‹ L'esprit de la guerreChapitre 51 sur 158 · DU SECOURS INATTENDU · texte numérisé non relu

DU SECOURS INATTENDU

De l'arrivée d'un corpB d'armée inattendu par l'ennemi. — - Examen de la marche du général de Mac-Mahon sur Magenta. — Faute du général en chef des Autrichiens. — Réfutation d'un préjugé.

Lorsqu'au fort d f une bataille un corps d année composé de troupes fraîches et nombreuses, inattendu par l'ennemi , vient au secours de l'autre parti , il décide presque toujours la victoire en faveur de ce dernier. A Marengo, les troupes de Desaix la donnèrent aux Français, vaincus jusqu'à ce moment. A Waterloo, la marche de Blûcher et de Bulow rendit infaillible la défaite de l'armée française.

A Magenta, l'arrivée du général de Mac-Mahon presque intact décida la victoire contre les Autrichiens 1 . II eût laissé perdre la bataille en opérant sa jonction avec le quartier général qui se trouvait à quelques kilomètres de Magenta ; car l'armée autrichienne , libre sur sa propre droite , aurait pu le prendre en flanc et l'accabler. Mais il comprit heureusement qu'arrivant

1 On sait que pour cette action l'empereur le nomma maréchal de France.

tardivement, il devait changer la direction d'abord concertée.

Toutefois ce général distingué commit trois fautes : 1° en annonçant son arrivée plus tôt qu'il ne put l'effectuer, car il aurait dû connaître sa route -, 2° en divisant son corps d'armée en deux fractions, pour opérer une marche divergente avant la bataille; s'il ne pouvait marcher en masse, il devait du moins marcher parallèlement; 3° quand, inquiet sur la division Espinasse, divergeant sans lui faire connaître ses propres aventures, il courut lui-même, avec quelques cavaliers, à sa recherche. Il n'y devait envoyer qu'un officier subalterne. En effet, en quittant le gros de son armée, il le laissait sans direction , et s'exposait , sans aucune utilité , à être tué par un tirailleur ennemi dont les ravins étaient parsemés. D'ailleurs on ne doit jamais manquer de s'assurer des communications continues : c'est la première précaution à prendre, surtout après avoir négligé des reconnaissances toujours indispensables.

Le général Giulay avait habilement choisi Magenta pour s'opposer au passage de l'armée française, dont l'objectif était Milan, capitale de la Lombardie. Ce poste lui donnait, par la configuration et les accidents du terrain, la facilité de masser ses forces tout en les dissimulant. La garde impériale même incomplète commença l'attaque, ne croyant pas sans doute avoir en face des ennemis aussi nombreux. L'état-major eut donc tort de ne point faire de reconnaissance, ou de

la mal faire : d'ailleurs c'était un de ces cas où les présomptions seules montraient que l'ennemi ne défendait point le passage avec le peu de troupes qu'il laissait apercevoir. Mais le courage et la ténacité du généralissime des Français , le dévouement de ses officiers et des soldats réparèrent cette faute. Quant à V Autrichien, il montra une incapacité visible. Il devait amuser la garde avec dix mille hommes-, et attaquer en flanc, avec le reste de son armée , les corps français qui arrivaient séparément. Il les eût coupés et mis en déroute.

L'examen de cette bataille me suggère une réflexion sur cette erreur commune : qu'un bon lieutenant marche au canon; c'est-à-dire que, s'il n'a pas reçu d'ordre du général en chef, il doit néanmoins marcher dès qu'on se bat ; et que, s'il a reçu celui de marcher d'un côté opposé, il doit n'en pas tenir compte.

En soutenant une pareille thèse, on oublie le principe capital de la science, qui est l'unité, ou l'harmonie. Le général en chef est présumé tout prévoir et établir son plan en conséquence. Or, si une partie no* table de son armée va d'un côté opposé à celui qu'il a prescrit-, ou si, n'ayant point reçu d'ordre, elle change de position, un effroyable désordre en sera la conséquence. Si c'est par oubli qu'un corps n'a point reçu d'ordre, ou si l'ordre est intempestif, tant pis pour le général en chef qui m peut imputer qu'à lui-même son oubli ou le défaut de communications. Mais pour une fois que la désobéissance sera utile, vingt fois elle fera détruire l'armée.

Cette blâmable désobéissance, que Ton peut nommer tactique, n'a rien de commun avec celle stratégique. En ce dernier cas, un général en chef, se trouvant fort éloigné de la capitale, peut seul apprécier les circonstances, et a, souvent avec raison , dédaigné un ordre, comme firent Eugène de Savoie, Hoche et Jourdan '.

1 Voyez li?. III, ch. ▼.

232 livre v.

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