CHAPITRE XV
souffrir des mois et même des années entières la cruelle affection. Donc, ou la gastro-entérite ne dépend en rien de l’inflammation , ou bien l’inflammation peut exister sans pour cela résulter de la pléthore ou de trop de plénitude des vaisseaux sanguins , autrement il ne serait jamais possible qu’une longue abstinence des aliments ordinaires 11e dût pas détruire, même négativement, la plénitude des vaisseaux sanguins ou prétendue pléthore, sachant que le sang, pour nourrir à chaque instant, comme il le fait , l’organisme, a besoin lui-même de réparer ses pertes journalières par la voie des aliments, qui sont la source du sang.
L’autre preuve de fait, qui montre, au premier coup d’œil, l’inconséquence des idées reçues relativement à la prétendue pléthore, cause des émissions sanguines ou qui détermine à les pratiquer , l’autre preuve, disons-nous, résulte de l’observation suivante. Lorqu’une personne est affectée d’une pleurésie ou d’une pulmonie, on sait que l’une ou l’autre affection inflammatoire est susceptible de se développer instantanément, quelquefois même en passant trop vite du chaud au froid, ou bien du froid au chaud, surtout durant la saison d’hiver. Or, nous le demandons, si, dans le court espace de temps qui sépare l’état de santé et l’invasion de l’une ou de l’autre inflammation , il est croyable que la masse du sang a pu augmenter d’une seule goutte? Le crédule le plus robuste du monde refuserait de le dire et de le croire. Si
donc, la masse du sang n’est point augmentée ou bien si elle est demeurée égale à celle existante avant l’invasion de l’inflammation, pourquoi vouloir que la pléthore, qui n’y concourt pas, puisse lui donner l’existence, et pourquoi s’autorise-t-on à pratiquer des soustractions sanguines ?
On nous objectera sans doute que la masse du sang augmente à l’instant même de l’invasion de l’inflammation ou d’une maladie inflammatoire : une semblable idée est vide de sens; nous dirons plus, elle est aussi absurde que le préjugé qui veut que le lait bouillant déborde du vase qui le contient par l’effet de son augmentation , tandis que la portion du lait est toujours égale à la quantité qu’elle offrait avant l’ébullition ; et de même que l’on prévient Fépanchement de cette liqueur en versant dessus le lait bouillant une petite portion d’eau froide , on peut pareillement arrêter la violence d’une première inflammation et la guérir en administrant au malade une dose infinitésimale d’un remède homœopathique, sans être obligé de diminuer aucunement la masse du sang , laquelle, ainsi que nous l’avons dit plus haut , représente une partie passive dans les phénomènes morbifiques : ce qui prouve, avec la dernière évidence, que sa diminution n’est nullement le remède vrai, direct , nécessaire des maladies dans lesquelles on la pratique toujours à tort.
Mais on nous objectera peut-être que l’affluence du sang, qui se porte avec impétuosité vers un or-