‹ L'ésprit de la GauleChapitre 8 sur 58 · IÎSPRIT I)E LA G AT LE · texte numérisé non relu

IÎSPRIT I)E LA G AT LE

l'usage de la Palestine sur les cotes de la Gaule et de In Grande- Bretagne, sullisail d'ail leurs pour éloigner, aux jeux de. toute critique peu sévère, toute difficulté. ,

li est sensible, cependant, que si deux branches différentes procèdent du même trône, elles peuvent offrir de l'analogie prie

inonde, dans la dépendance l'une de l'autre : et c'est de là qu'est sortie une autre théorie, Unifiée égalrmen! sur la Bible, niais taisant appel, non plus à In tradition d'Abraham, mais à celle de Noé. C'est aux archéologues anglais qu'appartient surtout cette manière de voir, plus juste ipie la précédente, niais faussée cependant par l'exagération. Kn effet, elle est sans mesure : les druides ne sont plus que de stricts représentants des Patriarches; llu-Gadnrn, le chH'dc la migration kymrique, devient Noé lui-même, et les croyances de la Gaule s'idenlilient si bien avec les croyances antédiluviennes, qu'un propose de les comprendre sous le nom de théologie arrhîte, en mémoire de l'arche. Il n'est pas nécessaire d'insister. Pour être demeurée iidèle aux principes essentiels du culte primordial, la tàniille celtique n'en constitue pas moins, par le caractère général de ses sentiments religieux, aussi bien que de ses moeurs et de son langage, un type spécial. En ethnologie, la substance des branches, surtout ou voisinage des racines, n'est pas identiquement la substance du tronc, car les transformât ions de la séve y sont rapides.

. Compromise parées exagérations, l'idée de la correspondance entre, la Gaule et In Judée a fini par tomber si bas, qu'on eût pu la regarder comme à jamais hors de cause. Les circonstances en ont encore augmenté le discrédit. C'est du sein de la Révolution que sont issues chez nous les éludes celtiques, et les antiquités hébraïques étaient si peu en faveur à cette époque, qu'il ne pouvait y avoir aucune lenda me à y lier les nôtres. Depuis, c'est le point de vue philologique, recommandé par tant de services rendus à l'histoire, qui est devenu dominant; et, comme il n'y n pour ainsi dire pas d'analogie entre les langues, il a dû sembler absolument illusoire d'en concevoir davantage dons le fond même des peuples. Mais cette conclusion, loin d'être scien-

DE L'IDÉE DE DIEU

tifîque, ne possède qu'une solidité apparente ; car il suffit, pour la ruiner di; tond en comble, d'admetlre que l'essaim des Abraliamides, en se lixant nu milieu des populations chananéennes, ait peu à peu abandonné sa langue pour la leur, et e' est un phénomène que l'on peut considérer comme assez ordinaire [>our ne soulever aucune difficulté sérieuse. La pliilologie mise ainsi à l'écart par cette lin de non recevoir, la théologie reprend toute autorité sur la question, étoile nous ramène de plain-pied au sentiment des Pères d'Alexandrie, si fécond eu conséquences de toutes sortes. Plus fermement encore que pour eux, la Gaule se présente à nos yeux, quant a. la connaissance de Dieu, dans la consanguinité d'Israël.

Endélmilivc, aussi bien que les Hébreux, nous avons donc nos patriarches. Qu'importe que leurs noms échappent à l'histoire, s'ils sont présents à la pensée de Dieu pour lui recommander notre race ! La bénédiction portée sur les origines d'une nationalité embrasse nécessairement cette nationalité dans toutes ses suites. 11 lui suffit, pour ne point démériter de la Providence, de demeurer fidèle à elle-même. C'est ce qu'a l'ail excellemment In (iaule. Elle a pu recevoir, pour son développement, des secours de l'extérieur, et elle en a reçu, en effet, d'admirables, même relativement à la connaissance de Dieu ; mais, depuis ses commencements, elle a vécu sur cette connaissance, et c'est tout ce qu'il faut pour être en droit de dire qu'elle ne relève,' au fond, que d'elle-même, n'ayant jamais eu besoin de recourir à autrui pour ce qui fait l'essence et le Ibud de la vie. C'est sur ses propres racines qu'elle végète. Au lieu d'avoir élé obligée de venir se greffer sur la souche vivante, comme le dit saint Paul des gentils, elle était également souche vivante. Sortie de terre parallclenieiil à la Judée, elle lurnic mie tige non moins solide, favorisée dans son accroissement par l'ombre bienfaisante de celle-ci et du paganisme lui-même, mais nourrie par une séve propre, et ne montant plus tardivement que pour s'épanouir plus haut.

C'est effectivement un des signes les plus extraordinaires de la liaule que celte sorte de lixilé dont elle semble frappée durant tant de siècles. Le monde entier change autour d'elle : les outres peuples ne cessent d'introduire du nouveau dans leurs lois, dans

leurs arts, dans leurs croyances, dans leurs symboles ; loin de lenir à lu conformité avec leurs ancêtres, d'une génération à l'autre, les voilà Ira us lignés et qui ne se rec oui laisse ni déjà plus. Mais la (îaulc est à part ; les siècles ont beau courir, elle demeure dans sou identité et oublie le temps. Toujours le même Dieu audessus des mêmes autels, toujours la même religion, la même piété. C'est Noé, c'est Melcliisfdeeh, c'est Abraham, c'est la grande enfance;. et, au milieu de l'antiquité païenne s évanouissant peu à peu dans sa décrépitude, elle arrive ainsi, sans avoir vieilli, jusqu'au christianisme.

N'y a-t-il donc pas là-dessous un mystère ? N'est-ce pas afin de se réserver pour ses desseins ultérieurs les ressources d'une nature vierge, que Dieu a mis ainsi à pari celle race singulière? Il la retient, et l'on dirait qu'elle est créée pour une éternelle inertie, tant clic se montre immobile ; mais sa vitalité en sera d'autant plus impétueuse à l'heure où elle sera retirée de ses langes. Elle était la plus lente des nations, elle en sera la plus vive, et la force qu'elle avait pour s'attacher au passé, avec plus de ténacité que toute autre, sera précisément celle dont elle se servira pour se jeter sur l'avenir avec plus d'emportement aussi qu'aucune autre, du jour où elle y aura senti l'idéal.

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