DE L'AUDACE
Qu'il faut quelquefois provoquer les occasions. — Éloge de l'audace par Bacon. — Utilité de la prudence et de la méthode.
Il ne faut pas toujours attendre les occasions, ifcars il faut quelquefois les provoquer, ainsi que le conseille Démosttones : « Comme il est reçu que c'est au général de commander l'armée, un homme intelligent commande tox choses ntéme, de façon qu'il est toujours tnarttïe de faire ce qu'il juge à propos, sans être jamais réduit à roiwe amplement te eows deBévtoements 1 . »
En effet, la fortune ressemble à tfn «rarché <rà, «ft attendant tm peu, Ton tdhèfte à plus 4ms prix. Hais quelquefois atntfi elle «est cemme la sibytte qui, à mfesow qu'elle bréie ses Rmfe , surfait d'autant ceux qui lui restent , de sorte qn'tille demande pour le dernier le même prix qu'elle avait demandé pour le tout. « Le (Ans taot degré de 4a prudence humaine, dit Bacon, consiste à bien saisir Dnsttftft où ftfacft commencer et à semer à temps; lorsque le danger parait petit, il n'en 4st qdè
1 PMip., i.
plus grand, et il nuit plutôt aux hommes en les surprenant qu'en leur faisant violence. »
11 est quelquefois préférable d'aller au-devant du danger que de l'attendre ; car en veillant trop on pourrait s'endormir. En outre, le plus souvent c'est l'agresseur qui a l'avantage, parce qu'il choisit le lieu et le temps. Si l'on veut réussir, il faut donc, avant d'agir , bien s'assurer si l'affaire est à son point de maturité; et, dès qu'elle y est arrivée, déployer une grande célérité. Danton s'écriait devant une assemblée nationale révolutionnaire : « Pour triompher, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace. » Bacon avait dit, près de deux siècles auparavant : « Quel est le plus puissant instrument dans les affaires? L'audace. Quel est le second? L'audace; et le. troisième? L'audace encore; elle entraîne, elle subjugue, elle ensorcelle pour ainsi dire les hommes sans jugement ou sans courage, qui forment le plus grand nombre; quelquefois aussi elle subjugue les sages même dans leurs moments de faiblesse et d'irrésolution ; aussi fait-elle des miracles dans un État populaire 1 . »
Bacon raisonnait en profond observateur. En effet, l'audacieux l'emporte ordinairement sur le timide, et son succès a plus d'éclat. « La fortune est femme, disait-on dans le moyen âge; il faut donc la brusquer pour la posséder. » C'est encore une des raisons qui exigent qu'un général soit jeune.
1 Essais de morale et de politique, g xn.
Gardons-nous toutefois de nous laisser entraîner par grandeur d'âme à des entreprises au-dessus de nos forces et de ramer contre le courant. Suivons ce précepte de Lucain :
Fatis accède deîsque 1 .
Il faut regarder autour de soi pour voir de quel côté le passage est ouvert ou fermé, de peur de perdre son temps à vouloir se frayer une route inaccessible, n entreprendre rien qui consume trop de temps, parce que le temps perdu ne revient jamais. 11 faut donc combiner ses affaires de toute espèce en y mettant de Tordre et de la liaison. L'expédition dans les affaires ne consiste pas à embrasser tout dans une seule fois, mais à suivre chaque affaire avec constance et sans s'écarter. Un ministre anglais avait coutume de dire aux brouillons : Allez un peu plus doucement, afin que nous finissions plus tôt.
Ne compte jamais si absolument sur le succès d'une chose que tu n'aies toujours une fenêtre pour t'envoler et une porte de derrière pour rentrer. Ainsi, un capitaine habile ménage toujours une ligne de retraite, et connaît parfaitement le pays et les ressources de l'ennemi.
1 Suis la Tolonté du destin et du ciel.