‹ L'esprit de la guerreChapitre 23 sur 158 · DV RECRUTEMENT DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

DV RECRUTEMENT DE L'ARMÉE

Qu'une armée doit être recrutée parmi les citoyens volontaires , et, au défaut de ceux-ci, par la voie du sort ou conscription. — Note sur la plus grande force armée possédée par la France. — Que le remplacement doit être autorisé, mais avec amende. — Naïveté d'un écri- \iin militaire. — Combien les coalisés mettront de forces en ligne dans la prochaine guerre.

Ut défense d'un pays doit être confiée à ses citoyens et non pas à des mercenaires ; c'est notamment pour avoir employé ceux-ci que la florissante république de Carthage et celles d'Italie s'affaiblirent jusqu'au moment Qjh elles devinrent la proie définitive de l'étranger.

Les Romains durent leur puissance à l'esprit militaire tel que, dans les moments critiques, un combattent se trouva sur six habitants, fin France, en 4793 et 4704, dans le danger de la patrie, on recruta un soldat sur vingt et un habitants ' ; près des deux tiers étaient stns

1 En vendémiaire an III (septembre 1794), l'eâèetif das vwè* s françaises montait à 1,167,144 hommes, dont 749,245 présents

cesse présents sous les armes. Ce chiffre est immense pour les temps modernes, où l'esclavage est aboli ; car à Rome les esclaves soignaient tous les travaux publics et domestiques, tandis que les citoyens faisaient la guerre. Mais dès que ceux-ci, corrompus par le faste, abandonnèrent à des mercenaires le soin de défendre la patrie, sa perte devint inévitable.

On a dit que le premier moyen d encourager l'esprit militaire est d'entourer l'armée de la plus haute considération-, et le second d'assurer aux militaires la préférence pour tous les emplois administratifs qui viendraient à vaquer, ou d'exiger même un certain temps de service militaire pour la plupart des emplois 1 .

Il est superflu d'indiquer le premier moyen, puisque tous les services publics doivent être considérés, et procurer une récompense à quiconque s'y distingue.

Le second est contraire aux lois modernes qui ne veulent aucune autre préférence que le mérite. Instituer des privilèges, pour l'obtention des fonctions civiles, serait semer la division dans l'État. Pour prosous les armes. C'est la plus grande force militaire que la France ait jamais possédée, quoique alors elle n'eût que 26 millions d'habitants, dont près de 2 millions, tourmentés par la révolte, ne fournissaient presque point de recrues. On voit une différence de plus d'un tiers entre l'effectif et les présents sous les armes : elle provient de ce que les déserteurs, les prisonniers de guerre et les malades restaient sur les tableaux de l'effectif. Mais presque tous les historiens et même les écrivains militaires, croyant que V effectif signifie la présence sous les armes, commettent par cette ignorance des erreurs étranges.

1 lomini, Précis, ch. h, art. 15.

poser un pareil moyen, il faut être devenu sujet de la Russie, où tous les emplois correspondent à un grade militaire ; oh un directeur de petit théâtre est général!!!

Le recrutement de l'armée doit en principe incomber à tous les citoyens ; mais comme il en est un grand nombre qui ont ou croient avoir la vocation militaire, ce n'est qu'à défaut de l'engagement volontaire de ceux-ci que Ton doit en forcer d'autres i s'enrôler sous les drapeaux. Le sort ou la conscription est le moyen le plus juste de coercition contre ceux dont on aura besoin.

Le remplacement militaire est avec raison autorisé, quoi qu'on ait dit -, car un citoyen peut briller dans une autre carrière, sans avoir aucun goût pour celle des armes, et le temps qu'il y passerait ne ferait qu'entraver ses études. En conséquence, comme il ne faut pas non plus qu'il y ait iniquité, en ce que le prix du remplacement qui n'est rien pour le riche est ruineux pour le pauvre, outre ledit prix, le remplacé payera une amende de 500 francs à 20,000 francs, dont un tiers pour les indigents de son canton, un tiers pour la caisse des retraites ou des pensions de l'armée, et un tiers pour l'État. Cette amende sera arbitrée par un conseil spécial, institué au chef-lieu de chaque département '.

Quelle doit être la force d'une armée ? Hay Duchâtelet,

1 Depuis quelques années, le gouvernement français a adopté une bonne mesure, en se chargeant lui-même des remplacements, an moyen de soldats qu'il décide, par certains avantages, à r es 1er an service.

qui pourtant écrivait sur la fin du dix-septième siècle, prétend qu'elle ne doit jamais dépasser 40,000 hommes, et que 6,000 en forment déjà une très-belle. « Une armée de 40,000 hommes, bien résolus et bien conduits, dit-il, peut tout entreprendre, et sans témérité se promettre la conquête de l'univers. Ce qu'il y a outre ce nombre ne fait que de l'embarras et de la confusion 1 . » On dirait que cet auteur vivait en Italie au moyen âge, quand de petites républiques et principautés mettaient en campagne de risibles petites armées.

Un gouvernement habile compose l'armée la plus nombreuse qu'il peut, de façon à être supérieur à l'ennemi, et à l'écraser; mais il évite l'excès qui deviendrait ruineux : c'est donc une question de fait qui se doit résoudre suivant les circonstances. Sous le premier empire français, la grande armée fut composée de 574,000 hommes et de 152,000 chevaux présents sur le même échiquier 2 . De ce nombre, 200,000 hommes

1 Politique militaire, en. îv.

8 Ou sera curieux de voir ici de la campagne de Russie (fin de de la guerre.

l'état de cette armée à l'ouverture juin 1812), que j'ai relevé au dépôt

Présents.

Présents.

Effectif.

Effectif.

Homme».

Chevaux.

Hommes.

Chevaux.

Infanterie.

Cavalerie.

Artillerie cl train.

Génie.

Gendarmerie.

Garde impériale.

Totaux. 574,509 152,463 625,646 157,353

formaient ordinairement la ligne de bataille. En 1813 les alliés mirent en ligne à Leipzig 350,000 hommes. Dans la dernière campagne d'Italie, en 1859, l'armée francosarde se composait, dit-on, de près de 200,000 hommes,, et celle des Autrichiens d'un nombre égal ! .

Aujourd'hui tout ce qui est inférieur à 40,000 hommes ne mériterait que le nom de corps d'armée, ou de détachement. Ce sont les alliances ou la fusion des peuples qui nécessitent les grosses armées. Attendonsnous, dans la prochaine guerre, à en voir trois coalisées chacune de 150,000 hommes, sans compter les réserves, et sur trois zones différentes. Si nous prenons nos dispositions habilement, nous mettrons leurs souverains dans une déroute qui fera de jolis sujets de vaudevilles.

t M. de Bazancourt , dans son histoire de cette campagne de deux mois, a oublié de mentionner les forces respectives en présence dans les batailles de Magenta et de Solferino, quoiqu'il y consacre deux gros volumes. N'y eût-il employé qu'un demi-quart de folume, U devait d'abord indiquer le nombre des combattants, chose capitale. 11 omet même de nous donner le plan de ces batailles, et confond une carte avec un plan. Mais il raconte l'âge et la date de l'avancement de la plupart des officiers subalternes ou généraux, ce qu'il nomme leur biographie. Ce n'est sans doute pas de ces détails que ces vaillants hommes tirent leur gloire. 11 résulte d'ailleurs de l'excessive confusion de ses récils, qu'après la lecture de son gros livre, on connaît moins cette mémorable campagne qu'on ne la connaissait par la simple notoriété.

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