D'UN SOPHISME MILITAIRE ET POLITIQUE
Que le gain de la bataille de Waterloo ne pouvait sauver Napoléon. — Que si Robespierre avait triomphé le 9 thermidor, il n'en eût pa» moins succombé peu après. — De la sagesse de Gromwell.
L'on est généralement trop, porté i voir dans un petit fait qp grand événement militaire, ou. politique. Souvgnt, par exemple, op. affirme que la, perte de Ip bataille de Waterloo fit tomber Napoléon I er : c'est un sophisme; car évidemment, quand m£me il eût été victorieux en cette journée, une coalition puissante étant formée contre lui, il devait, seul et. épuisé contre des. masses si considérables et si faciles à renouveler, finir par succomber sous le nombre, peut-être mêrrçe sous le découragement. Terrible leçon pour les hommes d'Etat qui veulent persister dans la voie qui a fait d'abord leur succès, et ne savent point changer d'habitudes avec le cours des événements ! « Ce ne fut point Çultawa qpi perdit Charles XII, dit Montesquieu : St'il payait pas été détruit dans ce lieu , il l'aurait, été dans up autre. Les accidents de la fortune & réparent aisément : on ne peut pas parer à des év/&-
nements qui naissent continuellement de la nature des choses. »
Il n'y a rien de plus sensé que cette observation, qui s'applique autant à Tordre politique et civil qu'à Tordre militaire. Si Robespierre avait été plus adroit dans son fameux discours du 8 thermidor, il eût immédiatement triomphé de ses ennemis. Il pouvait réparer cette maladresse en employant dans la nuit, contre les comités de gouvernement, la force alors organisée qui lui était dévouée. Subsidiairement et en troisième lieu, quoiqu'il eût manqué ces deux occasions en moins de 24 heures, si le 9 au soir, à la maison commune, au lieu de délibérer mollement, il eût profité de l'enthousiasme de ses amis et de la terreur de la Convention, il exterminait aisément celle-ci. Mais ce triomphe n'eût été qu'éphémère, car la prostration du peuple, depuis quatre mois, la lassitude générale de la terreur et l'obscurcissement des idées politiques de ceux qui tenaient le pouvoir étaient des causes intrinsèques de chute. Robespierre eut le tort de se croire homme d'État, parce qu'il était orateur éloquent. II manquait du génie et de l'audace nécessaires dans la position difficile où les circonstances l'avaient placé.
Gromwell ne succomba point , parce qu'il sut constamment connaître Topinion politique, bien choisir ses lieutenants, ne point s'échauffer l'esprit, et demeurer dans le vrai. On s'obstine à dire qu'il était un tyran et un usurpateur; mais il n'y a rien de fondé dans cette imputation calomnieuse. Cet homme fut, au contraire,
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du très-petit nombre des dictateurs que le pouvoir suprême n'enivra point. Ses profondes études en philosophie et en histoire lui servirent du moins au moment où elles lui devinrent nécessaires.
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