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« mains seraient contraints de se répandre partout pour « en trouver ; qu'il ne fallait pas craindre de racheter sa « vie par la perte de son bien, et qu'on devait brûler « tous les villages aux environs et les villes qu'on ne « pouvait garder, pour ôter une retraite aux lâches et « aux timides, et des vivres à César ; que l'armée gau- « loise n'en manquerait pas, ayant pour soi tout le pays ; « et qu'ainsi ou ils affameraient les Romains, et que « s'ils s'écartaient pour en chercher, ils leur enlève- « raient leur bagage, qui était autant que de les défaire, « parce que sans cela une armée ne pouvait subsister ; « que si cela leur semblait rude, il l'était encore plus de « se voir tnassacrer, et leurs femmes et leurs enfants « emmener en captivité pour servir de jouet à l'insolence « du vainqueur. »
Ce conseil de Vercingétorix fut généralement applaudi, et l'on mit le feu partout dans le pays qui allait être le théâtre de la guerre. Ce capitaine voulait qu'on n'épargnât pas même Bourges, la capitale et la sûreté du Berri, et Tune des plus belles villes des Gaules ; mais comme dans les grandes extrémités on ne fait les choses qu'à demi, les Gaulois, pour conserver cette ville, fournirent une place d'armes aux Romains, qui s'en rendirent les maîtres, comme Vercingétorix l'avait prédit. Malgré cette perte, ce célèbre chef des rebelles leur attira tant d'affaires, en les dépouillant de leurs alliés les plus fidèles qui se tournèrent contre eux, que César se vit réduit dans les embarras les plus étranges : car le Gaulois, malgré les avantages de César, sans sortir de son système de défensive, le réduisit enfin à abandonner les Gaules; que s'il eût persisté dans son dessein sans en
sortir , et qu*il n'eût donné aucun combat contre un général qui ne pouvait être vaincu dans une offensive, les Gaulois secouaient le joug. Mais Vercingétorix s'oublia tellement qu'il voulut que la honte de la retraite de César fût marquée par une plus grande flétrissure à sa réputation. Il osa bien attaquer ce grand capitaine dans cette fameuse retraite où il fut malheusement battu, au lieu qu'en restant toujours sur la défensive, qu'il entendait parfaitement, il eût sauvé sa patrie et délivré ies Gaules du joug des Romains; et je doute qu'ils y fussent jamais rentrés.
Voilà un excellent modèle et une manière de régler l'état de la guerre contre un ennemi tel que César, qu'on ne saurait vaincre en campagne : une défensive réglée, pleine et entière, et l'on doit s'y tourner lorsqu'un prince, connaissant parfaitement le caractère de ses généraux, leurs talents, leur courage et leur habileté à n*e combattre que lorsqu'il leur plaît, sans qu'ils puissent y être contraints, estasses heureux pour avoir des hommes d'un tel mérite, et les emploie dans cette façon de faire la guerre, on dresse tellement son plan que celui qui en est chargé ne s'en écarte jamais.
Vercingétorix régla l'état de la guerre sur une campagne d'hiver : celles-là sont rudes, mais salutaires et ruineuses au vainqueur. M. de Louvois, grand ministre, et très-capable de régler un plan de guerre, avait dessein d'imiter Vercingétorix à l'égard de l'Alsace en 1674, dont on dit qu'il conseilla de ne faire qu'un bûcher, pour empocher les ennemis de s'y établir et d'y prendre des quartiers d'hiver : car leurs armées étaient si nombreuses, qu'il semblait impossible que des forces
aussi inférieures que les nôtres osassent jamais se montrer pour défendre cette province.
NOTE SUR UNE OPINION DE LLOYD, ( Extraite de l'édition de Tan IX publiée par le gouvernement français. )
Le gouvernement anglais avait mandé le général Lloyd pour visiter les côtes d'Angleterre, et donner son avis sur les entreprises qu'on pouvait craindre de France : le comte d'Orvilliers venait d'alarmer la nation en montrant la flotte combinée dans les parages de Plymouth. Le général fit élever quelques défenses sur la côte.; mais le présent précieux qu'il fit à son pays, ce fut un mémoire secret et trôs-détaillé sur les moyens de faire et d'empêcher l'invasion de l'Angleterre. Ce mé-» moire secret fut remis au gouvernement anglais, qui donna au général Lloyd une gratification de 500 livres sterling , à la charge de ne jamais rien communiquer du contenu : il a tenu parole si scrupuleusement, que M. O'Gonnell lui-même qui était son ami particulier n'en a jamais rien appris à cet égard. Les Anglais, à qui j'en ai parlé, m'ont tous assuré que ce mémoire prouvait l'impossibilité d'une descente' en Angleterre; mais si cela était, pourquoi tant de mystère ? Pourquoi, à sa mort, un homme s'est-il présenté sans autres droits, sans autres titres que la protection du gouvernement anglais, et s'est-il emparé, sous prétexte de créance, de tous ses livres et papiers où se trouvait la minute de ce mémoire,
un autre exemplaire imprimé, et deux exemplaires de son Traité des passions, et de son ouvrage sur les Finances? Un gentilhomme anglais qui avait été fort lié avec lui, et l'avait vu composer son mémoire sur l'invasion de l'Angleterre avant que les ministres ne lui eussent demandé le secret, m'a dit : « Lloyd a été dupe de son déa sintéressement; au lieu de 12,000 livres la France lui a aurait donné 100,000 écus de cet écrit. »... Je ne veux point juger de cette assertion en morale; mais je m'en sers pour prouver mon opinion : que ce Mémoire donnait les moyens de faire la descente, et ceux de s'y opposer.
Cependant dans le chapitre troisième de la quatrième partie, page 163, et au chapitre IV de la cinquième partie, page 213, comme j'en fais l'observation, le général Lloyd traite de fou et d'inexécutable le projet d'une descente : et en effet, il trace un plan qui sûrement réussirait fort •mal; mais je suis persuadé qu'il l'a choisi exprès; et qu'en cela il avait, comme les philosophes grecs, la doctrine publique pour le gros du monde, et la doctrine sécrète pour les initiés.
Je suis certain, et je crois pouvoir démontrer jusqu'à l'évidence qu'il est non-seulement possible, mais aisé de faire avec succès une descente en Angleterre; qu'il y a plusieurs lignes d'opération bien appuyées à former, et que la réussite est infaillible. Une telle proposition demande des preuves topographiques établies sur la connaissance des lieux, et leur description; ainsi ce n'est pas ici le lieu d'en donner la démonstration : c'est l'objet de mémoires particuliers.
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