‹ L'ésprit de la GauleChapitre 41 sur 58 · STATISTIQUE DES MONUMENTS · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DES MONUMENTS

La statistique des monuments a l'avantage dedonner un aperçu l'ancienne statistique de la population. 11 est singulier, au premier abord, de voir que ce soil dans les pays aujourd'hui les moins peuples, qu'il y en ait le plus. L'anomalie s'explique cependant sans peine, car c'est naturellement dans ces pays que l'on a du en détruire le moins. Mais ce qu'on y observe peul être pris pour mesure de ce qui existait primitivement dans les contrées plus favorisées. En attendant que l'on ait opère en France uu relevé exact de tous les monuments eultiquesqui subsistent encore 1 ,

1. lin travail important a été publié récemment sur celte matière par M. A. Bertrand, Iruvnil iin'-vii.ililemeul très- incomplet, mais qui se complétera el se reelilieni peo à peu par les renseigne m en la qui arriveront de toutes les pnrlies du territoire. L'utilité d,: ee relevé est tout à fait indépendante de la valeur il™ hypothèses que présente l'anleiir sur l'origine des mon unie ois qo'il enregistre.

(ffatt rommuniquèe ]<ar M. Hkmu Martin.)

il n'est lionc pas inutile de recourir aux relevas partiels qui en ont laits ilmis quelques cantons itn imnl de t ' Al !<.' i fruf. Ainsi, dans le cercle de Salawertel . dans l'Altmark, on compta œni reize cromlechs et dolmens : en rvlmetlnnl que. depuis les temps anciens, (m en oit détruit n peu prés iuilmil, ce canton mirait renl'erme deux cent trente edideos eons.-u'res tant an culte qu'à d importantes sépultures ; or, il ne possède, dans l'état actuel, que cent vingt églises, reparties entre quatre petites villes et cent quarante-

des tumulus.

A premiei

n se trompe clr.'iiitf'in.'ii

est de moitié plus lourd que l'obélisque élevé à Reme, au Nvi'sicde,

ESPRIT DE LA GAUI.fi.

des édiflcea de celle importance, il fondrait dépenser plusieurs millions. On a calculé que les chambres sépulcrales, des proporlirjus les plus ordinaires, l'evit'iiihoicut. de uns jiwrs. à 20 on :HKOI>0 francs. Que l'on essaye de supputer ce nue doit valoir le monument de Carnac, en lui restituant , par In pensée, ce qu'il n perdu, c'cst-ti-dire ou moins cinq à six mille menhirs, et l'on verra nue Sun prix est pcul-olre supérieur à celui rie uns cathédrales du moyen âge. Sans 'fuir compte de la voleur morale de ces antiques eiiiliirs. qui est au -dessus de tant, il devrait dune sullire de leur

valeur matérielle pour les rendre respecta Mes à noire époque. Maintenons, tandis qu'il en es! temps encore, à la surface de notre territoire, ces derniers lambeaux du testament de nos pères, et

demandons ;'i l'administration, eoiiune il lui est si facile de le faire, au moyen de la hiérarchie de tes a;u'us. d'en dresser enlin un acte authentique.

VHI

SUR QUELQUES EDITES DE LA FAMILIARITÉ AÏEC LA UORT

« Supplicia enram qui nut in furtoaut latrocinioautaliquà nnxn i sunl comprehensi, gralioro diis iminorlnlibus esse arbitrant. ■ (1k Bell, GaU., lib. III.)

César termine r 'Ile déclaration par un mot tout opposé. Il dit que. lorsqu'on manquait di' condamnes, ou avail rei'ours ;i des victimes innocentes. • IClium ail imioceolium supplicia deseeudunl i C'est le seol ai^mncul sur leipiel on ;iil |iu se Hunier pour accuser un sacerdoce, dont toute l'antiquité s'est plu à célébrer la sagesse et la justice, de s'être imaginé plaire aux dieux en commettant sur leurs autels des assassinats. Ainsi, ces dieux qui, d'après le témoignage île César lui-ménii: n'aimaient le sang du coupable qu'en proportion de sa culpabilité, se seraient accommodes aussi de celui de l'innocent; la liturgie n'aurait servi qu'à symboliser aux yeux

FAMILIARITÉ AVEC (.A MORT. il>7 des peuples l'iujuslice el lu viidoiuv portées u leur dernier excès; enfin, le corps sacré des druides se serait fuit un devoir d'outrager, dans ses actes les plus solennels, telle belle formule dans laquelle, selon Diogène Luërtc, se résumaient toutes ses levons : Adorer les dieux, ne point faire de mnl, euttiver In force (morale).

Non, de (elles inconséquences ne sont |nijnl vraies. Si le mot deCesur

doit èlrc pris eonime l'ont fait les ennemis des druides, il n'a pu avoir pour fondement que îles nlins isolés, grossis pur des voix lioslik's el desquels le druidisiue m; ivpmid pas. Mais il est infiniment plus vraisemblable qu'il raille eulrudn: iei. par le mot d'innocents, les victimes volontaires. ce qui ouvre une tout antre ques:ion.

