‹ L'ésprit de la GauleChapitre 9 sur 58 · UFS SACRIFICES · texte numérisé non relu

UFS SACRIFICES

L'institution des sacrifices répond à la première idée que les hommes se soient faite de Dieu, et , aussi, remontant aux m-igirifs ilu inonde, nuiviv-t-i'lle de là loulo l'anliijuilé. Primitivement, en effet, l'on ne voit en Dieu qu'an maître fort et redoutable, cl l'on cherche, avant tout, à se concilier sa bienveillance en lui témoignant soumission et même en partageant avec lui. On reconnaît, par là, non-seulement que la suprématie lui appartient, mais que tous les biens dont l'homme dispose

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viennent de lui ; car, c'est à ln faveur des phénomènes qui se passent dans le ciel, et dont il a seul la elef, que In terre verdit, que les fruits mûrissent, que les animaux prospèrent et se multiplient. A lui doue d'abord, et subsidiaireuieut à lu hiérarchie sans cesse croissante îles ministres durit les poétiques Fantaisies de l'imagination l'environnent, les prémices des champs, les libations, les victimes, et, par les victimes, le sang. El c'est ainsi que, par uue idée juste en elle-même, mais trop empreinte, ilans son expression, de la simplicité naïve des premiers ùges, les commencements de tous les cultes trempent dans le sang.

Le sang des animaux n'est rien, et celui des hommes esl seul en droit de compter; mais, malheureusement, l'un mène à l'autre. Dès que Dieu se plaît îi recevoir du sang, pourquoi ne voudrait-il <|uc le moins noble ? l'homme n'est-il pas aussi de sou domaine; et n'y a-t-il pas lieu de lui en faire également immolation? Voilà où mène la logique; et, la barbarie des mœurs s'y prêtant, In dévotion découvre avec enthousiasme, dans celte voie, des cérémonies plus grandioses et plus empreintes de mystères que celles dont la mort des êtres inférieurs fuit le principe.

Mais, dès qu'il s'agit d'une victime qui pense, In cérémonie se complique en même temps qu'elle s'approfondit. Aux sentiments de ceux qui présentent le suerilicc, s'ajoutent les sentiments de celui qui le subit. Est-il actif ou passif, libre ou contraint? En un mot, s'agit-il d'un meurtre ou d'un suicide? Sous ia même forme, deux liturgies essentiellement diverses prennent place. Dans l'une, on offre tout simplement à Dieu le sang humain comme la libation d'un liquide plus précieux qu'aucun autre, et les sentiments du la victime n'ont aucun rôle; dans l'autre, ce sont au contraire ces sentiments qui forment naturel lemenl [c principal. Un peut donc dire que, d'un coté, domine le caractère objectif, taudis que, de l'autre, c'est au caractère subjectif qu'appartient la prépondérance, et, suivant le génie qui les anime , les peuples s'adonnent de pré- It-rt-in ,- h l u j A l'antre

Quelle effroyable liturgie que celle dont la légende d'Abra-

Iinm nous garde le souvenir I C'est nu sacrificateur qu'appartient toute l'initiative de l'homicide. Il nr consulte pas su victime . il la dévoue. Elle est a lui comme le bouc ou le taureau, et il en dispose, non dnns l'intérêt de celle-ci, mais dans le sien. C'est lui, au fond, qui s'immole ; car, eu accomplissant le sacrifice, il se prive d'un bien, et c'est à lui par conséquent que doit en revenir le mérite. Que la victime se résigne comme Isaae, ou qu'elle pleure comme la fille de Jephté, peu importe; ce n'es! point s;t volonté, mais son sang qui est en cause ; et qu'elle se taise ou se récrie sous le couteau, ce sang ne monte pas moins en holocauste vers Dieu, au profil de celui qui le répand. Les enfants, les esclaves, les étrangers, tout homme dont l'homme fait sa chose, sont matière à cette, affreuse liturgie. C'est dans Moloch qu'on en trouve la plus haute expression. Ile même que les premiers nés des troupeaux, les premiers nés de la famille sont dus au Seigneur impitoyable. Il aime à ce qu'on les lui offre fout vivants dans le brasier qui brûle devant lui, cl les mèi'cs elles-mêmes sont tenues à être présentes, et sans se plaindre, car le moindre

K. nu jiii.iiI >[. Lui pari Mifltl |" inil-i i i- .

troubler la sérénité de sa jouissance et mettre à néant toute

pées du même vertige, se recommander aussi à Dieu par la méditation de l'infanticide, et, moins favorisées que le patriarche, pousser le crime jusqu'au bout.

C'est, en effet, dans le Chanaan cl dans In Pbcnicic que s'était développée l'ardeur principale de ce culte abominable; et les livres îles Hébreux, tant est puissante la tendance naturelle du fanatisme vers tout ce qui est sombre et violent, portent la trace de ses longs empiétements sur le culte tranquille et pur de Jébovah. On peut même croire que le mythe d'Abraham ne s'était, introduit que dans un but répulsif, en vue de montrer aux adorateurs de Moloch que ce n'était pas le dévouement à Dieu qui avail jamais fait delimf a Israël, mais que c'était Dieu hu-méme qui, dans sa clémence, n'avait pas voulu que ce dévouement fût ]K>rté jusqu'à sa dernière

DE L'IDEE DE DIEU. 19 limite. Le patriarche, en liant lui-même son fils sur le bûcher, avait assez témoigné île sa piété; il a vu il payé en une fois pour toute sa race, et désormais, par la volonté même île Jëhovah, toute idée de sncrilice humain devait demeurer étrangère à ses autels.

