CHAPITRE XV
gane , y doit causer nécessairement une congestion ou inflammation, et alors, sans aucun doute, la saignée , nous dira-t-on , devient un moyen indispensable, nécessaire et utile. D’abord, dironsnous , il ne faut pas traiter les causes des maladies qui ne sont point elles-mêmes des maladies à traiter, mais il faut plutôt diriger le remède contre les maladies , et nullement contre la cause qui les a produites. Maintenant il nous importe de faire noter que l’affluence du sang, dont il est question, ne peut dériver que du trouble de sa circulation , et certes ce n’est pas la saignée qui ale pouvoir de rétablir le cours régulier du sang ; car, pour obtenir un semblable résultat , il faut que le remède y développe une action thérapeutique conforme au besoin; tandis que, à notre connaissance, la saignée ne peut exercer aucune action ou vertu thérapeutique, puisqu’elle se borne uniquement à décimer la masse du sang, d’où résulte sa révulsion ou dérivation qui soulage çà et là momentanément et ne guérit point les maladies.
En effet , la révulsion ou dérivation du sang est un simple moyen mécanique , indirecte et transitoire de l’art , et non pas un remède direct , ou capable de combattre le principe dynamique , ou désordre de la force vitale. C’est du moins ce que nous allons voir plus directement sous peu. D’ailleurs la pratique de la saignée vient de vieilles routines de nos anciens maîtres , et a seul l’appui
de l’habitude qu’ont contracté les médecins de tous les siècles de la suivre et respecter aveuglément.
La preuve que l’habitude de la saignée résulte uniquement de l’opinion avancée par nos premiers maîtres, et non point de l’expérience ou de l’observation pratique , c’est que , sans remonter vers les âges de l’ignorance, on a vu de notre temps, il y a , pourrions-nous dire très-peu d’années , des médecins distingués , tels que Brown , Broussais et autres , ordonner contre les mêmes maladies , les uns , les stimulants les plus énergiques , les autres , la saignée , les ventouses ou les sangsues. De ces prescriptions si directement opposées , il est évident de conclure avec nous que les médecins de toutes les époques n’ont pas eu recours aux émissions sanguines parce qu’elles étaient positivement indiquées par les maladies elles-mêmes, mais parce qu’elles entraient dans la marche de leur système , mais parce qu’ils s’imaginaient dans le moment qu’elles étaient nécessaires. Si Brown et Broussais , nous le répétons , eussent examiné soigneusement les maladies comme elles devaient l’être par des hommes d’une aussi haute portée , et comme les maladies ellesmêmes l’exigeaient d’eux , certes ils eussent agi bien autrement ; Brown n’eût pas autant insisté qu’il l’a fait sur l’emploi des stimulants dans les inflammations chroniques, dans la phlogose asthénique ou dans d’autres maladies qu’il faisait naître à tort de faiblesse indirecte ; Broussais , de