‹ L'ésprit de la GauleChapitre 54 sur 58 · Voir la note do la page · texte numérisé non relu

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LE MYSTÈRE DBS BARDES

.e point de vue de telle théologie, eu quoi la perle de le mémoire, un ce qui touche aux périodes passées, peut être considérée comme un bienfait relativement à l'homme dans sa condition présente; car, si ces périodes passées, comme la position actuelle de l'homme dans un monde de souffrance en devient la preuve, ont clé malheu-

IVIIsellieilt Souillées J'i'l'ÈVUl'S et lié l'I'jllli'S, éaUSCS jinnilléfi-s lIl'S

iiiisiTirs l't des expiations d'aujourd'hui, c'est évideinmeut un avantage pour l'ami' de se trouve r déchargée de la vue d'une si grande iLiuliiL.il]'' île fiitili'.v l'I.di! m mi lit; coup, dos remords Irop accablants qui en naîtraient. En ne l'obligea»! à un repentir formel que rclalivemen! aux culpabilités di' sa vie actuelle, et en compatissant ainsi à sa faiblesse, Dieu lui fait effectivement une grande grâce.

Enfin, selon cette même manière de considérer le mystère de la vie, les nécessités de toute nature auxquelles nous sommes assujettis ici-bas , et qui , dés notre naissance , déterminent, par uu arrêt pour ainsi dire fatal, la forme de notre existence dans la présente période, constituent un dernier bienfait loul aussi sensible que les deux autres; car ce sont, en deliuilive, ces nécessites qui donnent à notre vie le caractère qui convient le mieux à nos expiations cl à nos épreuves, et par conséquent à notre développement moral ;el ce sont aussi i'c> mêmes nécessites, soit de notre organisation physique, soit des circonstances extérieures au milieu desquelles nous sommes places, qui, en nous amenant forcément au terme de la mort, nous amènent, par lu même, ù noire suprême délivrance. En résumé, comme disent les Iriades dans leur énergique concision, ce sont là tout ensemble et les trois calamités primitives cl les trois moyens ellicaees de Dieu dans abred.

Mais moyen lia ut quelle conduite l'àme s'eleve-t-clle réellement dans cette vie, et tneritc-t-elle de parvenir, après la mort, à un mode supérieur d'existence ? La repense que fait le christianisme à celte quesliiiii fondamentale esl connue de luus : c'est à condition du défaire en soi l'éguïsme et l'orgueil, de développer dans l'iiili-

seules ellicaees. seules méritoires devant Dieu : Bienheureux les doux, dit l'Évangile, bienheureux, les humbles! La réponse du druidisme est loul autre el contraste nettement avec celle-ci. Suivant ses leçons, l'urne s'élève dans l'échelle des existences à condition de fortifier par sou travail sur elle-même sa propre personnalité, et c'est un résultai qu'elle obtient naturel le tuent par le développement de la force du caractère joint au développement

du savoir. C'est ce qu'exprime In vingt-rinqiiit>mc triade, qui déclare que I amc retombe dans lu nécessite des transuii];r;dk>us, c'est-à-dire dnus les vies confuses ci mortelles, non -seulement par l'entretien des mauvaises passions, mais par l'habitude de lu léclielc dans l'aL'rniiiplissi'meiti des actions justes, pur le défaut de fermeté dans l'attachement » ce que prescrit lu conscience, eu un mut par In faiblesse île caractère ; ei, outre ce défaut de vertu morale, lame est encore retenue, dans son essor vers II' ciel par le défaut du jHTlirliiimiriiiL'nl de l'esprit. L'iihnninalion intellectuelle, nécessaire pour la plénitude de la félicite , ne s'opère pas simplement dans l'âme bienheureuse par un rayonnement d'en haut tout gratuit ; elle ne se produit dans la vie céleste que si l'âme ellemême a su faire effort, des celte vie, pour l'acquérir. Aussi la triade ne parle-l-elle pas seulement du défaut de savoir, mais du défaut d'effort vers le savoir, ee qui est, nu fond, comme pour la précédente vertu, un précepte d'activité et île mouvement.

A la vérité, daiu les triades suivantes, la charité se trouve recommandée au même litre que la science et la force morale ; et c'est assurément le eouniiiiienicut légitime de cette morale, qui, dans l'absence de la loi de charité, contre-poids logique de la loi

l'L'Koisnie et a la division. Mais ici encore, comme eu ce qui touclic

â lui, cl non point à la forte, mais dure reliisinii de nus pères, qu'appartient la prédication et l'intronisation dans le inonde de la loi de ta charité en Dieu et dans l'homme; et, si celte loi brille dans les triades, c'est par l'effet d'une alliance avec l'Évangile, ou, pour mieux dire, d'un heureux perl'eclitiniirinrnt de la théologie des druides par l'action do celles des apôtres, et non par une tradition primitive. Enlevons ce divin rayon, et nous aurons, dans sa rude fraudeur, la morale de la Gaule, morale qui a pu produire, dans l'ordre de l'héroïsme et de la seienee, de puissantes personnalités, mais qui n'a su les unir ni entre elles ni avec la multitude des humbles.

