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DE LA GUERRE OFFENSIVE

Sous quels rapports l'offensive est plus avantageuse que la défensive. — Précautions qu'elle exige au dehors et au dedans. — Que la guerre doit nourrir la guerre. — Infériorité des capitaines de notre époque. — Méthode antérieure à la Révolution. — Gomment vivaient les armées de la république. — Précautions à prendre quant aux vivres.

il faut faire une distinction bien nette entre la guerre offensive et la guerre défensive.

L'offensive est presque toujours plus avantageuse, 1° au point de vue matériel, en portant le fléau sur le sol étranger qui est ainsi ravagé, tandis qu'on ménage le sien propre ; 2° au point de vue moral, en répandant la terreur chez l'ennemi ; 3° parce qu'on sait parfaitement d'avance ce qu'on veut et ce qu'on fait; tandis que celui qui se tient sur la défensive, c'est-à-dire qui est attaqué, ne peut le savoir exactement. Mais on doit bien mûrement la méditer, de peur de s'y déterminer par de vaines* considérations. Elle exige les précautions suivantes :

1° Des alliances ou dei neutralités positives, afin de n'être point troublé dans ses opérations, et de n'avoir pas deux ou trois ennemis au lieu d'un seul ;

2* Des levées étrangères d'hommes ou de chevaux, et des achats de munitions de guerre et de bouche, soit qu'on en manque dans son pays , soit qu'on veuille en accroître la quantité, ou les ôter à l'ennemi 1 ;

3° L'état de défense des frontières éloignées, de peur d'une diversion ;

4° La levée et l'instruction de troupes nouvelles et l'augmentation des anciennes;

5° La fabrication d'armes et de moyens de transport;

6° L'approvisionnement des magasins de munitions et de vivres.

Le secret est rigoureusement nécessaire : Napoléon l'eût gardé en 1812 par l'habileté qu'il mit à renforcer ses compagnies et escadrons, au lieu d'accroître le nombre de ses cadres -, mais il fut trahi par un fonctionnaire supérieur qui espionnait pour la Russie.

Il faut tâcher de pénétrer dans le pays ennemi par Centrée qui mènera le plus aisément vers la capitale, où il est très-utile de se trouver dès le commencement de la guerre : 1° pour encourager sa propre armée; 2° pour répandre la terreur chez l'ennemi ; 3° pour le forcer à dégarnir ses frontières.

Quand il s'agit d'un pays fermé ou coupé par des défilés, des rivières, des forêts, des places fortes, il faut proportionnellement beaucoup plus d'infanterie que de cavalerie. Si, au contraire, le pays est ouvert et non coupé, il faut être très-fort en cavalerie, afin de péné-

1 Feuquièret, Mémoires, c\\. xlv el suiv.

trer plus vite au centre, et de faire escorter tous les convois par des détachements respectables.

Une fois que l'armée est postée dans le pays ennemi, le général se conduira avec douceur ou rigueur suivant les circonstances : il traitera bien ceux qui se rendront, et maltraitera ceux qui résisteront 1 . De nouveaux ma* nifestes bien rédigés auront pour objet d'exciter le soulèvement des peuples et des -soldats contre leur prince, ou d'amollir leur courage. Us feront briller à leurs yeux les avantages d'un nouveau gouvernement. L'intérêt particulier est celui qui fait agir les hommes, dit Feuquières, et il est bien rare que dans le fond ce soit r amour pour la personne du prince qui les attache à son service.

Quand l'ennemi a été surpris par l'invasion, et qu'il n'était pas prêt à la guerre , il faut faire une extrême diligence pour couper toutes ses communications entre les différents corps de troupes qu'il voudra lever, afin d'empêcher leur jonction, et de les annihiler ou détruire en détail. En outre, il faut se hâter de livrer bataille, parce qu'une bataille gagnée dans le commencement d'une guerre en décide presque toujours le succès. Toutefois l'envahisseur doit assurer sa ligne de retraite, et veiller à ce qu'aucun trouble n'éclate en son propre pays.

La guerre doit nourrir la guerre, c'est-à-dire qu'une armée doit vivre aux dépens du pays qu'elle parcourt :

1 Moniecoculli, Mémoires, t. I,ch. m.

c'était la maxime d'Alexandre , d'Annibal , de César et de Gustave-Adolphe. Mais la plupart des capitaines de notre époque en ont fait à tort supporter la charge à leur patrie. Quelle que soit la façon de résoudre cette question de droit politique et des gens, il en est une autre plus grave qui tient à la stratégie : c'est qu'une armée ne doit jamais manquer d'aliments.

Sous Louis XIV et Louis XV, les armées peu nombreuses, combattant ordinairement aux environs de leurs frontières, vivaient de leurs magasins et boulangeries qui les suivaient. Elles étaient fort lentes, ne pouvant s'éloigner sans les emmener. Mais au commencement de la Révolution, les trahisons et dilapidations du gouvernement déchu mettaient obstacle à la formation des magasins. Le Comité de salut public en chargea spécialement Robert Lindet, l'un de ses membres. Cet homme probe et actif ne parvint pas toujours à approvisionner suffisamment des armées si nombreuses ; de sorte que celles-ci, guerroyant en Allemagne, en Relgique, en Italie, vivaient souvent chez les habitants, ou de réquisitions qu'elles frappaient sur le pays. Cela n'était pas difficile dans ces contrées fertiles et peuplées; mais quand Napoléon parcourut l'Espagne, la Russie, la Pologne, ses armées subirent quelquefois les angoissés de la faim.

Lorsqu'on envahit un pays, il faut s'informer i° si les habitants se montreront amis ou passifs; 2° s'il est fertile et peuplé. En cas de négative, il sera prudent de ne pas éloigner l'armée des magasins, et d'emmener

avec soi des approvisionnements suffisants, toujours échelonnés sur trois ou quatre rayons, afin d'éviter leur capture, et de les mettre à la portée de chaque aile de l'armée. Au moyen des chemins de fer', les approvisionnements sont beaucoup plus prompts à réaliser ; mais il faut prendre garde que le moindre détachement ennemi peut rompre un chemin sur lequel on comptait, et priver tout à coup une armée de vivres, surtout dans les pays où l'ennemi commet le dégât, comme il fit en Espagne et en Russie au commencement de ce siècle.

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