DU COUP D'OEIL MILITAIRE
Ce qu'on entend par coup d'œil militaire. — Qu'on ne peut l'avoir eana l'aptitude naturelle et l'exercice. — Méthode de Philopœmen encore bonne à suivre.
Le coup d'œil militaire est la faculté de connaître à la vue la nature et les différentes situations du pays où Ton fait et où Ton veut porter la guerre , les avantages et les désavantages des postes que Ton veut occuper, comme ceux qui peuvent être favorables ou défavorables à l'ennemi ; enfin , le nombre d'hommes dont se compose une masse ennemie, soit en ligne, soit en marche.
On croit généralement qu'il est un présent de la nature et que l'habitude ne le donne point du tout. C'est une erreur : l'instruction et l'habitude perfectionnent singulièrement les dispositions naturelles au coup d'œil comme celles à l'éloquence , au style , à tous les arts, à toutes les sciences. Folard se trompe en sens contraire en croyant que Philopœmen ne devait le sien qu'à l'étude, à l'application et à son extrême passion pour la guerre, Cet illustre Grec le tenait tout à la fois de la nature et de l'étude. Ainsi, parmi les officiers
faisant les mêmes campagnes, ayant reçu ta même éducation, quelle immense différence ne trouve-t-on pas au bout de quelque temps entre les ans et les autres! M asséna, Moreau, Hoche n'ont-ils pas infini* ment surpassé une foule de leurs émules? Marmont, pourtant plus instruit que Massent, ne lui fut-il pas très-inférieur en coup d'oeil ?
Voici la méthode de Philopœmen pour apprendre eette partie essentielle de la guerre : quiconque aspire à la gloire militaire devrait la suivre, mais on préfère s'occuper de toute autre chose. « Philopœmen , «4k Plntarque, aimait surtout à lire le traité d'Evant geins, qu'on appelle Les tactiques, c'est-à-dire l'art t de ranger les troupes en bataille, et les histoires de « la vie d'Alexandre : car il pensait qu'il ne faut lire que
• pour apprendre à agir : à moins qu'on ne veuille seule- « ment passer le temps, et se former à un babil in-
• fructueux. Quand il avait lu les préceptes et les rè- « gles des tactiques, il ne faisait nul cas d'en voir les t démonstrations par des plans, mais il les appliquait en a pleine campagne. Dans ses voyages il observait exac- ■ tement la position des lieux élevés et des lieux bas, « les coupures et les irrégularités du terrain , et toutes « les différentes figures que les bataillons et escadrons « sont obligés de subir à cause des ruisseaux, des ravins t et des défilés qui les forcent de se resserrer ou de t s'étendre ; et après avoir médité sur cela, il en causait « avec ceux qui l'accompagnaient. »
Cette méthode est excellente quand on y joint l'étude
des principes; car la guerre étant une science, on ne saurait s'y rendre habile sans leur connaissance. Autrefois la chasse faite en grand aux bêtes féroces était généralement considérée comme un moyen de se former le coup d'œil. Mais aujourd'hui qu'on ne la fait plus ainsi, il faut, quand on voyage ou qu'on se promène, examiner tout le pays qui se trouve i portée de la vue. Tu supposes ton armée en ligne, et tu calcules ce que le terrain offre d'avantageux à la cavalerie, à l'infanterie et à l'artillerie. Tu fais des observations semblables sur celui occupé par l'ennemi, et tu cherches les moyens de triompher, et surtout les ruses praticables. C'est ainsi que tu acquerras l'habitude de reconnaître promptement les avantages et les inconvénients des localités.