Restée savoir quelle est, dans ee perfectionnement progressif de l'âme, la part de l'individu et la part de Dieu. Issus des profondeurs de l'abîme, les êtres se développent-ils par l'effet d'une force naturelle déposée en eux dès leur origine, comme la plante sauvage qui renferme dans sa semence toute sa destinée, et qui, pour surgir de terre et s'élancer vers le ciel, n'a besoin que d'elle-même

LE MYSTÈRE DES DARDES

cl des secours gênera us <|ii'i.'IIi; r eue un tre dans l'air et dans le sol J lin bien, an contraire, luui-il comparer les -l dans leur ernissanro successive, à des vi-^rliius délirais i[in se dessèche raie a t liieo vite si l'u:if el la main du jardinier ■[ ni les a seines, et (jui aime à les entretenir en vue do jouir un jour de leur floraison, cessaient de veiller sur eu* el les abandonnaient, ne fiit-ee que pour un inslanl, aux seule.-; forces de lu nature J En un mot. In gnke dp Dieu aceompanue-i-ellc l'homme dans lims les temps pour l'exciter et le soutenir dans le travail de son nerl'eelionnomeul? Ou bien la grâce de Dieu à l'égard de l'homme s'est-elle, bornée iï le errer pour le livrer ensuite, sans y innuer en rien, aux déterminations bonnes ou mauvaises de sa liberté"*

dans l'espril humain, quant â la queslioa l'undaiaenlale des rap-

par ee que l'on connaît des tendances générales du druidistne que pnrle teste même que nous avons ici sous les yeux, que la théologie de la Ilaule. dans sa prédilection pour le | n i 1 u-i | n ■ de [lei-siiiiiiHlLté. n'ail donne dans la voir séduisante, mais dangereuse, de la liberté railicale. Les Iriadcs nous représentent, on effet. I homme placé en équilibre entre le bien et le mal, el c'est, à leur sens, par un acte spontané, qu'il incline, soit vers l'un, soit vers l'autre, à peu près s dans le symbolisme de nos entraînées à volonté, par lu :he. A l'opposé de l'animal

psque l'intelligence, s'éveille

dil enorgiquemeut le barde, l'homme, la liberté, et la libre, et c'est une vérité à laquelle, sauf les l'atalistes, lout le monde consent: mais, peur ne pas reconnaître dans la leçon des bardes une pensée essentiellement différente de la théologie chrétienne, il faudrait y voir partout, a câlo de la liberté de l'homme, el dans une indissolu Ide union, lu grâce de Dieu.

On ne peut toutefois disconvenir qu'il ne se rencontre, dans lu seizième tria le, nue doctrine distincte de celle qui respire dans toules les onlres. Kn enunicrniil les bienfaits que Dieu confère à tous Ils êtres dans le cercle i'abred, cette triade parle précisément SI

comme ces pierres branlantes si usitée

ESPUIT Dl! LA GAULE.

de ki iice et passe sous silence la liberlé. Elle meiîliuime en premier lieu lu secours île Dieu, sans lequel l'intelligence ne peut rien

■ .nnuiif. 1 ..i. .■! 1 |. ■riuii>-i.i. 1.1 . - .r in.

partisans les plus absolus île lu doelriuo de lu grâce, ou gré desquels la grâce de Dieu est indispensable pour eonnnilrc Dieu

la puissante de In liberté, 11c pourraient, selon la déclaration rurmelle de e.e texte-ci, se produire que par lu puissance de Dieu. Assurément, il est impossible de se refuser n voir dans celle (riade une interpolation purement chrétienne. Elle tranche sur tout le reste par une couleur qui lui est propre et qui trahil sou origine a première vue. On dirait d'une parole de saint Augustin mise entre pareiillirses au milieu d'un discours de Pelage. Cet hérésiarque ci'lèbre, qui, nu cinquième siècle, remua In chrétienté par sa controverse avec l evcqiie d'ilippone Imn'hnnt le dogme de la grùe*. et de la liberté, sortait, en effet, de ce même foyer de I Ile de Bretagne, alors encore loul gaulois, d on nous sont venues les Triades; et sa doctrine peut être considérée comme une émanation du même esprit qui, par la tradition des bardes, s'est transmis il'aw en âge jusqu'au monument que nous nnnlv.sons en ce inomenl.

Les témoignages des nncicus sur ce caractère singulier de lu race gauloise, qui les avait si vivememenl frappes comme ne craignant pas In mort, précisément parce qu'elle niait la mort aa nom de l'immortalité, reçoivent une parfaite couiirmnlion par les éclaircissements contenus dans les Triades. Ce tcxlc peut même èlreeou. sidère, dans toutes ses déclarations sur les propriétés du cercle

ver relativement ans passages trop peu e\pliciles à cet égard des auteurs grecs et latins. En voici, comme pour le cercle d Alired, lu traduction littérale.

