‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 119 sur 240 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

premiers maîtres de l’art de guérir se sont formés, sans grave réflexion , une idée toute matérielle des maladies. Ils n’ont peut-être pas fait attention que l’homme, d’après les idées reçues, est un être composé de deux substances, l’une simple ou spirituelle, l’autre physique ou matérielle ; qu’il est sujet à des maladies dynamiques , ou du moins telles et ne ressemblant point à celles décrites par les premiers maîtres ; car, quelle que soit la manière de penser des savants sur l’âme , il est certain que, sans s’abandonner aveuglément à la doctrine psycologique de Stahî, la partie spirituelle de l’homme, et même sa vitalité, qui est une faculté fort simple de l’organisme, ne peuvent point, dans tous les cas , demeurer indifférentes ou neutres durant la présence des affections ou infirmités ; alors il est bien rationnel de dire que les remèdes à employer pour les combattre et les guérir, ne doivent pas être aussi matériels que le sont effectivement les soustractions à énorme quantité du sang, et de les regarder comme l’origine de maux incalculables.

Il est bon de réfléchir . en second lieu , que le sang n’est pas, comme on l’estime vulgairement, une substance organisée, et que par conséquent il n’est et ne peut pas être doué de vitalité , ainsi que le regardaient à tort les célèbres Harvey, Jean Hunter et autres médecins ou physiologistes. Pour soutenir une semblable hypothèse , on eut recours à d’autres hypothèses non moins ingé-

nieuses, non moins alambiquées, mais elles ne purent convaincre ; le but des partisans de la vitalité du sang fut manqué. Sans aucun doute , le sang est un fluide de première importance dans l’économie animale, puisque c’est lui qui fournit à l’organisme les principes de nutrition , de conservation, de vitalité, mais ce n’est certes pas une raison de le croire doué de l’élément vital; ce n’est que lorsqu’il a pris l’aspect et la solidité de l’un ou de l’autre tissu fibreux du corps qu’il dévient réellement vital, en d’autres termes, qu’il constitue une partie douée de vitalité, et dès lors il n’est plus sang, ou du moins il a cessé de l’être selon la valeur attachée au mot sang. Ainsi les maladies ne séjournent point dans la masse du sang, comme elles le font dans l’organisme : c’est donc sur l’état actuel des fonctions de l’organisme, et non point sur le sang, qu’il importe de fixer l’attention. Il est vrai que Galien, de même que tous les médecins humoristes, fixa le siège des maladies dans les humeurs ; mais a-t-on oublié que Willis , Baglivi , Hoffmann , Cullen , Brown , Blumenbach , Darwin, Tommasini et tant d’autres illustres praticiens ont démontré de la manière la plus évidente l’incompatibilité de la pathologie humorale avec la médecine rationnelle.

Dans l’état de maladie, le sang, qui est dépourvu de vitalité ou qui existe, mais qui ne vit pas, ne peut que représenter une partie passive ou secondaire. Il lui est tout au plus possible de devenir, d’un

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