallois du moyen âge. que In science dont ils se vantaient d'être les pnssi'ssenrs é'ail exprimée par des symboles tirés dn In nature végétale. (Vêtait là ce qu'ils nommaient emphatiquement Rhin ou Rmi, les mystères, et riont les initiés recevaient seuls le secret. Aussi les arbres et leurs rameaux jouent-ils chez eux un tel rôle, que leur langage en reçoit, nu premier aperçu, un tour véritablement extraordinaire. Mais tout s'explique ries que l'on découvre qu'il ne fnut entendre par arbres et rameaux que paroles cl sentences.

Ainsi Taliesin, nu début J'un de ses poèmes :

> Je suis Taliesin,

■ Chef des hîirdesde l'Occident;

> Je connais chaque rameau

t llans le souterrain du devin suprême. ■

El ailleurs, dans le poème intitule : Angar cyeijndawd, la Concorde discurda nie :

. Je connais la slgniQcaUon des arbres.

• Dans l'inscription des choses convenues ;

• Je connais le bien et la mat;

m ESPRIT DE LA GAULE.

• Je sais ce qui cm ordonné,

• Louange ou blâme, par le dessein

■ De l'inscription des arbres des sages.

• Je comprends mon institut. ■

El, dans le poème appelé : Prir gymmh Talksin, ou le Premier snlul de Taliesin :

■ Les poinles des arbres imitateurs,

. Que murmurent-elles si puissamment?

■ Ou quels sont les divers souffles

■ Qui sont dans les troncs?

. Ces choses sunt lues par les sages,

■ Qui sont versés dans la science. .

Le secrcl de cette méthode su retrouverait peut-être dans un c.lehrc poème lu même barde, inlilulc OU! ijixlilnt, le Combat des arbres; mais il n'y aurait possibilité de l'y découvrir que moyennant la mélhode elle-même, qui seule est capable de rendre celte poésie liiut ii fail intelligible. Le barde raconte en termes enigmaliques que, se trouvant dans la ville de Yelenydd . avec les arbres et les herbes, ses compagnons demandent à Dieu le moyen de relever leur nation, et que Dieu leur rend un oracle sous les ambages daquel il semble que l'on doive entendre le rétablissement de L'ordre hiéroglyphique :

• Sous le langage et ses éléments,

■ Représente les arbres chefs

> Dans le savoir des guerriers,

■ Et arrête ia confusion

• Du combat, dans lu main de l'inexpérimenté. ■ El il ajoute :

• Lorsque les rameaux furent marqués

• Sur la table des sentences,

. Les rameaux élevèrent la voix

■ Sous la forme de sons distincts;

■ Alors cessa l'incertain combat, n

Tout le poème est dans ce style, qui devient surtout impénétrable des qu'il s'agit de lliuologie. Ainsi ;

L'ÉCRITURE VÉGÉTALE DES DRUIDES. S35 i Existant d'ancien temps dans les grandes mers, . Depuis le temps on le cri fut eulendu,

■ .Nous filmes poussés delmis par Ira pointes du bouleau;

■ Décomposés cl simplifiés,

• Les pointes du chêne nous lient ensemble. ■

Enfin , je citerai encore quelques tercets, d'une forme trésa tv h nique, et qui, ù quelque Époque qu'ils aient été écrits, peuvent être considérés comme reproduisant la tradition de la plus vieille |jin ; sii' druidique :

• Le rameau vert du bouleau

. Conduit mon pied hors du piège -

■ Ne livre pas le secret au jeune homme.

. Le rameau vert du Chêne

> Conduit mon pied hors de la chaîne :

y Ne livre pas le secret a la jeune lille.

