‹ L'esprit de la guerreChapitre 18 sur 158 · DBS TRÊVES ET DES TRAITÉS DE PAIX · texte numérisé non relu

DBS TRÊVES ET DES TRAITÉS DE PAIX

Des deux espèces de trêves. — De la paix. — Que c'est un devoir de la rechercher en tous les cas. — Que Ton doit toujours tenir ses promesses, non-seulement par honnêteté, mais encore par prude n—b ■ ■ De la méfiance.

Quelquefois, durant la guerre, il se fait d'un commun accord une suspension d'armes qu'on appelle trêve, par laquelle on discontinue les actes d'hostilité, sans préjudice aux prétentions respectives qui ont causé la guerre. On réserve les droits de part et d'autre ; et si, durant la suspension, on n'arrive pas à un traité de paix, les hostilités recommencent, sans qu'il soit besoin d'une nouvelle déclaration de guette.

Il y a deux sortes de trêves : l'une fort courte, pendant laquelle les armées restent sur pied avec tout leur appareil, par exemple, pour enterrer les morts ; l'autre en vertu de laquelle on désarme provisoirement, les armées se retirant dans leurs quartiers respectifs.

Mais la guerre ne cesse que par un traité de paix dont la durée est de sa nature perpétuelle, ou plutôt indéfinie. Souvent,, pour plus de sûreté, Von y fait interve-

nir d'autres princes qui en ont été les médiateurs, se rendent garants de son observation, et promettent de secoorir le premier contre lequel on le violera.

C'est un devoir de rechercher la paix. « Il est d'un brame de bien, dit Salluste, de ne commencer la guerre qa'i regret, et de ne la pas pousser à outrance sans une absolue nécessité '. » Selon Épaminondas, la cause finale de la guerre c'est la paix. Àristote dit aussi que l'on fait la guerre pour se procurer une paix durable. « Celle-ci doit évidemment être recherchée quand on est le plus faible v car il vaut mieux laisser quelque chose de ses brefls, que de périr avec tout ce que Ton possède, si Ton est complètement vaincu 2 . » Quand les deux ennemis se croient égaux en forces, c'est un bon moment pour parler de paix, parce que chacun a un égal intérêt à la conclure, et que l'amour-propre n'en subit aucun échec 1 .

Alors même qu'on est le plus fort, on a presque toujours avantage à faire la paix ; car elle est glorieuse et avantageuse lorsqu'on la donne dans la prospérité. k Elle est plus sûre que la victoire, qui n'est jamais qu'en espérance, dit Tite-Live. Les armes sont journalières et capricieuses ; et d'ailleurs il faut craindre les effets du désespoir qui , ranimant le courage de l'ennemi , peut rendre ses coups fort dangereux \ » On

1 Jugurt., cb. lxxxv.

* Aristote, Rhét.adress. à Alexandre, cb. m. — tittiic. f eh. vu» 8 César, De M, civ., cb. x.

* LiT. XXX, cb. xxx.

Je LIVRE II.

doit craindre la tanière d'un lion même expirant, dit un vieux poète grec. 11 faut donc sur toutes choses prendre garde de lasser la fortune, qui souvent s'est retournée eontre ceux qu'elle avait d'abord favorisés. Charles ftll et Napoléon I er sont tombés uniquement pour avoir voulu pousser trop loin leurs succès. Mais il en est des conquérants comme des joueurs : l'insatiabilité est leur plus dangereux ennemi.

La paix faite, on est tenu de l'observer scrupuleusement, quelles qu'en soient les conditions, à cause de la foi donnée, dont l'obligation est sacrée. Otez la bonne foi, dit Aristote, il n'y aura plus de commerce entre les hommes. On doit donc éviter la perfidie , et même toutes les tracasseries capables d'aigrir les esprits. Les puissances souveraines sont d'autant plus obligées de tenir leur parole qu'elles y peuvent manquer plus impunément. Si elles la méprisent, elles ressemblent à ces bêtes féroces dont l'aspect inspire l'horreur et le dégoût à tout le monde 1 . En outre, elles perdent leur réputation et leur autorité 2 : <c On ne peut pas, dit Grotius, se promettre pour longtemps quelque avantage de la pratique d'une maxime qui rend un homme insociable par rapport aux autres hommes, et abominable aux veux de Dieu. »

1 Procope, livre II, ch. x.

* Tout prince, tout homme d'État qui a menti une seule fois datas une occasion solen nette, et dont la fourbe est notoire, se doit bien moquer des gens qui ont eneore en lui quelque confiance.

DE CE QUI EST LICITE EN LÀ GUE1ME. tt

Mais quoique Von doive toujours tenir ses promesses, le gouvernement habile, comme le général intelligent, ne s'endormira jamais sur la foi d'un traité, car il pourrait s'éfeiller dupe. Ici, comme en toutes matières politiques, la méfiance est Tune des qualités les plus essentielles de l'homme d'État.

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