Cnrtius: lundis que les Gaulois virent sans eesse de t'es tloiames héroïques qui se dévouaient solennellement, en vue du ciel, pour le salut des autres.

Il ne faut cependant pas se dissimuler que le mot de César a pu s'appliquer aussi, dans certaines circonstances, n des captifs. Les

Gaulois dé vi ienl effectivement au dieu des armées, de la même

manière que les Hébreux, les ennemis de leur nationalité. Après la victoire, sur le théâtre même de la lutte, ils en faisaient d'imm>'iisos holocaustes. Lu forme de l'aiiatlièine était toute semblable, et, en lisant le récit des exterminations dans le Channan, on pourrait se croireavecdcsGnulois. Hommes et animaux, le saerillr.e embrassait tout ce qui avait vie, et l'incendie du bulin accompagnait comme un encens l'olfraude du sang. Que l'en compare la prise d'Amalec

Josue, tout ce qui élait dans la ville, depuis l'Iiomme jusqu'à la femme, depuis l'enfant jusqu'au vieillard: ils frappèrent avec le glaive les bieufs, les àues el les moulons, ils incendièrent lu ville et tout ce qu'elle contenait, excepte l'or, l'argent, les vases d'airain et le fer. qu'ils consacrèrent dans le trésor du Seigneur. » Ainsi, cumule les Hébreux niella kilt i|uelquel"ois eu réserve, pour en faire un sacrifice particulier, des prisonniers de choix, il ne serait pas impossiMe que la même pratique eut exislé chez les Gaulois, dont le droit de guerre n'éluil sa us doute pas moins barbare que celui de Moïse, de Josué, mèmedeSniil. Il n'y n qu'à transportera un druide l'action de Samuel à l'égard du roi que Suii! avait fait prisonnier dans Amalec, et l'on aura parrailement l'idée du saeril'ue opère sur la personne d'un captif. Samuel lui dit : • Comme ton épée a rendu les mères sans enfants, ainsi sera ta mère entre luules les

ESPRIT DE i.A GAULE.

femmes. Et Samuel le coupa eu morceaux devant le Seigneur dans (iulgala. ■ Peut-être même, ce nui mettrait sans doute à celle scène kl île m il' 1 iv lihiielu'. |;t snngliinlr .■=.-. 1 1 1 ' 1 1 1 1 ï 1 ■ - s ■ p;iss;i-l-oile dans l'enceinte du lial-fial de Josuo. près duquel s elait hàlie l;i ville qui en tirait son nom. Toutefois on nej igernit pasaveo pleine justice de ce cruel droi! de In guerre, si l'on ne tenait coniple île la différence de la guerre dans les temps anciens cl dans les noires. Si : pour porter atteinte à In vie d'un citoyen, on méritait In mort, pour commettre le même crime à l'égurd de tout un peuple, on In méritait bien davantage. Tout étranger saisi les armes à la moin était con- *id,ov comme criminel, et son supplice, pour affliger l'humanité,

5i. ■Iipiii i i, -. m- -1 lu ■•liitm- l< I Iiir.i I rl

pouvait conduire il de déplorables excès, il y avait sans doute bien des compensations. On peut s'en faire une sorte d'aperçu par ce i[ui so voit aujo ird'hui chez les Bretons. Malgré la présence, d'un si fervent catholicisme, celte familiarité a résisté: c'est une tradition de sentiment, que l'invasion des doctriaes romaines n'a pu tout a fait empêcher de se perpétuer dans les ceeurs, et qui se témoigne par mille traits singuliers qu'on chercherait vainement ailleurs. Je n'en citerai que deux, une ehansin et une pratique dévole, qui me semblent assez caractéristiques.

Tout le monde connaît la ballade devenue si célèbre sous le nom de l.éiiore. Elle est répandue nnn-seulemenl dans toute la Fronce, mais dans toute l'Europe, en Allemagne, en (ïréce, en Scandinavie. C'est l'histoire d'une jeune fille qui est enlevée à cheval par un mort, et l'effol p Clique qui se développe ^radiiellement est f >ndé sur l'effroi que doil inspirer le séjour où arrive finalement la [lancée, (ïeil le coiilrusle enlre lit condition des morts el celle des vivants. Or, voici la version bien différente o cet égard qui se chaule en Bretagne, où M. de La Viltemarquë la dit très-populaire :

• Le hibou fuyait, en criant, devant eux, aussi bien que les animaux sauvages effrayés du bruit qu'ils faisaient.

— Que ton cheval est souple el ton armure brillante ! je le trouve bien grandi, mon frère de lait 1

i Je le trouve bien beaul est-il encore loin, Ion manoir?— Tiens-moi bien toujours , ma sœur; nous voici tout près. N'en-

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