‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 120 sur 240 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

moment à l’autre, la cause d’une maladie, en servant de véhicule aux contagions, ou bien en subissant lui-même une altération chimique et non pas vitale. Cette altération peut résulter du malaise des solides ou des organes qui le préparent. Dans tous ces cas, il est aussi important de traiter le sang altéré, ou comme véhicule malfaisant, tel qu’il l’est, de s’occuper de la cure des autres causes de maladies, car les causes des maladies ne sont point elles-mêmes des maladies à traiter. Si le sang sert donc de véhicule aux contagions, s’il détermine l’une ou l’autre maladie, ce n’est point une raison d’en agir avec le sang comme on le ferait pour une maladie dont le siège est toujours dans l’organisme et non dans la masse du sang. S’il en est ainsi, comme nous venons de le prouver, pourquoi les partisans de la saignée s’empressent-ils si vivement, sans aucun droit comme sans véritable cause, d’amoindrir la masse du sang dans le plus grand nombre des maladies ?

On nous dira peut-être que l’excessive quantité du sang, déterminatrice de ce qu’on appelle la pléthore, est susceptible de devenir cause directe de plusieurs maladies , et l’on arrivera par ce détour à nous soutenir qu’il est alors impossible d’éviter la saignée et que tout en indique le besoin. A cet argument, nous répondons que, si la pléthore est vraiment la cause directe de ces maladies, pourquoi ne se manifeste-t-elle point à l’âge le plus florissant de la vie, époque où il est à présumer qu’il

y a surabondance de sang ? pourquoi attend-elle plutôt l’âge fait ou la vieillesse pour se développer? A l’appui de notre assertion, nous pouvons nommer la goutte et l’apoplexie, qui sévissent le plus souvent et plus particulièrement sur les personnes d’un âge mûr ou fort avancé , lesquelles ont moins de sang qu’elles n’en avaient étant plus jeunes. Les expériences de l’illustre Bichat prouvent de la manière la moins contestable que les vieux ont comparativement beaucoup moins de sang que les jeunes animaux, et par conséquent bien moins que lorsqu’ils jouissaient de toute la vigueur de l’âge. D’ailleurs, ne sait-on pas que, dans la première période de la vie, on mange avec plus d’appétit, on digère plus facilement, l’esprit est joyeux, toutes les pensées sont pleines d’espérances, circonstances physiologiques qui favorisent la chylifîcation et la sanguification , d’où naît et dépend la prétendue pléthore ?

Veut-on découvrir la source de l’erreur qui nourrit les partisans de la pléthore, et par suite les porte aux soustractions du sang? Il faut recourir au moyen lumineux de l’observation. Voici ce qu’elle nous apprend : lorsqu’un individu est assailli par une gastrite ou gastro-entérite, les médecins commencent par lui prescrire la diète, qui diminue, quoique négativement, la masse du sang, et que l’on doit considérer comme une petite saignée plusieurs fois répétée ; mais elle ne guérit jamais le malade à elle seule , puisqu’il continue à

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