> Le rameau vert du chêne feuillu

• Conduit mon pied hors de la prison :

j Se livre pas le secret au bavard. •

On ne peut douter qu'à chacun de ces végétaux ne se rattachât nue leçon spéciale, en vertu d'une méthode analogue u celle qui luirait avoir été en usage pour le gui, et dont 1rs singularités de ce végétal rendent heureusement le sens si pènélrablc. Mais , en général, il suffit de considérer ce que nous venons de citer, pour être «invaincu que les inities ont dù posséder seuls la clef d'un tel langage. Néanmoins, pour des cas de peu d'importance, et a une époque de transition et d'altération du druidisme, les bardes se sont quelquefois laisse aller à des ouvertures qui, sans dévoiler les mystères supérieurs, sont d'un grand prix nomme iiiiliration delà méthode. Ainsi Llyvvarcli-Hén , dnns une suite de tercets intitulée Gorwynien ou les Elucidatcurs, nous donne nettement la traduction littérale d'une centaine de rameaux :

• La pointe du i-lièiie, le rameau amer du frêne,

• Et la douce bnivère, signifient le rêve brisé.

> La joue ne cachera pas l'angoisse du cueur. .

Ou encore :

. La pointe du noisetier, le Iniëne d'égale longueur,

> Attachés avec ili's feuilles île chêne, signifient :

• Heureux qui voil celui qu'il aime. ■

ici toutefois, et c'est un point d'une haute valeur, nous ne

en' résulte naturellement des combinaisons d'idées bien plus multipliées. Ci' sont des phrases donl 1rs rameaux des diverses espèces formeiil les m i.' in lire 5, Un eeiïvail doue, à l'aide ris ces expressions symboliques, de la même manière que les Péruviens avec leurs quipos, li s Arabes ri les Chinois avec leurs Imuquots. Aussi vnilon que l'usait des (leurs parlantes subsiste toujours chez, les Irlandais. Ce n'est qu'une suite de la méthode générale qui avait joué nu si grand rôle dans lu Gaule antique. ï.iliesin . quoique moins explicite que l.lywnrch-llèn. nous donne cependant aussi, en et la. quelques té moi g nages qui, tout imparfaits qu'ils suent, sultisenl pour eontirmer le l'oit. Ainsi dans le Buarlh-Bcirdd , le Cercle des bardes :

• Je suis un dépôt de chants : je suis un homme de lettres,

> J'aime les rii jj ■«."ji u -\ aver leuis pointes bini nouées... . Il est temps d'aller au banquet,

au milieu des bois et des campagnes, tout remplis de la vue des végétaux, se soient habitues à associer certaines idées à certaines espèces : la grandeur, la durci;, la force ou chêne, la légèreté au roseau, ta flexibilité ou saule, la droiture au sapin; ou même que certaines circonstances, encore plus délicates, de la végétation soient devenues pour eux les emblèmes d'idées correspondantes d'un ordre plus général, aiufi qu'on le voit par l'exemple rîu gui. En un mot, il est manifeste que, par une suite de conventions

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assez simples, la totalité dus végétaux « pu finir par se Iransformcr en une sorte de vocabulaire, de telle façon qu'au lieu de [irunnniTc |i- mol . il aurait il- s lors sufli de nommer le végétal, ou

une pensée, il n'y aurait plus eu qu'a rassembler avec, ordre les symboles correspondant à la suile de ses termes. Voilù doue un lauga-c hiéroglyphique tout naturel, et dont il semble permis il' imaginer que les pal rin relu 'S mit pu l'aire usage dans leur berceau. On peut même croire une quelques nuances de cet antique usage s'étaient conservées dans la migration d'Abrobam. C'est en effet à un système tout semblable qu'appartiennent les deux fameux arbres de la Genèse, dont l'un symbolise la science, l'autre l'immorlalilé. Itnbbi Xabam (in Sireha) donne précisément une explication à peu prés pareille, de l'arbre de la science : ■ Un grand arbre nu milieu du paradis, dont les rameaux qui sont les dictons se prolongent en petits rameaux el en feuilles qui sont les lettres. > On pourrait relever pa rl i eu lie renie ni chez les prnplièlos bien d'autres traits du même genre : ij sulTit de rappi'ler le rameau d'olivier qui devient une parole pour Noc, et la harangue prononcée par le frère d'Abirnelecb, dans liquellc. eonime dans le langage de Talicsin , toute la pensée, se trouve enveloppée dans des symboles végétaux. Quoi qu'il en suit, il n'y a point à s'élonner que les druides, si fermes gardiens « tous égards des eoutuiues antiques,