30. — Trois di Itère 11 ces iwii licites entre l'homme ou loul antre être et Dieu; I homme c-t limité et Pieu nu saurait l'être; l'homme a un ci acnecnieiit t! l n'en saura il avoir l'holi ■ doit néresaiiircjnenl

eipalion dite: et

C Rit CLE HE UWTNFÏO,

LE HTSTÈHE DES BARDKS. 3î3 passer par 'les changements d i-lat sueccssils dans le cercle de aut/n/jfJ il cause (le son impuissance à supporter l'éternité du mgant; et Dieu ne saurait changer, car il peut supporter toutes choses PI cela avec la félicité.

Ui. — Trais ;iïiinl3f,'i>s pi'incipnu\ ilu cercle de timjnfyd : absence de mal. absence de liesoin. absence de mort.

32. — Trois choses qui seront rendues à l'homme dans le cercle de 'jirynfutl : le ifénie primitif (IW™j; l'amour primitif: la mémoire primitive, car sans cela il ne saurait y avoir de félicité.

33. — Trois différences qui distinguent entre eux tous les êtres vivants : rntMB, la mémoire, la perception; car e"est en cela que consiste la plénitude propre de v lia. ]ue individu, et il ne saurait y avoir deux plénitudes d'une même chose.

3i. — Trois dons que Dieu a faits è tout cire animé : une vie complice en elle-même; une individualité ali:-.ilntnenl distincte: et l'originalité de son «uv» priniilif p;ir rapport il Inut autre. Et c'est là ce qui constitue la personnalité complète de chaque être.

1; (de la e

;ii>s;iiiii.')

science :la Ira nsiin^'ii lion cumplèlc venir de chaque transmigration et de à volonté, de nouveau, par un état

re vivant dans le e pri mi tir (a Ken), : Dieu : Supporter

\ï. — Trois choses diminuent eunlinuelleini'iil : l'oliscuritc. I'

ESPRIT DJi LA (JAOLE.

43. — Trois choses se renforcent du jour en jour, la tendance vers elles devenant toujours plus (,'raude ; l'amour, lu srieucc, la justice.

M. — Trois choses s'alluiMis-fut de jour un jour, roppuïil.un contre elles croissant de plus en plus : lu haine, (injustice, l'ignora née.

tà. — Los trois jilcni Indes du bonheur de ginjiifint : Jiarliuiiicr du luiili' qualité iivi'c nue pi'rCi'i'iiou pi-iin'oulu : posséder ttnili > ospeen de génie avec un génie prééminent; emhrasser tous les êtres dans un [ ! n"- j j h ■ amour aveu un amour i'U première liyiie, savoir l'auuiur de Dieu, et c'est en cela que sisle la plénitude du ciel et de uivynfijd.

\G. — Trois nécessités de l>ieu : être inlini en hii-uiéuic: être lini par rapport au fini ; être en accord avec chauue état des existences dans lu cercle du gtctjnfyd.

La tradition dis hardis gallois est, comme on le voit. purl'u itcinclll conforme ;i ce que nous ;n ai 'lit appris, luiicbanl lïaimorlnlile druidique. les témoignages des Urocs et des Lutins. La cotiser valinn paiï'uiledu lu vie iiidivjiliii'lle. ijuanl a >u l'orme. » sa qualité.

ii sou but moral, est, en effet, ce qui caractérise le cercle de gwynfyd, et c'est à indice dans lotit son jour ce dogme capital

que sont consacrées les Triades que nous venons de citer. Il n'y a

pas dans la théologie de la (initie de leçon plus essentielle, car celte conception de l'outre vie, qui porte le iiiouveiueiit et le pru- Rrésjusque dons le ciel, rayonne de In sur tout In reste.

Ln différence qui distingue de Dieu les élr. s supérieurs aussi bien que Humiliées!, des l'abord, ncUoineiit formai .r. Elit se l'onde sur la déclaration déjà faite au commencement des Triades sur le cercle de augunt, qui est exclusivement propre a l'Être divin et dans lequel nul outre, si élève qu'il suit, ne saurait entrer; mais,

grandis pro^rcssiveuienl. sent incapables, par le principe mi'ine de luur nature, de participer ù la condition d iuiiuuubilite, et, par conséquent, m;im dans le ciel, sont nécessairement astreints à passer par des changetndnla d élai successifs. La séparation du ciel cl de la terre ne provient doue point de ce que, sur la lerre, les existences sont changea nies, taudis que, dans le ciel, elles seraient lises: uiuisdc ce que, dans le ciel, les variations ne sutil que des propres dans In lientilitde, taudis i[ue. sur la terre ou le triomphe du bien n'est pus encore assure, elles se composent des péripéties de la futlo de l'ami; contre le moi.

A cote des qualités négatives du cercle céleste, qualités ana-

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