El cependant il y a dans lu dévotion mal éclairée une telle propension pour les horreurs de la mort et pour le sang qui en est l'expression naturelle par excellence, que, malgré tant de progrès accomplis depuis la hante antiquité dans les sentiments et dans les mœurs, l'idée du sacrifice humain règne toujours el jusqu'au milieu des nations 1rs plus civilisées. Chaque jour, dans tous les temples catholiques, le sang humain est censé continuer à couler sur les autels, et non pas sens la forme de commémoration ou de symbole, mais dans sa pleine réalité. Le sang de l'Eucharistie, sous des apparences adoucies, est en effet, aux yeux (les orthodoxes, le sang même de l'immortelle victime. Il en forme le rejaillissement éternel, si bien i|ue l'édifice catholique tout entier n'a en délinive d'autre hase que le sol ensanglanté du Calvaire. En dehors de l'offrande du sang et de la chair du juste , nulle cérémonie ne semble d'une ampleur et d'une énergir suffisante pour convenir ù Dieu; et, en effet, si les sentiments cl les paroles ne son) pas assez, où trouver, pour instituer le culle, un aelc qui ne soit toujours au-dessous du sacrifice incomparable de la croix.

Quel est donc, au fond , ee sacrifice ? est-il vrai, comme l'ont voulu les théologiens , ijuc celui d'Abraham en soit la ligure ? Loin de là. Ces) précisément à l'autre catégorie qu'il appartient. La victime, ici, est libre el non passive. Ces) de lui-même que le Fils de Marie va à In mort; il la veut et il lu subit parce qu'elle est à ses yeux expiatoire et méritoire ; il fait a Dieu l'offrande de son sang en vue de l'apaiser et de le réconcilier avec les hommes par cette libation douloureuse, et il ia voit avec joie couler de ses plaies, sur le dur autel de la croix, jusqu'à ce qu'avec le dernier clan de son finie, la terrible cérémonie soit achevée. C'est le sncrilice humain volontaire dans tonte sa plénitude, et aussi est-ce bien ainsi que tout le catholicisme s'accorde à le considérer. ■ Il s'est offert lui-même ù Dieu,

jD ESPRIT DE LA GAULE,

en odeur du suavité, dit saint Paul, comme victime el hostie ; » et, sur celle parole qui ccmsacrr* l'Hioiitilc «lu frucificiiu-nt cl du sacrifice, se bâtit (ouïe la théologie romaine. ■ Il convenait, » dil sain! Thomas, on comparant <t saciïlice à ceux lie l'ancienne loi, j que la figure de te sacrilire no lu! pas île la eliair humaine, mais île la ehair animale, simplement représenlulive île celle du Christ, laquelle forint- seule f offrande parfaite, premièrement., parce qu'élant chair liumaine, elle élait propre à être

offerte pour les hommes; sec lemeul, parce qu'élant suscep-

lible de douleur et île mort, elle élail apte au sacrifice; troisièmement, parce qu'étant imioeenle, elle élail efficace pour l'e\piation des péchés des hommes; ipiatrièmemeiit , parce qu'étant la ehair même de celui qui eu faisait l'oblation, elle était agréable à Dieu, en raison do l'ineffable charité de celui nui offrait ainsi en sacrifice sa propre chair. . En vain l'impression produite par ce sacrifice prolongé s'émousse-t-elle à la fin chez les croyants, le dogme prolesle el rappelle, énergiijucment que le sang humain coule toujours sur les autels de Rome. « Les chrélieiis, > dit Bossuet, « ne connaissent plus la sainte frayeur donl ou était saisi autrefois à la vue du sacrifice ; ou dirait qu'il a cessé d'être lerrilile, comme l'ap]iclaient les sainls Pères, et que le sang de noire victime n'y coule pas encore aussi véritablement que suc le Calvaire. ■

Nous voici nus sacrifices humains, tau t reprochés à latiaule, el c'est par la théologie clu-élieime que nous y arrivons. C'est elle qui nous en explique le mieux le sombre mysticisme. La mort de Jésus, telle qu'elle se présente dans la foi de l'Église, est en effet le type parfait des sacrifices du même genre dont, durant tant de siècles, ont été témoins les rudes sanctuaires île notre nation. Là aussi, et eu toutes séries de circonslances, l'homme s'est offert pour l'homme en hostie volontaire. Bien que, par le défaut de I* histoire, il ne soit resté dans la mémoire du genre humain qu'une trace confuse de ces immolations héroïques, on en sait assez pour comprendre qu'elles étaient habituelles. Au lieu des lents supplices de fasrétisme, lu dévotion se plaisait à s'élancer d'un bond jusqu'à la morl ; coutume barbare, mais louchante pourtant, quand elle partait de l'idée

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