BBS DIVERSIONS ET DES DESCENTES
Du péril auquel exposent les grands détachements. — Des circonstances où ils sont indispensables. — Théorie des diversions. — Des moyens d'effectuer les descentes et de s'y opposer. -*- Que l'opinion d'an célèbre stratégfste anglais résout affirmativement la possibilité d'une descente des Français en Angleterre.
Souvent les grands détachements ont été battus, ou ils ont donné à l'ennemi le loisir d'écraser l'armée durant leur absence, fies exemples les ont fait proscrire à tort, car ils sont indispensables : 1° pour opérer des diversions', 2° pour former une réserve stratégique; 3° pour couvrir des points importants, tels que la base d'opérations; 4° pour bloquer ou observer une place; S* pour tenter un coup de main ; 6° pour attirer l'ennemi dans une direction autre que celle où Ton taut opérer.
Dans ces tas, les détachements ne sont point contraires aux principes, pourvu qu'on ait soin d'y éviter tout engagement partiel contre des forces supérieures, et de diviser l'ennemi au moment de l'attaquer soimême. Toutefois le sacrifice d'un petit détachement peut être très-utile, à la triple condition qu'il ne com-
promette nullement le gros de l'armée, que Ton en soit très-sobre, et qu'il devienne rigoureusement nécessaire, parce qu'autrement ce serait un assassinat des troupes exposées.
La diversion est une entreprise secondaire formée, loin de la zone principale d'opérations, aux extrémités du théâtre de la guerre. Elle est utile surtout : 1* quand le corps qu'on y emploie se trouverait hors d'état par son éloignement d'être mis en action ailleurs; 2° quand elle accable la puissance ennemie, de façon que celle-ci est forcée de mander à son secours son général et ses troupes. Quand Scipion l'Africain alla porter la guerre sous les murs de Carthage, cette république rappela immédiatement Annibal. En ce cas , la diversion est plutôt un changement de zone d'opérations. Mais pour qu'elle ne soi' pas périlleuse, la puissance qui l'opère doit conserver assez de forces sous la main pour repousser une attaque subite de l'ennemi , avant le départ de celui-ci.
Si en juillet 1793 , alors que la Vendée tenait en échec les armées de la République, les coalisés avaient soutenu cette province par un corps de 80,000 hommes d'élite et deux cents pièces de canons, leur invasion par les frontières du Nord et de l'Est eût probablement réussit.
On donne le nom de descentes aux diversions maritimes, comme à toutes les invasions d'un pays par mer. Elles étaient plus faciles autrefois que depuis l'emploi de l'artillerie; car il faut un grand nombre de vaisseaux
de ligne pour protéger le voyage d'une pareille multitude sur des vaisseaux de transport; et si la flotte protectrice n'est pas supérieure à celle de l'ennemi, les troupes, loin de pouvoir débarquer, seront noyées tout entières par les canons de celui-ci. D'ailleurs, les vaisseaux de transport ne pouvant jamais approcher de la plage, il faut placer les troupes sur les chaloupes et radeaux qui suivent la flotte, de sorte que la descente est fort lente et périlleuse.
Voici les deux règles à suivre pour le débarquement :
1° Donner le change à l'ennemi par une fausse démonstration sur un autre endroit que celui qu'on a choisi ;
2* S'emparer d'un point d'appui pour protéger le débarquement successif des troupes, et le garnir immédiatement d'artillerie pour les rassurer. L'armée qui opère une descente doit toujours conserver ses communications avec le rivage, qui est à la fois sa ligne de retraite et sa base d'approvisionnements , et s'assurer d'un port fortifié, afin qu'en cas de revers elle puisse se rembarquer sans désastre.
Comme l'envahi ne pourrait garnir de troupes et dé canons toutes les plages, il couvrira du moins les points principaux, et établira des signaux pour connaître promptement le débarquement, afin qu'il puisse inw médiatement tomber en masse sur l'ennemi avant que celui-ci ait pris à terre une position solide.
Sur la fin du dix-huitième siècle, le ministère anglais, ayant conçu de l'inquiétude sur un projet d*
descente des Français en Angleterre, interrogea le général Lloyd sur les moyens de la faire échouer. Ce stratégiste prouva dans un mémoire qu'elle pouvait réussir; mais le ministère lui paya le secret 500 livres sterling, et Tinvita même à qualifier dans ses écrits publics ^inexécutable, à* insensé le projet des Français : ce qu'il fit en deux passages de ses Mémoires.