laissent garde celle ei, et qu'cnni'misde l'anltirot îorpliismeeomme

de l'architecture . au lieu de se livrer comme I Êgyplc aux hiéroglyphes artificiels, ils se lussent obstines jusqu'au bout dans leur llilélite aux hiéroglyphes naturels. Sans doute, ils durent changer quelque clmse à eeux dont s'étaient servis leurs ancêtres dans les montagnes asiatiques; mais ils ne le (Iront qu'en conséquence du

Dés que l'homme possède une image propre à lui représenter une idée par les yeux, el qu'en mémo temps il fait usage d'un son qui lui représente celle même idée par l'oreille, il est tout naturel qu'il se fasse dans son esprit une liaison intime entre les deux symboles, tellement que le symbole de l'idée devienne également celui du son qui la caractérise. Finalement, les sons doivent donc en venir à rerevoir des synonymes visibles, el ainsi s'opère le passage de l'écriture hiéroglyphique à l'écriture proprement dite. C'est ce qu'on pourrait deviner, s'il n'était prouvé par

l'histoire dos alphabets de l'fcjrypl ■ et de In Chine que celle grande révolution de l'iirt d'écrire s'est effectivement arenmpliedo la sorlo chez ces peuples. Par conséquent, il serait permis do conjecturer, lors même qu'il n on resterait pas le pins léger indice, que. chez l"s peuples île la ligne celtique . l'usage drs hiéroglyphes végétaux n'avait pu manquer d'ahaulir à quelque résultat du même genre, liais c'est ce dont les ton loi [nuises des bardes donnent les assurances les plus formelles. Il } scrnït superflu d'accumuler de nouveau les citations sur ce point; il suffit île rappeler un des passai,"'-* précédents, dans lequel Tuliesitl déclare que les rameaux élèvent leurs voix sous forme do sons distincts. Ainsi, dans récriture druidique, Ie3 rameaux no figuraient pas seulement des idées, ils figuraient des sons : et celte double propriété se retrouve précisément aussi dans les hiéroglyphes de l'figyple..

De figurer des sons complexes comme ceux qui représentent les idées, à figurer des sons élémentaires, c'est-à-dire à prendre

qu'un pas. On doit donc s'attendre à ce que ce pas ait clé également Franchi par les races celtiques, '"est effeeli veinent ec qui semble ne ilevoir souffHr aucun doute. D'abord on en trouve une sorte de témoignage laeile conserve par la langue ollo-iuéme. Dans le dialecte gallois, le célèbre mol de <jinjtl:l signifie à la fuis arbre et science ou lit ténit are. et. dans le dialecte irlandais, ffmlha présente pareillement ce double sens. C'est donc de l'arbre que viennent les lettres. Mais il y a plus. L'alpliahel national do l'Irlande, le plus mystérieux, celui qui se nomme YtHfham ou l'alphabet des lettres magiques, et dans les trois premières Ici 1res duquel

subsiste encore le nom de IMni, l' Apollon il:'iiid ique. [Mlh-tuis-tihnù,

nous offre le monument complet de cette histoire. Chaque lettre y

porte le tuinid'un végétal forme sa correspondance spéciale, et dont elle n'es! en quelque suite que l'image. Ainsi a esl le sapin, e le bouleau, r le noisetier, etc. On ne cannait, à la vérité, ectle clef des végétaux que par la tradition de l'Irlande; sur les aulres lignes, elle semble perdue. Mais les circonstances qui accompagnent celle tradition, ainsi que l'a montré, dès le xvir siècle, O'Flohcrty, mettent son antiquité hors de doute.

L'alphabet sacré que se transmettaient secrètement les bardes de Galles, et qui n'est connu que depuis le coiiimcuceuieiil dece siècle, n'est pas, aussi explicitement que Yogham ou heiMuisnion, un pur alphabet druidique, en ce sens qu'il ne garde pas ostensiblement,

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